Sic transit gloria mundi…

01/29/2016 § 4 Commentaires

Extrait du Journal @Mefaire du 27 janvier 2016

Le 27…

… où l’on a une fois de plus la confirmation qu’il n’y a pas de petites affaires, que le moindre dossier peut receler en son sein tout un cortège d’émotions et de surprises.

C’était une après-midi comme un autre au Tribunal. Dans une toute petite salle, un Président tentait la conciliation entre les 2 parties, sous l’œil attentif d’un public très, très clairsemé. En fait, de public, dans ce genre d’affaires, il n’y en a jamais. C’était plutôt une surprise d’avoir 3 pékins qui se serraient sur des chaises inconfortables. Est-ce que c’est leur présence qui a inspiré les acteurs de cette mini tragédie de la confiance trahie d’en faire un peu plus ? Allez savoir. Pas de public, pas de spectacle, comme dirait ma grand-mère.

Bref, l’affaire à juger était dans les starting-blocks. D’un côté, une brave cliente (forcément, c’est la mienne) qui utilisait depuis plusieurs années les services d’un individu (forcément, c’est la partie adverse) un peu trouble qui se targue du titre de brocanteur. S’il existe un comité d’éthique de cette profession, sûr qu’il aurait quelque chose à dire à propos de ce lampiste. Engagé pour débarrasser les meubles de la maison du père décédé de ma cliente et les transporter à différents endroits, il s’est, selon lui, consciencieusement acquitté de sa tâche, sauf que certains meubles ne sont jamais arrivés à destination et il a vendu une superbe table, avec marqueterie, ainsi que les chaises qui allaient avec pour un montant dérisoire à un acheteur dont il tait obstinément le nom. Pourquoi ? Tel est l’enjeu de l’audience. D’un côté, on veut un nom, afin de s’assurer que la vente a bien été conclue pour ce prix et que, d’entourloupe, il n’y en a. De l’autre, on brandit l’honneur bafoué d’une profession et on veut protéger une réputation qui n’existe que dans les mémoires de son avocat.

Mon confrère, d’habitude très posé, est en effet particulièrement remonté sur ce coup-là. Il invective ma cliente en suggérant à mots à peine couvert que le terme « harpie » a été inventé pour elle.

Se sentant insultée, à juste titre il faut bien l’admettre, elle éclate en sanglots. Fidèle à son rôle de défenseur de la veuve, de l’orphelin et de la galeriste blessée dans sa dignité, votre serviteur hausse le ton, se fait à son tour invectiver est menacée d’amende disciplinaire par un Président qui ne maîtrise plus rien, sous l’œil goguenard du maigre public qui n’en demandait pas tant.
Suspension d’audience, discussions bilatérales du président avec les 2 parties, va-et-vient, le public entre, le public sort et, finalement, le Président, tout fiérot, revient avec une proposition de notre Louis la Brocante du pauvre. Bien sûr, pas de nom. Parce que, là, il serait mort. On est peut-être margoulin, mais stupide, ça non ! Alors il propose des sous. Oh, pas énorme, mais pour le geste et surtout pour le porte-monnaie du quidam, ce n’est pas rien. Alors, bon prince, ou plutôt bonne princesse, notre amie accepte.

Cela pourrait s’arrêter là, mais il reste encore un dernier moment d’anthologie, passé presque inaperçu, lors du dernier acte.
Nous le devons à ce cher Louis. Soucieux de défendre la fierté blessée des brocanteurs de France et de Navarre, il propose superbement d’aller chercher l’argent immédiatement à la poste et de le donner à son ancienne amie, ce qui est bien sûr prestement accepté, les bons comptes font les bons procès.

La poste est à minimum 10 bonnes minutes à pied du tribunal. Donc, 20 minutes aller et retour, pour quelqu’un en pleine forme. En ce qui concerne notre lascar, on ne peut pas dire que l’exercice de sa profession le maintienne dans une forme olympique. La pratique assidue du comptoir laisse par contre les traces assez visibles sur son organisme. Il lui faudra donc une demi-heure au bas mot.

Et bien non ! Ne voilà-t-il pas qu’il débarque à peine 10 minutes plus tard, même pas essoufflé, brandissant fièrement une liasse de billets, qu’il transmet aussitôt à mon brave Confrère qui me latent avec un air que César lui-même n’aurait pas renié dans l’amphithéâtre en prononçant Vae Victis ! J’ai failli demander à Louis VI le café qu’il avait sûrement pris au bistrot qui jouxte le Tribunal avait été bon. Le bougre, il avait tout prévu, même de ne pas s’en sortir indemne et l’argent était déjà dans sa poche…
Nous sortons du Tribunal, avec quand même la satisfaction du devoir accompli et cet épilogue de ma cliente : « Finalement, mes cours de comédie auront quand même servi à quelque chose ! Mais, tout de même, il ne l’emportera pas au paradis… »

Sic transit gloria mundi !

§ 4 réponses à Sic transit gloria mundi…

  • maitrefaire dit :

    Rôôôôôôôôhhhhhh 😉

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  • Le Tigre dit :

    Les avocats non plus 🙂

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  • maitrefaire dit :

    Tous les brocanteurs ne sont pas à mettre dans le même sac, loin s’en faut !

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  • Le Tigre dit :

    Morte de rire. Ce matin un brocanteur est passé chez moi, un alsacien qui vit à Payerne, pour tout vous dire, pour prendre un petit truc de rien du tout. Il me demande si je n’ai pas autre chose à vendre. Bah, lui dis, « non à part cette guitare jazz demi-caisse de collection Levin de 1949-1950 ». Il me demande le prix à laquelle je l’ai mise en vente, qui est raisonnable, mais quand-même important, la regarde et me dis, « mais elle vaut beaucoup plus que cela ! Les incrustations marqueterie sont en ivoire, pas en nacre ! ». Il la prend en photo et me dis qu’il va en parler à des connaisseurs qui pourraient être intéressés.

    Bah, c’est sûr, si elle est vendue plus cher, il aura aussi plus de commission :-)))

    Et il s’en va en me demandant si je suis sûre de ne pas avoir de couverts en argent, de montres, d’or, de tableaux à vendre. Bah non, j’ai pas tout ça moi.

    Et aussi qu’en venant voir une autre dame hier, il s’est cassé la figure sur les rigoles d’Eikenott, très lourdement.

    Comme quoi, législation ou pas sur les brocanteurs, ils ne sont pas tous à mettre dans le même panier à salade.

    J’en ai connu des très gentils, très serviables et très généreux. Et aussi d’autres, arnaqueurs comme c’est pas possible de l’être. C’est comme dans la vie, pour tous.

    Même pour les avocats. L’une fléau qui ne sait pas lire et m’a coûté bonbon pour rien vient de me quitter mais a été remplacée par un rayon de soleil qui me laisse croire que l’honnêteté et la conscience professionnelle existe encore. La générosité aussi.

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