Octobre…

… où malgré les relents de Weissbier qui exhalent depuis la Bavière (si, si, le nombre de restaurateur redécorant leurs tavernes en mode damier bleu ciel s’amplifie chaque année), on se sent d’humeur plutôt valse viennoise. Rien à voir avec cette brave Sissi (!). Juste que Leonard s’est invité aux premières heures d’octobre.

Le 1er…

… où, au risque de faire passer ce journal pour un panégyrique des grands disparus, pas moyen d’évacuer ce blues automnal après avoir appris en cour de journée que ce petit bonhomme de Charles, que l’on voyait comme un géant, s’en est allé. On ne chantera plus Emmenez-moi sous la douche, au volant ou avant d’entrer dans l’arène avec le même petit sourire complice, mais les yeux un peu humides en se disant que for me, il était formidable. On repensera à ce déjeuner au Bistrot du Paradou, où on l’a côtoyé quelques instants, quand il mangeait à la table d’à côté avec toute sa tribu d’enfants et de petits enfants. Simple, tranquille, le regard malicieux…

Et puis, il y aura toujours dans un coin de ma tête ce texte magnifique récité pour GCM, Ecrire…

Il nous restera ça. Salut l’artiste.

Le 2…

… où l’on prend la route comme on va-t-en-guerre pour les terres reculées du Valais, territoire craint par tous les baveux qui n’ont pas eu le bonheur d’être biberonnés au Fendant dès le berceau. En effet, là-bas, très souvent magistrats et avocats du crû vous jouent l’exception culturel en mode Farinet, histoire de bien vous faire comprendre que vous n’êtes qu’une pièce rapportée.

Dans cette affaire de divorce qui s’enlise depuis 5 bonnes années, le Confrère adverse nous a déjà joué quelques coups de Jarnac. Et la présidente a accueilli fraîchement certaines de nos écritures. Même si elles respectaient à la lettre le code, cette magistrate nous a quand même écrit qu’elles ne correspondaient pas à sa pratique bien établie et connue des avocats locaux…

Donc, il va falloir marcher sur des œufs, et avec circonspection…

Résultat des courses : après 4 heures d’audience non stop, rythmée par les coups de gueules de Madame la Présidente sur la dernière jurisprudence fédérale, les revirements de mon client, les réticences de la partie adverse, nous ressortons avec une belle et bonne convention, sur laquelle personne n’aurait parié un liard il y a une semaine. Et tout le monde est content, puisque, en sortant du Tribunal, les parties discutent entre elles… lessive du linge des enfants !

Le 3…

… où, soyons lucides, quand, à 9h48 la batterie de l’Iphone, à 100% au réveil, n’affiche plus que 34%, cela n’annonce rien de bon pour le reste de la journée.

Le 4…

… où tout était calme, la journée avançait calmement, avec sérénité et componction. Et voilà que :

– Vous avez un appel de Me X., vous le prenez ?

Elle appelle forcément dans le cadre d’un dossier matrimonial assez compliqué, nos clients s’échangeant régulièrement noms d’oiseaux et autres amabilités. Mais, comme cette journée est toute amour et que nous avons usé nos jeans ensemble sur les bancs de la Fac, pourquoi ne pas se risquer à deviser avec la partie adverse ? Hmmmh…

– Bonjour, ma chère que m..

– Oui salut, je t’appelle pour notre dossier, cette décision, n’importe quoi, mais il ne faut pas faire recours, tu es d’accord avec moi, parce que sinon ça va tout compliquer et puis on a déjà des mesures qui ont été prononcées, mais c’est vraiment n’importe quoi, on ne sait plus quoi dire aux clients…

– Euh oui, mais tout d….

– Alors je t’appelle pour régler, parce que ça m’énerve (Merci, je n’avais pas remarqué), on doit trouver une solution, sinon il faut à nouveau saisir le juge, alors je propose que n…

Adieu sérénité et componction. La machine dans l’interphone s’emballe et je peux de nouveau en placer une que 5 bonnes minutes plus tard. Juste pour dire qu’il y a peut-être une alternative, mais… ratatatatatatatatata la kalachnikov  s’emballe à nouveau !

Pour finir, je peux glisser « merci de me mettre tout ça par écrit, que je puisse le faire suivre à ma cliente et je reviendrai avec sa prise de position » … « Ah oui, euh bon, salut » clac.

Voilà que j’hésite maintenant. Tisane lénifiante ou whisky ?

Le 5…

… où, constat bien connu des gens de robe, si le droit est une réponse adéquate à bien des problèmes de société et qu’il permet d’y apporter des solutions pratiques, il ne peut pas faire grand chose contre la bêtise et la méchanceté.

Et là, on ne parle pas du fait que la prison est susceptible d’effrayer les cons, mais du potentiel de nuisance de certains fâcheux qu’il n’est pas possible d’enrayer tant qu’ils ne franchissent pas la limite. Il est donc question aujourd’hui de cette jeune fille qui adore son chien. Son père le lui avait offert quand elle était venue habiter chez lui. Le divorce était consommé. Il avait largement pourri la vie de son ex et se réjouissait de lui porter encore un coup en séparant la fratrie. Quelques années ont passé. La jeune fille a grandi. Elle a ouvert les yeux et, l’été passé, elle s’en est retournée chez sa mère.

Depuis, ce brave homme multiplie les vacheries contre sa chair. Poursuites, arrêt des pensions alimentaires, plainte pénale pour le vol du chien et de l’ordi (offert par lui également, pour ses études). La justice le déboute régulièrement. Mais lui revient invariablement à la charge. Dernier exploit en date : une nouvelle lettre de menaces. Si elle ne rend pas le chien, il ira devant la justice civile déposer une action en revendication.

Et c’est là le point. Personne ne peut l’empêcher de déposer une énième action contre sa fille. Le code civil et les juges ont pour vocation de protéger le bon droit des gens. L’accès aux tribunaux doit être garanti. Pas moyen d’empêcher les ostrogoths de tenter de passer en force, à moins que…

Le 8…

… où les débats vont bon train à propos de l’initiative contre les juges étrangers.

Au-delà de certaines considérations politiques et autres calculs d’influence qui animent cette campagne destinée paraît-il à sauver l’image d’un parti réputé pour son sens de la mesure, vouloir mettre des œillères à nos juristes est tout simplement une aberration complète.

Et pour nous les avocats, vers quels saints pourrions-nous vouer, si nous n’avions pas Strasbourg pour tenter de faire corriger certaines décisions douteuses du Tribunal fédéral en matière de droits de l’Homme ?

PS : faut-il rappeler que la Douma a voté il y a peu une loi similaire et a fait inscrire dans la Constitution de la Fédération russe que toute décision de Strasbourg qui irait à l’encontre de ses principes (selon des experts nationaux soigneusement triés sur le volet) serait sans effet. Vote effectué après que la Cour Européenne ait une nouvelle fois rendu une décision considérant l’absence de procès équitable dans ce pays. Voulons-nous être comparé à ces gens ?

Le 9…

… où il va faire chaud aujourd’hui. Une cliente me demande en effet de rédiger sa plainte en des thermes juridiques…

Le 10…

… où il est question d’eau.

Dans la liste des petites vacheries que l’on peut se faire entre parties, s’agissant d’un litige concernant un bail à loyer, il y a la variante de couper l’eau à son locataire juste comme ça, par totale inadvertance, par ce que, ah oui, bon, c’est toujours ce que je fais avant de quitter la maison quand je pars à l’étranger.

Notre client, avant d’envoyer des fusées de détresse à son avocat, a bien évidemment ameuté toute la république, la régie, le Confrère adverse, etc. C’est à notre tour de rentrer dans la danse maintenant. Malheureusement, il n’y a pas pas d’autres moyens d’envoyer une mise en demeure à notre brave contradicteur.

Sa réponse est assez originale : Non mais, qu’est-ce qu’ils ont à se plaindre? Cela fait 2 ans que nous sommes en litige et ils ne payent plus de loyer. Et ils osent râler pour des broutilles ?

Waterloo, que d’eau, que d’eau, Waterloo

Le 11…

… où, lorsque l’on a eu la brillante idée d’inviter toute sa petite équipe à faire une dégustation de vin, suivi d’un bon repas, histoire d’entretenir le moral des troupes, il faut se rappeler d’éviter absolument au moment des 12 coups de lancer à la cantonade : Bon, qui prend encore un petit Gin Lemon ?

Le 12…

… où il est désormais prouvé scientifiquement que le Botanist de la veille ne favorise pas la concentration matinale.

Le 15…

… où il faut accorder une oreille à Me Will pour s’être sacrifié en tentant d’expliquer  pour la énième choix à une cliente, certes un brin désécurisée, mais souffrant d’un léger déficit en matière de compréhension, que, non, pour la 10e fois, on ne peut pas faire recours contre le divorce qui a été prononcé voici 18 mois… le délai de recours de 30 jours est largement échu.

D’aucuns diraient qu’il y a bien la possibilité d’introduire une action en modification du jugement de divorce, si celui-ci devait comporter des manques ou des erreurs que l’on pourrait corriger aujourd’hui. Malheureusement, la convention de divorce qui a été homologuée par le juge à l’époque ( sans notre participation) est à ce point en faveur de cette brave dame qu’il ne faut surtout pas inciter son ex-conjoint à la faire revoir par un tribunal, parce que sinon, elle pourra sortir les mouchoirs…

Le 16…

… où l’on hérite d’un dossier peu commun. Les suites d’un accident grave de circulation qui a eu lieu voici… 47 ans !

La victime était très jeune au moment de se faire renverser par un véhicule. Graves conséquences, grave traumatisme qui n’est pas complètement résorbé aujourd’hui et, pour des raisons qu’il m’appartiendra d’élucider, 5 avocats plus tard, cette histoire n’est toujours pas réglée.

Dans la salle de conférence, il y a cet enfant, désormais un adulte, qui tente  de me faire comprendre l’incompréhensible : comment cette affaire ne peut-elle pas être réglée aujourd’hui ?

À suivre…

Le 17…

… où cette étuve qui sert de local d’audition de police a de sérieux relents de Bouchonnois.

Deux inspecteurs, un prévenu d’abus de confiance et de faux dans les titres, deux avocats, celui de la banque et bibi. Les questions se suivent. Et se ressemblent. Vous dites que vous étiez coincés financièrement. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi blablabla… Policiers, procureurs, juges, même combat. Vous n’avez pas d’emblée la réponse que vous attendiez. Alors, vous reposez la question un brin différemment, et encore et encore, jusqu’à obtenir la « bonne » réponse. Pas la vérité, mais la réponse qui conforte votre vision du dossier.

C’est quoi la différence entre un bon et un mauvais policier… euh chasseur ?

« Ben, y’a le mauvais chasseur : y voit un truc qui bouge : y tire. Le bon chasseur : Y voit un truc qui bouge. Bon, il tire… mais c’est un bon chasseur« 

Vous pouvez laisser ici un commentaire...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :