Février…

… où quelques signaux alarmants viennent troubler le bon fonctionnement de la mécanique juridique. Malgré que, en ce début d’année 2026, il y a plus de chemin parcouru dans le rétroviseur qu’il ne nous en reste manifestement, on constate que le combat de l’avocat reste le même. Non seulement assurer une défense efficace, cohérente et flexible, mais également d’une manière générale le respect des règles de procédures qui garantissent l’État de droit. Et, malgré toutes les jurisprudences du Tribunal fédéral, malgré les arrêts la Cour européenne des droits de l’homme, on constate toujours dans certains secteurs de l’autorité que ses acteurs s’affranchissent du minimum légal, et pas par ignorance. Souvent par fainéantise, parce que « faire juste » demande parfois plus d’effort. Quelques fois avec défiance, sachant qu’ils ont de toute manière un coup d’avance. Tout cela est donc bien inquiétant en ce début d’année. Pour paraphraser les Poppys : « Non, non, rien n’a changé. Tout, tout, a recommencé. »
Le 2…

… où l’on est confronté à l’une des situations les détestables. Une accusation de maltraitance sur un enfant portée contre ses parents, mais on ne sait pas exactement par qui et ce qui est reproché. Et la machine s’emballe.

L’enfant est entendu par la police en catimini pendant que celle-ci prend contact avec les parents qui sont au travail et à qui on dit qu’ils doivent tout laisser tomber sans, fournir d’explications à leurs employeurs, pour venir répondre à des questions au Poste.

Et les parents vous contacte avec la seule pièce qu’ils ont en mains. Une décision de l’autorité de protection de l’enfant rendue… il y a six semaines ! Six semaines pendant que cette menace planait on ne sait où, alors que, paraît-il, il y a quelque part un enfant en danger, parce que ses parents sont inadéquats.

Ceux-ci sont complètement dépassés par la situation et demandent d’où viennent ces accusations dont ils n’ont jamais entendu parler, ni de près, ni de loin.

Voilà donc que l’avocat se mue en détective et s’en va aborder les autorités dont il sait que, dans un premier temps, un temps qui peut s’avérer très long, la transparence ne sera pas le maître mot de la communication.

Affaire à suivre.

Le 5…

… où l’on se retrouve souvent à expliquer, lors des nombreux cocktails où nous sommes invités (!), que notre système pénal est fort différent des séries que la maîtresse de maison regarde sur Netflix.

Aujourd’hui, on se livre à l’exercice inverse lors d’une vidéoconférence organisée en fin d’après‑midi, six heures de décalage horaire oblige, où on explique à un prévenu américain les subtilités de notre système pénal.

Enfin subtilité est un terme un peu galvaudé. C’est en réalité l’un des piliers de notre système. Du leur aussi. Mais avec une différence finalement assez fondamentale.

De chaque côté de l’Atlantique, le prévenu a le droit de garder le silence, mais…

…dans notre système judiciaire, l’accusé peut décider de répondre ou non à certaines questions, sans avoir à se justifier, et s’il opte pour la première solution, il conserve le droit de mentir pour se dédouaner de l’accusation. En théorie, du moins, nul ne peut le lui reprocher. En pratique, tous les avocats savent que si le prévenu garde le silence, l’accusation prétendra que c’est parce qu’il a quelque chose à cacher (et s’il parle, il est de toute façon coupable aussi). C’est un peu la quadrature du cercle, mais ce n’est pas le débat du jour.

… aux États‑Unis, le prévenu a certes le droit de se taire, mais s’il se décide à parler, il doit s’expliquer sur toute la ligne, pas de faux-fuyants et il doit obligatoirement la vérité.

C’est là une différence de taille.

Tout système a ses avantages et ses défauts, mais sur celui‑ci, le droit pénal made in Europe a tout de même quelques avantages et garanties supplémentaires pour la personne accusée. Elle ne peut être contrainte de collaborer à aucun moment. Et, contrairement à une idée répandue, ce système n’a pas pour vocation de protéger les coupables.

Il permet à la personne accusée de n’avoir pas à prouver son innocence et de laisser à l’accusation le devoir de faire le boulot.

Il a fallu quand même un bon moment à ce cousin de l’Oncle Sam de se faire à cette idée qu’il est mieux protégé ici que dans son pays…

Le 10…

… où il est question d’arithmétique et de bon sens.

Notre droit matrimoniale est devenu, par le biais d’une jurisprudence de plus en plus abscons (ou incompréhensible, si vous préférez) complètement détachée de la réalité. Et donc de plus en plus difficile à expliquer à nos clients.

Les calculs tarabiscotés que l’on impose aux juges (et donc aux praticiens qui viennent déposer leurs écritures en amont), où il faut jongler avec ce qui peut être pris en compte, où ce qui ne peut l’être, ont un effet supplémentaires qui rend la matière encore plus indigeste. Alors qu’il fallait quelques pages il y a une dizaine d’années encore pour rendre une décision, certes toujours perfectible, mais néanmoins compréhensible, aujourd’hui les calculs et développements s’étalent sur des dizaines de pages, enjolivés de copiés collés d’interminables extraits de considérants. Bref, plus personne n’y comprend rien, même ceux qui feignent l’inverse.

Et, là, on n’y comprend effectivement plus rien.

L’époux qui gagne grosso modo 9’000.- par mois devrait verser une pension mensuelle de 2’000.- à Madame, laquelle travaille à 100% et gagne dans les 6’000.-, alors que cette dernière ne verse pas un sou à ses deux enfants en formation, restés avec leur père, donc à sa charge, celui-ci devant encore supporter toutes les charges découlant d’une résidence secondaire dont elle est copropriétaire.

Malgré les longues explications détaillées dans une décision qui parvient à ce résultat manifestement déséquilibré, il y a manifestement quelque chose qui cloche…

Something is rotten in the State of Denmark… and no Hamlet to takin’ out the trash