Novembre…

… où cela n’est pas tant toutes ces citrouilles me gratifiant d’un regard torve, qui me filent le bourdon. Mais, le temps est venu de ressortir quelques cadavres des placards, où ils prenaient la poussière, car les échéances de fin 2018 se rapprochent dangereusement. Et puis, les citrouilles, à part dans l’assiette, c’est très surfait, même en période de Halloween. Pour fourbir nos dossiers un début novembre, on préfère largement un accompagnement plus discret que Trick or treat, genre  Face à la mer, à l’heure où les cyprès se balancent

Le 1er…

… où l’on découvre dans les médias le sort funeste d’Asia Bibi, acquittée par la Cour suprême pakistanaise de l’accusation de blasphème.

Mais qui est Asia Bibi ?

Nul doute que son nom sera bientôt sur toutes les lèvres en raison de son acquittement, dans un pays où la religion l’emporte sur le droit. Il s’agit d’une mère de famille illettrée d’une cinquantaine d’années. Son cauchemar a commencé en 2009, alors qu’elle travaillait aux champs. Invoquant des raisons religieuses, deux femmes musulmanes avaient refusé de partager un verre d’eau avec elle et une querelle avait éclaté. Quelques jours plus tard, ces femmes avaient relaté l’affaire à un imam local qui avait accusé la chrétienne d’avoir « insulté » le prophète de l’islam, ce que celle-ci a toujours nié. Elle a été emprisonnée, condamnée à mort, avant d’être acquittée le 31 octobre par la Cour suprême.

Mais, comme on le découvre maintenant, l’affaire est loin d’être pliée. Son avocat, craignant pour sa vie, a déclaré qu’il allait quitté le pays avec toute sa famille. En effet, au Pakistandan, des milliers de barbus fondamentalistes descendent maintenant dans la rue pour réclamer la tête de tous ceux qui couvrent ce sacrilège : l’avocat, les juges, etc…et bien sûr cette pauvre femme. Comme quoi, l’État de droit, la tolérance et le bon sens, ce n’est pas encore gagné.

Le 2…

… où l’on se dit que, si nos clients se défendaient comme Barrazone pour justifier leurs injustifiables dépenses privées sur le dos des deniers publics (J’ai confondu ma carte de crédit privée avec celle liée à ma fonction publique, parce qu’elles ont la même couleur !), eh bien… autant se tirer une balle dans le pied tout de suite.

C’est tout de même extraordinaire cette faculté qu’on bon nombre de politiciens, à partir du moment où ils ont atteint un certain niveau de fonction, de croire qu’ils peuvent raconter n’importe quoi pour se justifier, soit parce qu’ils pensent que leurs interlocuteurs/électeurs sont idiots, soit parce n’importe quels bobards doit forcément passer comme une lettre à la poste, puisqu’ils sont des élus…

Alors que le cadre ou chef d’entreprise lambda qui doit justifier ses dépenses inconsidérées devant un Juge, s’il adopte la même ligne improbable de défense, verra son avocat se faire gratifier par le Procureur d’un : Maître, je me demande si vous devriez pas indiquer à votre client qu’il est dans son intérêt de ne pas me prendre pour un imbécile….

Le 5…

… où si, comme aujourd’hui, le soleil pouvait AUSSI balayer d’un coup la grisaille planant sur certains dossiers, voilà qui contribuerait largement à l’avancée de la pensée juridique positive !

Le 6…

… où l’on envie ces avocats cathodiques et pas pour leurs qualités professionnelles qui font passer la Justice League pour une amicale de pêcheurs à la mouche.

Non, c’est cette chance qu’ils ont de n’avoir qu’un seul dossier à la fois et le temps de s’y consacrer corps et âmes durant tout l’épisode. Cadavre découvert, arrestation, instruction menée en un tour de main par eux-mêmes – c’est vrai, à quoi sert la police ? – tribunal, plaidoirie, générique. Une semaine au bas mot et emballez, c’est pesé !

Parce que, dans la vraie vie des stakhanovistes du Barreau, les pauses dans les dossiers sont légions et souvent très longues. Juste de quoi vous faire perdre ce fil ténu que vous avez si consciencieusement débrouillé il y a des mois. Le dossier était prêt au printemps. Mais, voilà, l’audience a été fixée aux portes de l’hiver. Et cette petite lumière qui clignotait dans un quoi du cerveau s’est peu à peu estompée, jusqu’à ce que… baf ! Une alerte Outlook vous apprend que c’est la semaine prochaine qu’il y a plaidoirie et qu’il faut se remettre en selle.

Heureusement, il existe quelques médecines alternatives pour booster cet exercice proustien de la recherche du temps perdu…

Le 7…

… où l’on n’a pas de nouvelles des clients dont on en attendait impérativement et on en a de ceux dont on n’en attendait pas ou plus. Et la frustration légitime engendrée par cette contrariété calendaire nous fait oublier d’en donner à ceux qui en attendent…

Monde cruel…

Le 8…

… où, au détour de l’audition d’une partie en justice, on entend une expression désuète.

La question du Président était : « Alors, où en êtes-vous du côté de l’Office des poursuites ? ».

Réponse tout de go du client : « De ce côté-ci, je suis tranquille, le pique-meuble est déjà passé, sans rien emporter. »

Le  » pique-meuble « , mais qu’est-ce donc que cet oiseau là ?

Oyez, oyez braves gens. c’était le qualificatif cynique  par lequel les débiteurs impénitents du siècle passé désignait l’huissier chargé de la saisie de leurs biens meuble.

Entendant cette expression venue d’un autre âge dans la bouche du client, la jeune greffière a tout d’abord coulé un regard étonné vers le client, puis interrogateur vers son Président, ça s’écrit comment ?

Le 9…

… où, décidément, il se passe beaucoup plus de choses en ce moment en dehors des terrains de foot que devant les buts.

Tout ceux qui touchent de près ou de loin à la FIFA se retrouvent à un moment ou un autre mis en question devant les tribunaux médiatiques d’abord, lesquels se dédouanent en disant que la Justice des Hommes suit derrière, comme les porteurs d’eau.

Ce qui est quand même surprenant, c’est quand les accusateurs endossent tout à coup le costard de l’accusé. On apprend en effet avec grand fracas que le procureur fédéral Olivier Thormann, une star parmi les magistrats à croix blanche, est suspendu par son supérieur, le procureur fédéral en chef Michael Lauber himself. Et, même si la présomption d’innocence s’applique aussi à ceux qui, comme les procs, ont des difficultés à respecter ce concept, la presse n’y va pas par quatre chemins. C’est du lourd nous dit-on. Les accusations portées contre ce magistrat, en rapport avec la FIFA, pourrait bien relever du droit pénal.

 » Pourrait « , certes, mais si l’on ajoute ceci aux dernières informations selon lesquelles le patron qui suspend aurait eu des contacts douteux avec le patron des footeux, sans compter un procureur valaisan déjà sous enquête pour des faits similaires, même Shakespeare serait en droit de relever sans être contredit que ce n’est plus qu’au royaume de Danemark qu’il y aurait quelque chose de pourri…

Le gazon et le parquet souffriraient-ils d’incompatibilité ?

Le 12…

… où il n’est pas seulement question de pop culture dans ce billet, mais aussi d’une certaine idée de la lutte entre le Bien et le Mal, dans laquelle nous avons baigné dès nos culottes courtes.

Pas de PS4 alors, du papier, souvent mal imprimé, puis quelques jeux d’Arcade basiques sur Nintendo, et ce dessin animé ringard, qui nous faisait rêver.

SpiderMan est orphelin ce soir. RIP Stan Lee.

Le 13…

… où, voilà, voilà, faut répondre à ces candidats qui souhaitent décrocher un stage d’avocat ou universitaire. Quelques dossiers fraîchement arrivés attendent d’être décortiqués. Notes, expériences parallèles aux études. Ah tien, en voilà un qui annonce fièrement comme compétences : Word et Excel

Bon, la tâche est plutôt sympa de découvrir peut-être nos futurs Confrères au stade pré-padawan. En tous cas, elle permet d’égayer l’ambiance morose de ce mardi humide de Novembre.

Il y a ceux (ou plutôt celles, soyons objectifs) qui ont préparé un dossier mieux ficelé que les comptes annuels de Novartis. Papier de qualité, map 3 étoiles, couleurs magnifiques. Les mâles sont plus sobres.

Certain(e)s nous annoncent fièrement que, grâce à leur qualité hors du commun, ils seront à n’en pas douter l’atout majeur que l’Étude attendait. Il y a aussi un minimaliste dans le lot. Un mail de 2 lignes pour demander si une place de stage était bientôt libre, sans formule de politesse. Pressé le garçon, on dirait.

Ce qui interpelle, c’est que de plus en plus de candidats au stage d’avocat n’indiquent pas précisément quand ils seront prêts à retrousser leurs manches de juristes fraîchement gradués. Je serai disponible dès l’automne 2019 … ou disent carrément qu’ils ont fini d’user les bancs de l’université et sont prêts maintenant… ou plus tard.

Motivé(e)s ou pas ? Vaste question…

Le 14…

… où l’on se dit que cela n’est pas gagné d’avance.

Certes, avec ses cheveux blancs, le client devrait avoir gagné le droit à cultiver ses salades dans la sérénité. Mais voilà, quand un procès a commencé, même s’il y a plus de 10 ans, eh bien, il faut le finir. Et en 10 ans, ce brave homme est passé par tous les états d’âme s’agissant de cette propriété dont il a surveillé toutes les phases de la construction. Malheureusement, tout ne s’est pas déroulé comme sur un chantier modèle et le maître de l’ouvrage continu à lui chercher des noises.

La séance de tribunal et pour tout bientôt. Le client appelle pour que l’on s’organise, mais, dans sa voix, on sent l’émotion et le désarroi. «Me, j’ai bien réfléchi, j’ai revu tous les contrats, toutes les adjudications, on est bon, on ne va rien lâcher. En tout cas, tenez-le vous pour dit, je ne lâcherai pas un centime de ce qu’ils me doivent. »

Euh, oui, c’est parfait. Bon, il faut quand même que l’on se voit un petit peu avant. Comme ça, on pourra faire le point sur un ou 2 éléments importants, avant d’entrer dans la salle d’audience.

Ah oui, lesquels ?

Eh bien, par exemple, ce n’est pas nous qui leur réclamons de l’argent, mais le contraire…

Le 15…

… où il y a ceux qui ont le sens de la formule, comme ce client que nous assistons dans le cadre d’un procès en paiement de ses honoraires de gérant d’immeubles. En face, la partie adverse et ce qu’il convie d’appeler une « serrure », ou, plus prosaïquement, quelqu’un qui a un oursin dans le crapaud.

La perspective de devoir lâcher quelques espèces sonnantes et trébuchantes le met dans tous ses états. Entre 2 palpitations, il tente d’expliquer au juge, via son avocat, que c’est lui le lésé en définitive. La preuve se trouve dans le dossier qu’il a pris avec lui.  et il exhibe fièrement un sac en papier défraîchi d’un supermarché local, contenant des liasses de documents…

Tout le monde commence à perdre patience, Président compris. Histoire d’éviter le procès, entente un dernier round de négociations où notre client, de guerre lasse, et encore d’accord de faire un effort financier sur sa facture qui est incontestable.

Il annonce son dernier chiffre et se tourne vers votre serviteur : « Maintenant, ça suffit. Je n’irai pas plus loin. J’ai déjà descendu mon pantalon, mais je ne descendrai pas mon slip ! »

Le 16…

… où l’on joue un nouvel épisode de l’exception culturelle procédurale en allant plaider dans un tribunal civil d’un canton voisin.

Enfin, plaider est un bien grand mot, puisque l’essentiel de l’audience a consisté pour le magistrat, fort sympathique au demeurant, d’expliquer au béotien  qui a pris le risque de lui présenter un mémoire de réponse100 % CPC compatible dans son landerneau, mais qui ne respecte pas céans la pratique de SON tribunal.

Pour comprendre le désarroi du plaideur venu d’ailleurs, il faut savoir que, depuis 2011, les anciens codes de procédure civile cantonaux ont été abolis au profit d’un code fédéral. Celui-ci énonce désormais pour toute la Suisse, donc, y compris ce tribunal, des règles uniformes s’agissant de la manière de présenter les allégations de fait et de droit, l’épreuve, etc. Eh bien, comme dans un certain village gaulois, il y a encore des juges qui résistent encore et toujours à l’envahisseur législatif et entendent bien que les demandeurs ou défendeurs itinérants se conforment à leurs coutumes locales.

Donc, avant de pouvoir aborder le fond du problème, il a fallu se plier à un exercice de sémantique juridique et transformer la prose de votre serviteur en manifeste susceptible d’être agréé par le potentat local…

 

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