Janvier…

… où nous voilà à nouveau à l’aube d’une nouvelle saison du « Grand cirque du Barreau« . Nulle offense ou dérision mal placée dans ce titre grandiloquent. Pour moi, il est plutôt emblématique de notre profession. Il s’est imposé ce matin en référence à l’un de mes livres de chevet, de l’époque lointaine maintenant de mes culottes courtes.
Non, ce n’est pas ce genre de lecture qui m’a donné la vocation de plaider. Il n’y a pas eu d’environnement familial me guidant l’air de rien vers la robe. Ni d’événement tragique, comme l’exécution de Christian Ranucci, qui m’aurait bouleversé, comme certains Confrères. Mais peut-être, quand même, quelque part, il a été la graine de cette idée qu’il fallait qu’il y ait quelqu’un, pour être là, pour défendre ce qui devait et doit toujours être défendu. Celui ou celle qui est seul. Une certaine idée de la société, que les nazis à l’époque, d’autres aujourd’hui, voudraient nous forcer à changer.
Le 4…

… où l’on astique le cockpit, on vérifie le bon fonctionnement des palonniers, des mitrailleuses, en attendant de décoller demain à l’aube.

Pierre Clostermann, héros de mon enfance donc, aux côtés de Saint-Ex, s’envolait aux commandes de son Spitfire avec son courage, son instinct et quelques instruments rudimentaires qu’il fallait parfois tapoter du doigt pour qu’ils (re)fonctionnent. Face à l’adversaire, il n’y avait pas de place pour l’hésitation.

Rassurez-vous, les brumes du Nouvel-An se sont bien dissipées. Votre serviteur n’a pas perdu la boule ou céder à la folie des grandeurs. L’analogie est un peu tirée par les cheveux certes, mais si on ne peut plus tirer sur la corde des analogies, à quoi bon ?

L’avocat, comme cet idéal du pilote de chasse, old school, un brin dandy sur les bords, pratiquant la dérision et l’humour rester debout, s’élance aussi quotidiennement dans son propre cirque. Les prétoires, les salles de conférences, souvent théâtre de combats acharnés, de négociations tendues, sont régulièrement au programme. Heureusement, le cockpit est désormais moins rudimentaire. Les dossiers sont devenus numériques. La boussole est électronique et certains coéquipiers… virtuels. Les échéances, elles par contre, continuent de rythmer les missions. Comme Clostermann scrutant l’horizon pour anticiper l’adversaire, l’avocat analyse, décortique et tente de déjouer les stratégies adverses.

Dans les airs comme au tribunal, la victoire ne se décrète pas — elle se construit avec les moyens disponibles, aussi limités soient-ils. Le pilote bricolait son avion entre deux missions ; l’avocat façonne ses arguments entre deux séances avec ce que le dossier peut lui offrir, déterminant les faiblesses (avec l’IA désormais), affinant l’angle d’attaque (avec son expertise et son « feeling », tous deux encore et toujours non artificiels).

2026 ouvre donc une nouvelle « campagne ». Certains dogfights sont d’ores et déjà programmés, les turbulences seront inévitables. On espère se rappeler au bon moment l’un de nos mottos Creativity and Agility. Ce n’est plus seulement une devise. C’est devenu un plan de vol !