Mai…

…où nous voilà en mode pré-estival, avec des délais qui s’abattent comme la vérole sur le bas clergé espagnol (en français dans le texte) et des audiences qui s’enchaînent au point que l’on a l’impression de faire les trois huit. Donc, restons zen, enclenchons en même temps que le mode nuit sur la Surface, un moment de plaisir total signé Diana et Elvis, avant de se plonger dans la séance du lendemain. Ce métier rend fou, mais reste fascinant dans ses méandres et les surprises quasi quotidiennes qu’il réserve… Crazy crazy for feeling so lonely And I’m crazy crazy for feeling so blue. Enjoy May

Le 1er…

… où les syndicalistes du dimanche, même si on est mardi, sont concurrencés par un petit gars qui, 1er mai oblige mais, contrairement à ses petits camarades, ne chante pas pour se faire quelques petits sous. Il préfèe martyriser une batterie. Et là, pour sûr, on l’entend bien s’ajouter aux rumeurs des envolées lyriques des pseudo-tribuns de la force ouvrière qui, réunit sur la  place en face de la #FaireCave, peinent à arracher leur auditoire ottoman à leurs considérations existentielles sur le match de la Champions League du soir.

Pendant, ce temps-là, à Paris, on se frotte vigoureusement aux forces de l’ordre pour peu ou prou les mêmes revendications…

Continue de taper sur ta grosse caisse mon petit gars, on est bien ici…

Le 2…

… où il est toujours intéressant de considérer l’ordre de priorité de certains clients qui nous laissent parfois sans voix.

Tenez, prenez cette brave dame lusitanienne, un brin déstabilisée par une procédure de divorce pénible, terminée aujourd’hui, mais qui nous a demandé d’envoyer à son désormais ex-judiciairement-établi un petit rappel de ses obligations financières.

Ne voilà-t-il pas qu’elle passe subrepticement à la #FaireCave pour s’enquérir du résultat éventuel de notre relance et glisse au passage Ah, au fait, j’ai été condamnée par le Procureur pour diffamation contre mon ex-mari. Tenez, voilà le papier.

– Mais, vous ne nous avez jamais parlé de ça.

– Oh non, pas nécessaire, ça, ce n’est pas important…

….

Le 3…

… où, on savait que « ça » allait arriver. Qu’il faudrait y aller au Tribunal avec ce client, merveilleux ami au caractère ombrageux (et je pèse mes mots) qui doit affronter une procédure matrimoniale qui l’agace au plus au point. Non pas qu’il souhaite se soustraire à ses obligations. Mais, il a le sentiment qu’on ne lui laisse pas exposer sa réalité de chef d’entreprise.

Il n’a pas complètement tort. Mais les réalités du Code civil sont parfois un brin abruptes. De l’autre côté de la barre, un jeune Confrère monte régulièrement le ton, et veut faire valoir une certaine fermeté. Comment lui en vouloir, je crois avoir été du même bois… il y a longtemps…  avant de me rendre compte que ce n’était pas là qu’on fait la différence, surtout quand on ignore – par inexpérience – certaines réalités économiques, dont il faut tenir compte pour arriver à un juste résultat…

Bref, l’audience tire à sa fin, un accord (partiel) a été négocié à l’arrache. Et, on en arrive à la question qui fâche toujours : les frais. Étonnamment, aucune discussion sur une prise en charge des frais d’avocat, qui représentent (toujours) la majeure partie du gâteau. Mais, mon jeune contradicteur prenant son élan lance d’une voix mal assurée (il s’est déjà ramassé quelques remarques acerbes de la part de mon tonitruant client cet après-midi), Monsieur pourrait avoir l’élégance de prendre à sa charge les frais de justice … euh, avec ce qu’il gagne….

On ferme les yeux et on attend. L’orage gronde, il arrive, il est là…

– Mais, mais, mais… mais oui, mais c’est bon, Madame la Présidente… On n’est plus à ça près je crois… Regardez, moi, j’ai les sous qui tombent des poches là !!!!

Le 4…

… où il fallait le faire, et cela a été fait.

Aéroport de Zurich, en route pour rencontrer des collègues des bords de la Vlatava avec qui nous préparons un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme.

C’est le moment du contrôle où on pose sa montre, ses clés, sa ceinture…. Veste Ok, bagage à main ok, sacoche de combat @MeFaire, avec laptop, chargeur, toutiquanti ok ? Euh non… Le policier, genre balèze hipster, revient vers moi l’œil noir.

– Euh, il y a un problème M’sieu l’agent (foutu vieux réflexe) ?

– Fous affez un couteau !!!

– Quoi comment ? Ah zut…

Bon sang, mais c’est bien sûr. Quelle pomme ! Le fameux couteau suisse Porsche Design, aussi magnifique qu’oublié au fond de ma boîte à outils…

Le douanier, magnifique, sort un mètre de sa poche et s’exclame avec un accent digne de Check-Point Charlie : Il est drop long de zinq millimeter, mais ça va, fous pouvez le garder et monter dans l’afion. Mais mes kollègues à Prague ne zeront zertainement pas d’accord de fous laisser refenir afek.

Et voilà comment animer (et dérider) une rencontre avec des collègues étrangers, dont vous êtes sensé gagner la confiance par votre professionnalisme à toute épreuve en racontant une anecdote, histoire de ne pas faire une réponse trop conventionnelle à la sempiternelle question : Did you made a good trip ?

Le 7…

… où, parfois, même dans les moments les plus sérieux, comme par exemple en attendant dans la salle des pas perdus du Tribunal l’ouverture des débats finaux d’une affaire qui dure depuis 11 ans (!), on a la furieuse impression de glisser dans une sorte de dimension parallèle.

Vous savez, comme dans cette vieille série de SF en N/B intitulée la Twilight Zone, coincée les mercredis après-midi de mon enfance entre Les Mystères de l’Ouest et Cosmos 1999

Donc, dans ce couloir, où on essaie de tuer le temps en admirant le joli linoléum, couleur muesli avarié, qui inspirerait des humeurs dépressives à n’importe quel aliéniste, même formé dans une clinique psychiatrique bulgare des années septantes, notre attention est attirée par ce tableau incongru.

Un meuble rempli de bottins de téléphone périmés depuis de longues années et encore sous cellophane trône au milieu de nulle part, juste à côté de l’emplacement où se tenait jadis un appareil à pièces. Il a été envoyé à la casse il y a belle lurette à première vue, au moment de la disparition des cabines, mais les bottins sont toujours là…

…au cas où un émule de Rain Man voudrait tuer le temps en apprenant par cœur des listes d’adresses et de numéros.

Si l’on se risquait à glisser à l’huissier une petite remarque du genre, vous ne pensez pas que ce serait bien de les enlever ? Des bottins de 2004 et 2012, sans téléphone, ça fait un peu désordre, non ? Nul doute que la réponse serait : Le téléphone, c’est Swisscom qui a décidé de l’enlever, nous, on n’a pas de budget pour ça…

Des bottins périmés en guise de mise en bouche avant l’audience du Juge, le message est clair : Vous avez demandé la Justice, ne quittez pas …. biiiiiiiiiiiiiip …. il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé !

Le 8…

… où certaines procédures peuvent provoquer la maladie d’Alzheimer. Si, si…

Preuve en est ce valeureux Confrère qui, dans cette affaire pendante depuis près de 10 ans, écrit au nom de ses clients au 4ème Juge nommé pour liquider ce dossier, que les défendeurs accepteraient avec plaisir d’agender une audience. La formule est délicieuse, mais mon brave contradicteur a juste oublié dans la foulée que, lui, représente les… demandeurs !

Le 9…

… où les affaires courantes nous font mettre le doigt sur une – parmi d’autres – incongruité du système pénal suisse.

Si vous conduisez une voiture avec les vitres mal dégivrées et donc une visibilité limitée, il s’agit d’une violation grave de la loi sur la circulation routière, sanctionnée d’une peine (avec sursis en principe, parce que, en général, une fois suffit pour qu’on comprenne le tarif) et surtout avec inscription au casier judiciaire. Donc, les conséquences peuvent être assez lourdes pour le conducteur impénitent qui s’est contenté de donner un ou deux coups de grattoir sur le parebrise dans la cramine du petit matin.

Mais, si vous avez conduit sans vos lunettes médicales, que vous soyez peu, moyennement ou beaucoup bigleux, vous n’encourrez qu’une simple amende en termes de remise à l’ordre.

Pourtant, le risque planant sur l’intégrité physique des autres usagers n’est pas vraiment moindre.

Le 10…

… où, pendant que l’on fête l’Ascension sous les clochers de la Comté, on prend sa lampe de mineur et l’on s’enfonce dans les profondeurs sans fin d’un dossier de criminalité économique.

Ce qui frappe souvent dans ce genre de dossier, c’est le point de vue du Juge. On ne peut pas gagner autant d’argent honnêtement. « Autant », c’est-à-dire plus que moi, brave magistrat, je ne pourrai jamais gagner dans toute ma vie.

C’est tout de même un peu court. Prenons Roger Federer par exemple. Que doit-on en penser avec cette logique à deux balles ? D’autant que la loi ne fixe pas de limite au-delà de laquelle tout revenu devient suspect.

Et c’est ainsi que, sous l’œil bienveillant des Cieux, on cherche ce qui pourrait – dans les limbes, plus loin que la pièce 18-02-0553 – démontrer l’inanité de ce postulat.

Le 11…

… où, tout est question de point de vue.

Prenons ce Confrère qui demande une nouvelle prolongation de délai pour le motif que les pourparlers transactionnels se poursuivent, alors qu’on est sans nouvelle de lui depuis deux mois, malgré plusieurs relances.

D’aucuns diraient que certains silences valent mieux que de vaines paroles… Mais, bon, là, ça ne va pas le faire.

Le 14…

… où l’on se demande parfois si l’on est bien au bon endroit au bon moment.

Comme lors de cette inspection champêtre, quand on se rend compte que, dans le champ d’à côté, une vingtaine de taureaux vous fixent intensément du regard et que seul un petit fil de fer, dont on ne sait même pas si quelqu’un en a branché le courant (!), nous sépare.

Euh, personne ne porte quelque chose de rouge ? Non ? Ok… Bon, alors pas de geste brusque, d’accord ?

Et on regarde le terrain aux alentours. Pas vraiment d’endroit où se planquer en cas de déclenchement intempestif d’une corrida…

C’est donc là qu’intervient l’homme de la terre, constatant un moment de flottement parmi son auditoire citadin : Vous inquiétez pas. Si personne ne les énerve, ils sont plutôt gentils.

« Plutôt », c’est c’la ouiiiiii….

Le 15…

… où l’on se retrouve en mode sans filet à la Permanence de l’Ordre.

Tous les mardis, nous sommes 4 Confrères, désignés à tour de rôle, donner des conseils à des justiciables qui s’acquittent envers notre caisse associative de la modique somme de 30 francs pour une consultation d’une vingtaine de minutes.

« Sans filet », parce que, au fil des gens, les sujets varient (divorce, travail, construction, litige avec le voisin, etc.) Et puis, il y a ceux qui arrivent avec la feuille chiffonnée de la citation à comparaître qu’ils extraient d’une enveloppe déchirée, ceux qui ont scrupuleusement noté à la main, dans un cahier d’écolier, leurs griefs, les geeks avec leur tablette et les photos de l’objet de la discorde, et les plus dangereux, ceux qui arrivent avec 4 classeurs sous le bras et lancent : j’ai déjà consulté trois avocats, je voudrais avoir votre avis, puisqu’ici ça coûte pas cher !

Il faut donc s’adapter entre cette dame d’un certain âge et au chômage, qui craint de perdre sa pension d’épouse divorcée, parce que Mônsieur a menacé de couper le robinet. Sa contemporaine, dont le mari est parti faire le tour du monde à la voile, et qui s’est lamentablement échoué à peine sorti du port, et qui veut vendre la maison familiale pour pouvoir repartir. Ce jeune latino qui veut bien se marier avec sa copine pour avoir la nationalité, mais qu’est-ce qu’il adviendra de leur salon de coiffure s’ils se divorcent ? Celui qui trouve saumâtre la facture de son architecte, puisque le permis de sa terrasse lui a été refusé. Des vies, que des vies, pas les mieux, pas les pires…

Et puis, il y a ce jeune gars, complètement excité : Regarde, je suis accusé d’avoir cassé un appartement. Mais c’est pas moi, c’est mon ex-copine. Elle prenait de la coke et me lançait des tas de trucs, qui finissaient contre les murs. Mas pas moi, hein ? J’prends pas de drogue dit-il les yeux complètement écarquillés en bougeant dans tous les sens.

Et elle est où cette ex ?

En Italie, j’sais pas où !

Bon, si c’est elle et qu’elle est introuvable, il faut expliquer au Juge que vous n’y êtes pour rien, mais calmement…

Ah ouais, trop cool, c’est génial, j’vais faire ça, Allez, merci, j’te fais un check !

Voilà, donc après plus de deux heures à ce rythme, au terme d’une journée démarrée aux aurores, besoin d’un petit moment de repli sur soi-même.

Le 16…

… où, afin de préserver la sérénité de la FaireCave, ainsi que la tranquillité psychique du secrétariat, il est ABSOLUMENT déconseillé d’essayer de fusionner un fichier Word – contenant une magnifique détermination en 22 points – en faisant copié-collé avec un autre fichier Word – contenant les compléments, pourtant hautement pertinents, transmis par le client, qui reconnaît lui-même par la suite l’avoir établi à partir d’un pdf !!!!

A moins de vouloir regarder vos vaillants padawans se décomposer en découvrant que la mise en page est flinguée, les modifications perdues, que le fichier refuse d’enregistrer, etc… etc…

Le 17…

… où on a le sentiment désagréable que cette journée pleine de contrariétés diverses nous a petit à petit transformé en une sorte de Louis Litt…

Aaarrrgghhhhh…

Le 18…

… où, en raison des troubles de l’humeur de la veille et de ses incidences néfastes sur le traitement des dossiers en cours, nous voilà à l’arrache pour respecter la principale échéance du jour.

Loi de Murphy oblige, c’est bien sûr le moment que choisis la sonnerie du téléphone pour se déchaîner ! Louis Litt, sort de ce corps !

Le 22…

… où, à l’expiration de la période de Pentecôte, on prend acte avec abnégation du fait que les miracles sont restés cantonnés dans le secteur biblique. Et tant pis pour les juristes !

En effet, attablés de bon matin face à un Procureur, force est de constater que le Parquet n’a pas changé d’un iota son approche des affaires à composante contractuelle, à savoir que, si les parties sont en litige, c’est vraisemblablement en raison d’une mauvaise exécution d’obligations à caractère civil , qui n’est – malheureusement (!) – pas de leur compétence et non parce que l’entrepreneur que nous qualifions poliment d’« indélicat » en a profité pour s’en mettre plein les poches, au détriment de notre client.

Il s’agit là d’un problème connu. Dès que le spectre du Code des Obligations planes sur une procédure pénale, les Procureurs ne s’estiment plus concernés. Et l’avocat de la défense connaît parfaitement cette déviance intellectuelle. C’est pourquoi, il table souvent sur cet argument : Vous voyez bien, cette affaire est du ressort du Tribunal civil.

Sauf que, là, il se passe un échange assez comique qui vient ruiner toute cette belle stratégie. Alors que le Procureur martelait à notre client qu’il n’avait dans les mains qu’une « Confirmation de commande » (alors que chaque poste de la construction y était complètement détaillé, avec indication précise du nombre d’acomptes de payement, leur montant exact, avec leurs échéances, et la signature des 2 parties, donc, si ce n’est pas un contrat, vous pouvez m’appeller Berthe), et par conséquent pas de contrat sur lequel s’appuyer pour prétendre que les sommes versées avaient été détournées de leur but, à savoir payer les sous-traitants, l’entrepreneur prévenu vient s’asseoir en face du procureur et, à sa première question, commence sa réponse de manière on ne peut plus claire : « Alors, s’agissant du contrat d’entreprise que nous avons passé… ».

Et bien, croyez-le ou non, le Procureur n’a pas goûter à la plaisanterie, ni même haussé un sourcil d’ailleurs…

Le 23…

… où la journée est morne et ce n’est pas à cause du temps franchement chichiteux depuis la veille.

Enfin, peut-être tout de même que si. Le petit détail qui décide entre une longue procédure et un accord plus ou moins équilibré, où toutes les 2 parties se quittent fâchées mais soulagées, pour reprendre l’expression d’un magistrat de notre landerneau, dont l’entregent n’a d’égal que le bon sens, reste un mystère.

Je retiens toujours cette anecdote de Paul Lombard. Il défendait, devant la Cour d’Assises de Grasse, un policier qui était accusé d’avoir tué sa conjointe. Ancienne prostituée, il l’avait épousée sous la promesse qu’elle renonce à son ancien métier. C’était encore le temps des maisons closes et le brave pandore avait découvert que la brave dame n’avait pas renoncé à son sacerdoce et y travaillait avec ardeur à l’officine locale. Il l’avait abattue avec son arme de service sur le perron du lupanar.

Me Lombard avait plaidé le crime passionnel, le désespoir du mari trahi et humilié.

Ce jour-là, en marge du procès, la bonne ville de Grasse attendait l’arrivée du tour de France. Il faisait également un temps magnifique. Les jurés, ne voulant vraisemblablement pas rater un événement aussi festif, étaient pressés et de trop bonne humeur pour envoyer un homme à la guillotine. Ils ont donc répondu « Non » à la question de savoir si le policier avait commis un meurtre avec préméditation. Selon les règles de la Cour d’Assises, l’accusé a donc été acquitté du chef de prévention qui pesait sur ses épaules. Un autre chef d’inculpation ne pouvant remplacer l’accusation initiale, il est sortie libre du tribunal.

Comme quoi, le sort d’une existence tient parfois à si peu de choses…

Le 24…

… où, quand même, ces procureurs sont de grands comiques !

Dans une procédure d’entraide pénale internationale, où les demandes de la Suisse croisent celles de L’État étranger requérant, nous sommes confrontés au risque que des documents « sensibles » échappent à la vigilance de nos pandores à croix-blanche et quittent la zone de contrôle helvétique pour des territoires où la CEDH n’est qu’un vœu pieu, ceci sans que la procédure ne soit close par une décision du MPC entrée en force (ce qui est rigoureusement interdit).

Mais dans toutes ces infos échangées de part et d’autres, finalement on ne sait plus très bien ce qui est couvert par cette règle et ce qui peut être dit, écrit ou transmis.

– Et, donc, Monsieur le Procureur, si, par maladresse, incompétence, idiotie ou que sais-je encore des documents qui devaient rester hors les yeux de l’État étranger lui parvenaient quand même, on fait quoi ?

– Ach, bon sang, mais c’est bien sûr! On informe les collègues de l’autre bord et on leur dit de nous renvoyer les originaux, sans faire de copies…

– Sans rire ? Allez, c’est une blague ?

– Non…

PS : et c’est bien ce qui est prévu dans les traités !

Le 25…

… où, tous ceux qui ont regardé des séries et films judiciaires le savent : l’avocat ne peut pas contacter les témoins pour s’assurer de leur collaboration à l’audience. Et cela est valable pour les affaires civiles comme les pénales.

Sauf que, si l’on applique cette règle de manière absolue, on va devoir faire citer à comparaître tous ceux qui pourraient bien avoir vu quelque chose, mais dont on n’est pas sûr que c’est bien le cas. Et pour le savoir, il faut leur demander. Et pour pouvoir leur demander, il faudrait les faire venir à la barre…

Alors, fort heureusement, il y a quelques temps, un brave juge, qui en avait marre d’entendre des gens n’ayant rien vu et, de surcroît, fâchés qu’on les dérange pour rien, a décrété que les avocats pouvaient au moins s’assurer que le témoin potentiel avait quelque chose à dire pouvant intéresser la Cour. Et cette jurisprudence n’a jamais été démentie depuis, tout en étant assortie d’appels à la prudence de tous les bâtonniers envers leurs pairs.

L’exercice est en effet délicat et doit être bien préparé pour ne pas franchir la fragile frontière séparant la défense consciencieuse de la subornation de témoin…

Eh bien, foin de précautions et de cautèles. Aujourd’hui, l’exercice tombe à l’eau. Le fameux témoin refuse de répondre et ne rappelle même pas, malgré les messages lénifiants laissés sur son combox.

Donc, doit-on quand même faire citer un quidam récalcitrant qui risque de nous faire payer le fait de l’avoir trainer devant un tribunal pour parler d’un sujet dont il ne veut pas ?

C’était donc la question pourrie du vendredi…

Le 28…

… où mon Confrère est bien là ce matin, au Tribunal, avec une pile de questions préjudicielles, histoire de bien commencer la semaine. On le sentait venir. Celui qui nous balance un paragraphe complet sur le fait que le procureur a renoncé à condamner notre cliente pour lui avoir coincé le pied dans la porte, uniquement parce qu’il était débordé dans son travail, nous réserve forcément encore des surprises…

Le Juge se méfiait aussi un peu, au vu des précédents échanges d’écritures. Il commence néanmoins selon la formule rituelle :

– Mes, avez-vous des questions préjudicielles ?

Votre serviteur : Une ou deux pièces complémentaires sur la situation financière…

– Merci, et vous Me ?

– Alors, je produis au nom de Mr  Untel, une liasse de documents et je vais procéder à une dictée.

– Ce sera long ?

L’avocat montre deux pages recto/verso couvertes d’une écriture manuscrite serrée.

Euh, bon, je vois. Écoutez, on va d’abord tenter la conciliation, parce que, si vous deviez finir par trouver un accord, pas besoin de dictée, dit le Juge, le sourire en coin.

Oui, mais, quand même, il y a des réquisitions importantes, enfin, on pourrait…

Non, non, ne vous inquiétez pas. Plus tard, ce sera bien.

Deux heures et demie « plus tard » donc, pas de conciliation possible.

Il est 11h20.

Le Président : Nous n’avons pas le choix. Il nous faut procéder à une expertise.

– Bon, alors je vais dicter mes réquisitions.

Le Président regarde la montre, puis dans ma direction.

Votre serviteur :  Il est tard vous ne trouvez pas. Et nous devrons de toute façon nous prononcer sur cette dictée, ce que nous n’aurons pas le temps de le faire aujourd’hui. Donc, il vaut mieux leur donner un délai pour qu’ils nous mettent tout ça au propre et nous répondrons tranquillement en temps voulu… Non ?

– Très bonne idée, c’est ce qu’on va faire. Je vous impartis un délai de dix… non vingt jours pour nous faire parvenir votre écriture…

– Mais… bon…

Essayé, pas pu !

Le 29…

… où il y a cette map, pleine de documents à classer, qui me nargue depuis plusieurs jours.

Elle figure en tête de la MIUTTDT (Most Important & Urgent Task To Do Today), mais, chaque fois que je m’en approche, elle s’esquive en usant de ruses perverses. Elle fait sonner le téléphone, apparaître collab’ ou secrétaire qui viennent me parler d’un dossier, ou un client surgit à l’improviste.

Ce matin, j’ai mis le bigo sur off, clos l’huis de mon bureau, fermé Outlook, envoyé tout la troupe au loin effectuer d’improbables tâches chronophages. Elle ne m’échappera pas cette fois…

… ben… si. C’était sans compter le fax. Détermination urgente requise, dans un délai réduit comme une peau de chagrin !

Bon sang, mais comment fait-elle ?

Le 30…

… où le fameux témoin fantôme du 25 (voir ci-dessus) rappelle à l’improviste !

Pour dire qu’il n’est pas chaud bouillant pour venir témoigner dans cette affaire, car il craint des représailles de la partie adverse (Précision utile : il ne s’agit pas d’un gang de mafieux notoires, mais d’une entreprise spécialisée dans le commerce de détails. Donc, aucun risque de finir au fond de la baie avec un poids attaché aux pieds. Enfin, en principe… Non, je rigole Monsieur.)

– Selon mes informations, vous avez bien vu l’accident. Je veux juste m’assurer que c’est bien le cas et que votre témoignage peut être utile.

– Oui, mais je sens que ce que je vais dire risque de ne pas plaire à X.

– Mais, vous allez dire la vérité ?

– Oui !

– Alors, il n’y a pas de problème. Nous sommes dans un pays où les gens qui viennent dire la vérité devant un Tribunal ne doivent pas craindre pour leur sécurité personnelle.

– Ah, vous croyez ?

Moralité : le capital-confiance des autorités judiciaires de notre Comté n’est pas au top.

Le 31…

… où tempus fugit, s’agissant des échéances, même en ce jour férié en bonnes terres catholiques.

Ce qu’il y a par contre de bien quand on rattrape le temps perdu un jour de Fête-Dieu, c’est que l’on est secoué dès l’aube au son du canon de la Batterie 13 qui annonce la messe et la procession.

Comme réveille-matin, c’est radical !

 

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