Octobre…

… où malgré les relents de Weissbier qui exhalent depuis la Bavière (si, si, le nombre de restaurateur redécorant leurs tavernes en mode damier bleu ciel s’amplifie chaque année), on se sent d’humeur plutôt valse viennoise. Rien à voir avec cette brave Sissi (!). Juste que Leonard s’est invité aux premières heures d’octobre.

Le 1er…

… où, au risque de faire passer ce journal pour un panégyrique des grands disparus, pas moyen d’évacuer ce blues automnal après avoir appris en cour de journée que ce petit bonhomme de Charles, que l’on voyait comme un géant, s’en est allé. On ne chantera plus Emmenez-moi sous la douche, au volant ou avant d’entrer dans l’arène avec le même petit sourire complice, mais les yeux un peu humides en se disant que for me, il était formidable. On repensera à ce déjeuner au Bistrot du Paradou, où on l’a côtoyé quelques instants, quand il mangeait à la table d’à côté avec toute sa tribu d’enfants et de petits enfants. Simple, tranquille, le regard malicieux…

Et puis, il y aura toujours dans un coin de ma tête ce texte magnifique récité pour GCM, Ecrire…

Il nous restera ça. Salut l’artiste.

Le 2…

… où l’on prend la route comme on va-t-en-guerre pour les terres reculées du Valais, territoire craint par tous les baveux qui n’ont pas eu le bonheur d’être biberonnés au Fendant dès le berceau. En effet, là-bas, très souvent magistrats et avocats du crû vous jouent l’exception culturel en mode Farinet, histoire de bien vous faire comprendre que vous n’êtes qu’une pièce rapportée.

Dans cette affaire de divorce qui s’enlise depuis 5 bonnes années, le Confrère adverse nous a déjà joué quelques coups de Jarnac. Et la présidente a accueilli fraîchement certaines de nos écritures. Même si elles respectaient à la lettre le code, cette magistrate nous a quand même écrit qu’elles ne correspondaient pas à sa pratique bien établie et connue des avocats locaux…

Donc, il va falloir marcher sur des œufs, et avec circonspection…

Résultat des courses : après 4 heures d’audience non stop, rythmée par les coups de gueules de Madame la Présidente sur la dernière jurisprudence fédérale, les revirements de mon client, les réticences de la partie adverse, nous ressortons avec une belle et bonne convention, sur laquelle personne n’aurait parié un liard il y a une semaine. Et tout le monde est content, puisque, en sortant du Tribunal, les parties discutent entre elles… lessive du linge des enfants !

Le 3…

… où, soyons lucides, quand, à 9h48 la batterie de l’Iphone, à 100% au réveil, n’affiche plus que 34%, cela n’annonce rien de bon pour le reste de la journée.

Le 4…

… où tout était calme, la journée avançait calmement, avec sérénité et componction. Et voilà que :

– Vous avez un appel de Me X., vous le prenez ?

Elle appelle forcément dans le cadre d’un dossier matrimonial assez compliqué, nos clients s’échangeant régulièrement noms d’oiseaux et autres amabilités. Mais, comme cette journée est toute amour et que nous avons usé nos jeans ensemble sur les bancs de la Fac, pourquoi ne pas se risquer à deviser avec la partie adverse ? Hmmmh…

– Bonjour, ma chère que m..

– Oui salut, je t’appelle pour notre dossier, cette décision, n’importe quoi, mais il ne faut pas faire recours, tu es d’accord avec moi, parce que sinon ça va tout compliquer et puis on a déjà des mesures qui ont été prononcées, mais c’est vraiment n’importe quoi, on ne sait plus quoi dire aux clients…

– Euh oui, mais tout d….

– Alors je t’appelle pour régler, parce que ça m’énerve (Merci, je n’avais pas remarqué), on doit trouver une solution, sinon il faut à nouveau saisir le juge, alors je propose que n…

Adieu sérénité et componction. La machine dans l’interphone s’emballe et je peux de nouveau en placer une que 5 bonnes minutes plus tard. Juste pour dire qu’il y a peut-être une alternative, mais… ratatatatatatatatata la kalachnikov  s’emballe à nouveau !

Pour finir, je peux glisser « merci de me mettre tout ça par écrit, que je puisse le faire suivre à ma cliente et je reviendrai avec sa prise de position » … « Ah oui, euh bon, salut » clac.

Voilà que j’hésite maintenant. Tisane lénifiante ou whisky ?

Le 5…

… où, constat bien connu des gens de robe, si le droit est une réponse adéquate à bien des problèmes de société et qu’il permet d’y apporter des solutions pratiques, il ne peut pas faire grand chose contre la bêtise et la méchanceté.

Et là, on ne parle pas du fait que la prison est susceptible d’effrayer les cons, mais du potentiel de nuisance de certains fâcheux qu’il n’est pas possible d’enrayer tant qu’ils ne franchissent pas la limite. Il est donc question aujourd’hui de cette jeune fille qui adore son chien. Son père le lui avait offert quand elle était venue habiter chez lui. Le divorce était consommé. Il avait largement pourri la vie de son ex et se réjouissait de lui porter encore un coup en séparant la fratrie. Quelques années ont passé. La jeune fille a grandi. Elle a ouvert les yeux et, l’été passé, elle s’en est retournée chez sa mère.

Depuis, ce brave homme multiplie les vacheries contre sa chair. Poursuites, arrêt des pensions alimentaires, plainte pénale pour le vol du chien et de l’ordi (offert par lui également, pour ses études). La justice le déboute régulièrement. Mais lui revient invariablement à la charge. Dernier exploit en date : une nouvelle lettre de menaces. Si elle ne rend pas le chien, il ira devant la justice civile déposer une action en revendication.

Et c’est là le point. Personne ne peut l’empêcher de déposer une énième action contre sa fille. Le code civil et les juges ont pour vocation de protéger le bon droit des gens. L’accès aux tribunaux doit être garanti. Pas moyen d’empêcher les ostrogoths de tenter de passer en force, à moins que…

Le 8…

… où les débats vont bon train à propos de l’initiative contre les juges étrangers.

Au-delà de certaines considérations politiques et autres calculs d’influence qui animent cette campagne destinée paraît-il à sauver l’image d’un parti réputé pour son sens de la mesure, vouloir mettre des œillères à nos juristes est tout simplement une aberration complète.

Et pour nous les avocats, vers quels saints pourrions-nous vouer, si nous n’avions pas Strasbourg pour tenter de faire corriger certaines décisions douteuses du Tribunal fédéral en matière de droits de l’Homme ?

PS : faut-il rappeler que la Douma a voté il y a peu une loi similaire et a fait inscrire dans la Constitution de la Fédération russe que toute décision de Strasbourg qui irait à l’encontre de ses principes (selon des experts nationaux soigneusement triés sur le volet) serait sans effet. Vote effectué après que la Cour Européenne ait une nouvelle fois rendu une décision considérant l’absence de procès équitable dans ce pays. Voulons-nous être comparé à ces gens ?

Le 9…

… où il va faire chaud aujourd’hui. Une cliente me demande en effet de rédiger sa plainte en des thermes juridiques…

Le 10…

… où il est question d’eau.

Dans la liste des petites vacheries que l’on peut se faire entre parties, s’agissant d’un litige concernant un bail à loyer, il y a la variante de couper l’eau à son locataire juste comme ça, par totale inadvertance, par ce que, ah oui, bon, c’est toujours ce que je fais avant de quitter la maison quand je pars à l’étranger.

Notre client, avant d’envoyer des fusées de détresse à son avocat, a bien évidemment ameuté toute la république, la régie, le Confrère adverse, etc. C’est à notre tour de rentrer dans la danse maintenant. Malheureusement, il n’y a pas pas d’autres moyens d’envoyer une mise en demeure à notre brave contradicteur.

Sa réponse est assez originale : Non mais, qu’est-ce qu’ils ont à se plaindre? Cela fait 2 ans que nous sommes en litige et ils ne payent plus de loyer. Et ils osent râler pour des broutilles ?

Waterloo, que d’eau, que d’eau, Waterloo

Le 11…

… où, lorsque l’on a eu la brillante idée d’inviter toute sa petite équipe à faire une dégustation de vin, suivi d’un bon repas, histoire d’entretenir le moral des troupes, il faut se rappeler d’éviter absolument au moment des 12 coups de lancer à la cantonade : Bon, qui prend encore un petit Gin Lemon ?

Le 12…

… où il est désormais prouvé scientifiquement que le Botanist de la veille ne favorise pas la concentration matinale.

Le 15…

… où il faut accorder une oreille à Me Will pour s’être sacrifié en tentant d’expliquer  pour la énième choix à une cliente, certes un brin désécurisée, mais souffrant d’un léger déficit en matière de compréhension, que, non, pour la 10e fois, on ne peut pas faire recours contre le divorce qui a été prononcé voici 18 mois… le délai de recours de 30 jours est largement échu.

D’aucuns diraient qu’il y a bien la possibilité d’introduire une action en modification du jugement de divorce, si celui-ci devait comporter des manques ou des erreurs que l’on pourrait corriger aujourd’hui. Malheureusement, la convention de divorce qui a été homologuée par le juge à l’époque ( sans notre participation) est à ce point en faveur de cette brave dame qu’il ne faut surtout pas inciter son ex-conjoint à la faire revoir par un tribunal, parce que sinon, elle pourra sortir les mouchoirs…

Le 16…

… où l’on hérite d’un dossier peu commun. Les suites d’un accident grave de circulation qui a eu lieu voici… 47 ans !

La victime était très jeune au moment de se faire renverser par un véhicule. Graves conséquences, grave traumatisme qui n’est pas complètement résorbé aujourd’hui et, pour des raisons qu’il m’appartiendra d’élucider, 5 avocats plus tard, cette histoire n’est toujours pas réglée.

Dans la salle de conférence, il y a cet enfant, désormais un adulte, qui tente  de me faire comprendre l’incompréhensible : comment cette affaire ne peut-elle pas être réglée aujourd’hui ?

À suivre…

Le 17…

… où cette étuve qui sert de local d’audition de police a de sérieux relents de Bouchonnois.

Deux inspecteurs, un prévenu d’abus de confiance et de faux dans les titres, deux avocats, celui de la banque et bibi. Les questions se suivent. Et se ressemblent. Vous dites que vous étiez coincés financièrement. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi blablabla… Policiers, procureurs, juges, même combat. Vous n’avez pas d’emblée la réponse que vous attendiez. Alors, vous reposez la question un brin différemment, et encore et encore, jusqu’à obtenir la « bonne » réponse. Pas la vérité, mais la réponse qui conforte votre vision du dossier.

C’est quoi la différence entre un bon et un mauvais policier… euh chasseur ?

« Ben, y’a le mauvais chasseur : y voit un truc qui bouge : y tire. Le bon chasseur : Y voit un truc qui bouge. Bon, il tire… mais c’est un bon chasseur »

Le 18…

… où, parfois, il est nécessaire de posséder quelques compétences en sémantique pour comprendre le message de nos camarades de robe.

Litige matrimonial, la partie adverse veut modifier l’organisation du droit de visite sur l’enfant et demande ce que ma cliente pense de la proposition suivante :

« L’enfant J. est gardé par sa mère une semaine sur deux les lundis, mardis et mercredis et une semaine sur deux les lundis, mardis et samedis, dimanches, tandis qu’il est gardé par son père, une semaine sur deux les jeudis, vendredis, samedis et dimanches et une semaine sur deux les les mercredis, jeudis et vendredis. L’échange a lieu le soir précédent le jour de changement de garde (dimanche soir pour lundi; mardi soir pour le mercredi; mercredi soir pour jeudi; vendredi soir le samedi), sachant que la mère ramènera l’enfant au père à 18h00 heures, sans lui avoir donné à manger ni l’avoir lavé, tandis que le père ramènera l’enfant à sa mère à 19.30 heures après lui avoir fait prendre son repas et l’avoir lavé, sous réserve du vendredi soir où J. a l’entraînement de foot jusqu’à 18.45 heures et les jours où il a match de foot. »

La mère : « Désolé, mais je n’y comprends rien, à part que je dois lui ramener un enfant sale et affamé.« 

– Rassurez-vous, je n’y comprends rien non plus. On pourrait leur demander de nous faire un tableau..

– Vous plaisantez ?

– Tout à fait…

Le 19…

… où l’on aimerait parfois se distancer des règles coutumières de confraternité qui nous obligent à sourire et à serrer la main de l’adversaire, comme se doit de le faire tout bon sportsman, en application du sacro-saint fair-play.

Ces règles, certains – parmi lesquels s’agitent quelques quérulents – nous les reprochent. Ah, ces avocats ! Regardez comme ils se font des salamalecs, et aussi avec les juges. Ils se soutiennent entre eux pour mieux nous tondre…

Il est vrai que certaines proximités peuvent parfois retenir l’avocat d’agir avec toute l’agressivité que souhaiterait le client. Et c’est souvent tant mieux, quand on y réfléchit après coup.

Mais beaucoup oublient que ces règles ont été édictées pour éviter que la salle d’audience ne se transforme en combat de coqs entre les hommes de robe, au détriment des intérêts qu’ils défendent et pour lesquels un brin de recul et de réflexion sont souvent salutaires.

Sauf que, parfois, on a quand même à faire à de tristes sires qui ne méritent que notre « indifférence » (NdlR : mot soigneusement choisi parmi d’autres noms d’oiseaux, pour éviter de faire sombrer ce blog dans une vulgarité qui est semble-t-il l’apanage de notre très peu honorable contradicteur).

Le 22…

… où la journée, que dis-je, la semaine, commence avec la lecture de notre canard favori qui nous balance en page 3 la vison du tribun historique de l’extrême droite venu nous expliquer comment sauver notre chère démocratie, qui – aux dernières nouvelles – serait en grand péril là-haut, sur nos monts.

Selon ce brave homme, figure emblématique d’une caste pour laquelle l’amour du prochain est érigé en vertu cardinale, il faut que notre ordre juridique tourne le dos aux  réflexions des juges étrangers en général, ceux de Strasbourg en particulier, car la Convention européenne des Droits de l’Homme serait une menace pour la démocratie directe, que chez ces gens comprennent comme la dictature de la majorité du peuple suisse sur la minorité, pour le bien commun s’entend.

Voilà une rhétorique qui rappelle de biens mauvais souvenirs…

Pour illustrer cette nécessité de fermer nos frontières à toute idée juridique non suisse, censée permettre d’assurer la bonne application des droits fondamentaux (pas nécessaire dixit papy Blocher, tout est dans notre Constitution !), il utilise tous les arguments qui interpellent les masses populaires. Voyez ce qui se passe quand on laisse les juges étrangers décider à notre place, on ne  peut plus renvoyer les criminels étrangers, l’assurance-maladie doit rembourser des frais de chirurgie esthétique,  les seniors de plus de 50 ans ne peuvent plus trouver du travail…

C’est sûr. Il faut marteler avec du lourd, car les sondages montrent que l’UDC est en perte de vitesse sur ce coup-là.

Eh bien, c’est tant mieux. Cette initiative, c’est nier tout d’abord à la minorité le droit de faire respecter les standards minimums d’un État de droit. Blocher et sa clique veulent que la Constitution soit un rempart contre le droit international. Cela signifie en pratique dénoncer à court terme la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) pour échapper à la juridiction de la Cour européenne à Strasbourg. Selon eux, ce droit international empêcherait de respecter la volonté du peuple. Il oublie de dire que les régimes qu’il dénonce, comme la Russie, qui, selon lui, serait aux antipodes de nos standards juridiques historiques font exactement la même chose et pour les mêmes raisons. Nous voulons être maîtres et seigneurs sous nos latitudes et que personne ne viennent nous dire quoique ce soit, surtout si nous faisons n’importe quoi.

Sur un plan plus pratique, cette initiative privera aussi à terme le justiciable (suisse ou étranger, jugé en Suisse) de s’adresser à la Cour Européenne pour faire revoir une décision branlante de notre « Cour suprême », dont tous les avocats savent que l’infaillibilité n’est pas la qualité première.

Ce n’est pas ça la démocratie. Ou alors, j’étais sacrément distrait aux cours de droit politique…

Le 23…

… où, en pleine angoisse existentielle avec Me Postit, à l’avant-veille de déposer un recours de la mort-qui-tue au Tribunal fédéral, on se dit que ce genre d’exercice comporte bien des similitudes avec la sombre destinée des gladiateurs.

Rome, les clients, tous exigent leur tribut. Mais à quel prix ?

Tous les avocats pratiquant ce type de de juridiction le savent, il n’y a quasiment aucune chance de s’en sortir vivant. La Haute Cour saura toujours vous achever d’un coup de trident au travers d’un considérant assassin, et vous renvoyer dans les limbes (que vous n’auriez jamais dû quitter à lire leur prose le recourant, qui plus est assisté d’un avocat, ne peut ignorer que…).

Les rares survivants, eux, portent toujours plusieurs cicatrices, qu’ils exhibent plus ou moins fièrement à leurs padawans, pour les avertir du péril qui les guette du côté de Mon-Repos, nom bien trompeur s’il en fut, à moins qu’il s’agisse d’une allusion subtile au repos éternel qui attend les inconscients venus troubler les Sages qui y cogitent.

Bon, relire la prose de Me Postit, avec la musique de Gladiator en fond sonore, n’est décidément pas une bonne idée…

Le 24…

…. où la philosophie de l’instruction de certains procureurs transparaît de manière à peine perceptible de leur courrier : Votre client peut bénéficier d’une procédure simplifiée, à condition bien sûr qu’il avoue et adhère aux conclusions civiles de la plaignante !

Euuuhhhhh 1) … et la présomption d’innocence ? 2) régler les conclusions civiles avant la preuve de la culpabilité, ce n’est pas un peu mettre la charrue avant les bœufs ?

Le 25…

… où l’on croit se réveiller dans la peau d’un brave avocat, droit dans sa robe,en parfaite adéquation avec sa prestation de serment. Eh bien, pas du tout ! En feuilletant les pages de notre canard local, on découvre que la nouvelle concurrence veut nous ranger dans la catégorie des vils profiteurs, qui méprisent la veuve et l’orphelin.

Les nouvelles venues clament haut et fort leur droit à la différence en exposant que, elles, vont défendre la fleur au fusil les plus humbles. Elle s’annonce donc en tant quespécialisée dans la défense des membres vulnérables de la société: employés, locataires, assurés… [Leur] domaines d’activité incluent aussi le droit de la famille, celui de la protection de l’enfant et de l’adulte ou encore le droit des étrangers et de l’asile. En somme, il s’agit en premier lieu de défendre les «dominés» contre les «dominants».

Bravo ! Beau constat qui remet en effet en question tout l’engagement des gens de robe. Mes chers Confrères,  ou devrais-je dire Consœurs, pour ne froisser aucune susceptibilité, au moment de votre prestation de serment  – que vous ferez un jour  si vous daignez entrer dans les rangs de cette Confrérie professionnelle dont vous souhaitez vous distancer, on vous rappellera que votre marketing est précisément la base de notre engagement en tant qu’auxiliaire de la Justice, justement pour faire tout notre possible, afin d’éviter que ne s’installe un système à 2 vitesses.

Le 26…

… où il ne faut pas oublier la règle n°34 de Me Yoda: quand en vacances tu es, si par le bureau tu t’aventures, rester invisible aux yeux des clients tu dois…

Par exemple, il est dangereux de faire un peu de courrier aux clients, d’autant plus si ce sont des amis qui ont ton numéro de portable. Parce que ça ne sert à rien, mais alors à rien du tout de mettre dans la lettre un paragraphe du style : Merci de me revenir à ce sujet la semaine prochaine, car je suis en vacances jusqu’à la fin de celle-ci.

Trois courriers dictés hier lors de ce passage impromptu à l’office, envoyés ce matin par mail par notre vaillant secrétariat.

9h58 Driiiiing : Salut c’est moi [ben oui, je vois], j’ai lu que tu étais en vacances, mais bon, le délai de recours est au 23 novembre, alors on fait quoi maintenant ? … Rien, je ne suis pas au bureau … Ah, euh… alors s’appelle la semaine prochaine ? … D’accord…

10h23 : 2 appels en absence, je rappelle, c’est la fille de 12 ans de mon ami qui répond : Papa ne peut pas prendre le téléphone maintenant… Ok, dis-lui de me rappeler lundi, merci… 10h25 appel : Ta fille ne t’a pas donné le message ? … Si. si, mais là je suis libre….

11h05 : manquait le destinataire du troisième courrier. Eh bien voilà, c’est fait, mais le standardiste en vacances commence un peu à chauffer. Ouais salut, tu n’as pas lu le passage de mon courrier où j’écris que je suis en vacances jusqu’à la fin de la semaine ? … Pas vraiment, désolé, c’est sur mon IPhone. Ton courrier, c’est écrit trop petit. Je n’arrive pas à le lire, alors je t’appelle…

Soupir…

Le 29…

… où l’on assiste à une conférence d’Yves Daccord, directeur du CICR, intitulée : « Tous les chemins mènent désormais à Damas ».

Derrière l’orateur, aussi modeste que captivant, une photo de 2 femmes-soldats de Sierra Leone, tenant chacune dans leur main une kalachnikov, l’air farouche. La première porte un T-shirt improbable avec un logo « London School ».

Yves Daccord nous parle de cette photo qu’il nous dit avoir sur son bureau. Cette jeune adulte est la cheffe d’une milice paramilitaire extrêmement violente. Elle a été violée et a vu sa famille massacrée sous ses yeux. Alors, pour se protéger, elle a pris les armes. Mais était-ce vraiment un choix ou plutôt une contrainte dictée par l’instinct de survie ? nous dit-il. Il explique que, pour faire leur travail sur le terrain, ses collaborateurs sont obligés d’aller au-delà des actes, ne pas juger, mais essayer de comprendre les êtres qu’ils croisent et établir le dialogue nécessaire, afin que le CICR puisse mener à bien sa tâche. «Pour pouvoir avancer dans ces régions, il faut parfois se projeter avec des interlocuteurs que l’on n’a pas choisis et qui sont dans ce qu’on pourrait appeler une “logique humaine différente” ».

Toutes proportions gardées, c’est aussi, d’une certaine façon, la réalité du terrain judiciaire. Si les avocats, surtout les pénalistes, ont plus l’habitude de travailler avec le matériel humain, du côté des juges on ressent parfois une certaine difficulté à faire preuve d’empathie vis-à-vis de toute logique humaine différente de la leur. Le Bien, le Mal, ce sont des notions qu’ils apprécient souvent à l’aune de leur propre vécu et/ou de leurs propres expériences. Juger, c’est punir, certes. Mais, avant de prononcer la sentence, il faut aussi comprendre. Si cela est déjà difficile pour eux, quand ils doivent condamner Pierre ou Paul, qui ont grandi dans le quartier d’à côté, comment vont-ils pouvoir juger des migrants qui, avant de commettre une infraction, ont traversé la misère, la guerre et l’océan pour venir s’échouer dans nos villes ?

Le 30…

… où la quiétude des giboulées automnales est soudain troublée par les onomatopées anti-patronales d’un raout syndical qui s’installe sous nos fenêtres à l’heure du café.

On se les gèle dans le prolétariat, à attendre le départ du cortège organisé par UNIA et SYNA pour soutenir les maçons grévistes d’ici et d’ailleurs.

550 participants, selon la presse, paraît un peu exagéré, car les casquettes rouges et blanches qui tranchent avec la grisaille du trottoir sont assez clairsemées entre les deux machines de chantier qui marquent le début et la fin du cortège.

Devant une pelleteuse avançant par à coup, une mère et son landau font à peine attention aux roues qui s’approchent dangereusement, sous l’œil placide d’un organisateur scotché à son téléphone portable. Juché de manière improbable sur un tas de palettes montées à l’arrière d’un camion, un DJ scande ses imprécations à l’aide d’une sono de campagne, manquant plusieurs fois de s’étaler sur le bitume, quelques mètres plus bas… C’est vrai que c’est dangereux la vie sur un chantier. Heureusement, les syndicats sont là pour veiller au grain…

Le 31…

… où, après l’entrée dans l’heure d’hiver et quelques jours de bise, de pluies et de giboulées, on sent que les caprices de la météo influent sur le morale.

Certains clients se rappellent tout à coup à notre bon souvenir. Cela fait des plombes qu’on leur demande qui un document qui une information, mais bon, faut tout à coup que ça avance. Et au pas de charge, s’il-vous-plaît ! Ils ne sont pas plus complaisants par mails. On réclame de l’agressivité à l’égard du Confrère adverse. Ses coups de gueule (aussi efficace que de souffler dans une contrebasse selon notre point de vue) montrent bien qu’il a plus à cœur la défense des intérêts qu’on lui a confié… Si je vous paie, c’est bien pour ça !

Message bien reçu : la fin de l’année se matérialise dans les esprits ciblés sur « réaction » plutôt qu' »action ». Il faut en finir au plus vite, on ne veut pas traîner cette procédure sous le sapin, à moins de pouvoir y mettre le cadavre de la partie adverse.

Mes Postit et Will, affûtez vos tranchoirs, c’est parti !

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