Etre un homme une fois dans sa vie
05/30/2012 § Poster un commentaire
Les dossiers matrimoniaux flattent rarement l’intellect, mais ils font aussi partie de la panoplie du généraliste. En mettant la dernière main au règlement – très peu glamour – du partage de la LPP dans un dossier de divorce, je me rappelle de la première séance où la séparation fut prononcée. C’était il y a trois ans (déjà). Elle fut homérique dans son épilogue. Les choses avaient mal commencé cet après-midi-là chez un Président, encore jeune, mais réputé pour son talent de conciliateur. L’affaire opposait un couple aux portes de la retraite, bien connu dans la Cité. Leurs déboires financiers et familiaux, puis leurs différentes tentatives pour se reconstruire, malgré la mainmise de leurs créanciers, n’étaient un secret pour personne. Mon client, C., après l’aide sociale, a trouvé un emploi d’homme à tout faire auprès d’une Fondation et son épouse vivote de petits boulots payés au lance-pierre. Cris, pleurs, explications alambiquées, reproches, durant plus d’une heure, arbitrés par un Président qui (pour une fois) ne parvient pas à concilier. Madame est défendue par un confrère au ton goguenard et au brushing impeccable, face à mon brave C., à la mine un brin défraichie. Séance finie, match nul, on rentre chez soi, mais pas sagement.
Sur le chemin du retour avec ma voiture, j’aperçois soudain au bout de la rue, sur le trottoir, C., gesticuler et invectiver mon confrère, puis l’attraper par le col, le poing levé. Comme dans les films, je fonce, puis stoppe mon dragster à la hauteur des mes deux lascars. Crissement de pneus, plan rapproché sur bibi jaillissant du bolide en criant(comme au ciné) : C. arrête, calme toi bon sang ! Réponse : Non mais tu sais ce qu’il m’a dit ce connard gominé. Il m’a dit sois un homme pour une fois dans ta vie ! Mais je vais lui casser la gueule moi !
Palabres, paroles lénifiantes, puis mon confrère a eu la bonne idée de battre en retraite sans rien ajouter et tout est rentré dans l’ordre.
C. se tourne alors vers moi, hilare : Mais t’as vu la tête qu’il a faite cette andouille, je me suis bien marré.
Heureusement que nos clients sont là pour nous dérider de temps en temps !
Twilight zone
01/18/2012 § Poster un commentaire
Les affaires concernant des accidents (professionnels ou non professionnels) relèvent parfois de la 4ème dimension, la fameuse Twilight zone, en référence à cette série télévisée américaine des années soixantes qui nous avait fait frémir. Deux vocabulaires totalement hermétiques s’y affrontent. Celui des médecins (Lésion ostéo-cartilagineuse – comprenez cartilage explosé), ce qui se rapporte au genou en piteux état d’un sportif professionnel, et celui des assureurs (mouvement non coordonnée – comprenez tu ne regardais pas où tu mettais les pieds mon coco) qui s’évertuent à qualifier ce traumatisme de maladie et non d’accident. Dans le 1er cas, pas d’indemnisation, dans le second, oui. Cette affaire a pris une tournure totalement kafkaïenne, simplement parce que le responsable du club concerné a – de bonne foi – annoncé le cas sans y apporter un certain nombre de précisions supplémentaires sur les circonstances dans lesquelles la lésion est intervenue, informations superflues pour les médecins, mais capitales pour l’assurance qui doit payer.
Avec mon enthousiasme légendaire, j’ai tenté de rattraper le coup en adressant un courriel au médecin-traitant traitant , attirant gentiment son attention sur la nécessité d’utiliser un vocabulaire précis dans ces rapports à l’assurance. Cet improbable personnage l’a mis bien en évidence dans le dossier et quand il a – finalement – atterri sur le bureau de l’assurance, celle-ci ne s’est pas privée pas de relever que seules les premières déclarations de l’assuré comptent (en l’occurrence la description des circonstances de l’accident faite par le Club sur le formulaire ad hoc, par une personne n’ayant pas assisté à l’événement et reprenant les infos données certes par le principal concerné, mais celui-ci parle anglais, et ses propos ont transités par coéquipiers et entraîneur interposés), surtout lorsqu’un mandataire professionnel essaie de diriger le dossier dans le sens qu’il souhaite. Les médecins sont (souvent) des dieux dans leur salle d’opération, mais, à l’extérieur, ce sont parfois des êtres d’une naïveté confondante, errant dans la Twilight Zone.
L’affaire est maintenant devant le Tribunal cantonal. Suspense…
Ma Maman m’a dit…
01/11/2012 § Poster un commentaire
Je suis désigné défenseur d’office d’un requérant d’asile nigérian arrêté pour trafic de drogue. Pléonasme dirait-on dans le milieu judiciaire, mais notre perception du monde est souvent altérée par notre pain quotidien. En tous cas, mon nouveau client m’a l’air d’être une pointure. Intercepté par la Police à sa descente d’avion, il a refusé le scanner à l’hôpital, sous prétexte de problèmes de santé. Ma maman m’a dit de ne pas aller dans un hôpital pour les blancs et de prier pour me soigner a-t-il déclaré . Alors, les pandores ont attendu (et la patience, ça les connaît). Quelques heures plus tard, mon client rendait par voies naturelles 90 gr. de cocaïne pure en oeufs Kinder… Quelle surprise ! Cela dit, la gastronomie nigérienne me semble difficile à avaler, sans parler des salades de ce pauvre garçon pour tenter de justifier la présence de drogue à cet endroit.