Mars…

.. où, contrairement à sa connotation guerrière, Mars démarre tout en douceur avec Charlie Haden et Pat Metheny aux commandes. Jurisprudence et plaidoiries version jazzy mood, les nuits sont plus longues…

Le Premier…

…où, en faisant du tri dans un tas d’archives, on tombe sur une coupure de presse, pas si jaunie que ça.

L’article est consacré à un avocat sanctionné pour une plainte abusive. L’entame est peu flatteuse pour la profession : « Si c’est le privilège de l’avocat de dire parfois n’importe quoi… »

Pffff, toujours cette image de l’avocat prêt à débiter n’importe quelle ânerie pour défendre son client ! Si l’exercice de la défense donne effectivement le privilège de s’exprimer librement, sans avoir la crainte d’être sanctionné, en tous cas dans nos contrées civilisées, il est réducteur, pour ne pas dire plus, de colporter une image de série B sur la rhétorique des plaideurs.

Défendre est une tâche qui exige du bon sens, de la précision et, aussi, de ne pas prendre les juges pour des sots. Les avocats qui n’auraient pas compris cela sont assez rares.

Pourtant, cette image est malheureusement assez répandue de l’avocat dans la presse écrite locale. On constate en effet que l’on cite volontiers les bons mots du Juge, surtout lorsqu’il se plaît à fustiger le comportement de l’accusé (au lieu de se cantonner dans son devoir de réserve et faire son job de magistrat, sans communiquer ses états d’âme !). On aime bien aussi rappeler les qualificatifs assassins du Procureur. Par contre, en général on ne sait de l’avocat seulement qu’il a plaidé l’acquittement de son client, sous-entendu à l’envers et en dépit du bon sens.

Pour se consoler, on peut lire le blog de Pascale Robert Diard. Respect de l’individu, précision, juste ce qu’il faut de subjectivité. Pourquoi ces tares journalistiques ne sont-elles pas contagieuses ?

Le second…

… où l’on s’extasie sur la candeur de la jeunesse !

Partie la fleur au fusil défendre un jeune SDF, toxico, multirécidiviste, qui s’est fait pincer avec un peu trop de poudre blanche sur les doigts, alors qu’il était en libération conditionnelle, notre jeune padawan, Me Gwen, revient le sourire aux lèvres. Son client a demandé à être interné séance tenante et s’est montré plein de bonnes résolutions pour se libérer de son addiction.

Et elle le croit !

Ton gugusse a vu le temps qu’il fait et veut dormir au chaud. Je passe donc pour un vieux rabat-joie avec mes 144 anecdotes concernant tous les loustics adeptes des paradis artificiels qui ont animé le ménage courant de l’Étude depuis une génération. Leurs larmes de crocodile, leurs promesses croix de bois, croix de fer, si je ments, M’sieur le Juge, vous pouvez me mettre en prison…

Et, si pour une fois, elle avait raison. Ce serait pas mal, non ?

Le 3…

… où,  au cours d’une rencontre entre les anciens et les moins anciens d’un club service (qu’il le veuille ou non, MeFaire appartient maintenant à la première catégorie….) , la question de savoir qu’est-ce qu’un bon juge est posée entre deux amuse-bouches.

Chaque avocat a sa définition de ce magistrat que l’on voudrait idéal. L’une des plus répandues – surtout chez les jeunes – étant  « Est un bon juge, celui qui donne souvent raison à la défense« . C’est sympa, mais un peu réducteur.

La question devrait plutôt être « Les bons juges existent-ils ? »

Vergès y répondait ainsi : « Les bons juges, comme les héros de la presse du cœur, n’existent pas. A moins de dire bon juge comme on dit de Napoléon qu’il était un bon général. De ce point de vue, il y a effectivement des juges efficaces, et d’autant plus qu’ils font oublier leur qualité de juges, c’est-à-dire de gardien de la paix. » (Jacques Vergès, De la stratégie judiciaire, Editions de Minuit, Préface à la deuxième édition).

Le 4…

… où l’on a failli passé le week-end bloqué dans l’ascenseur, en sortant tardivement du bureau ! Voilà où mène la flemmardise quand on n’a que deux étages à descendre.

Arrivé à home sweet home, plus d’eau chaude ni de chauffage au réveil!

Mauvais karma avec les immeubles ces temps…

C’est un signe du destin pour sûr.Moralité : Mieux vaut éviter des dossiers de droit de la construction pour un moment.

Le 7…

… où la journée se passe devant un écran avec une image récurrente :  » Loading please wait ».

Le 8…

… où, au risque de heurter certaines sensibilités, en particulier celle de ma follower préférée, l’aplomb de quelques « talibans », même agissant au nom d’une bonne cause, laisse perplexe.

Taliban ? Qu’est-ce à dire, cher Maître ?

Oh, plein de choses. D’abord, plaçons une nouvelle entrée dans l‘ABéCéFaire : Taliban : nm, var, celui ou celle qui, nanti(e) d’une charge officielle ou officieuse, se croit investi(e) d’une mission divine consistant à faire la leçon à tout un chacun, sous couvert de leur apporter la lumière.

Le Taliban n’est en outre jamais aussi redoutable que lorsqu’il peut s’allier à des technocrates. Pour cette sous-espèce de l’administration, on peut reprendre la citation de Coluche comme définition: « Les technocrates, c’est la nouvelle race de fonctionnaires. Les technocrates, on leur donne le Sahara, dans 5 ans on peut racheter du sable… »

Illustration…

Il s’agit d’un immeuble tout récemment construit dans notre bonne ville. Le concept est assez original, puisqu’il est destiné à abriter des personnes âgées, lesquels disposeront de toutes sortes de facilités supplémentaires par rapport à un locatif usuel. Des appartements adaptés avec une conciergerie spécialement vouée à leur confort, une buanderie au 1er étage en pleine lumière, avec machine à café et table pour papoter pendant que la lessive tourne, une cafétéria au rez-de-chaussée, avec un accès facilité. Même, à l’extérieur, un petit jardin potager surélevé d’un bon mètre, histoire de ne pas se faire mal au dos quand on viendra cueillir ses salades.

Les concepteurs du bâtiment ont non seulement respecté toutes les normes imposées dans le permis de construire, mais ils sont allés au-delà. Le complexe a ensuite été dûment contrôlé, approuvé par toutes les autorités compétentes (lesquelles ont constaté que le catalogue de contraintes données en raison de la vocation spécifique du complexe avaient été respectées).

Le bâtiment est terminé depuis fin 2015.

Alors, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Et bien non. Un taliban a frappé et a trouvé une oreille attentive auprès des technocrates.

C’est pour cette raison que nous nous retrouvons ce matin, une petite dizaine de personnes, pour examiner le bien-fondé de la « dénonciation » adressée par celui qui se présente comme représentant d’une Fédération de personnes handicapées à l’autorité compétente en matière de surveillance des constructions. Ce quidam, qui ne bénéficie d’aucun statut officiel, n’agit donc pas en qualité d’organe de l’État, mais en simple particulier qui « est là pour aider« . Aider à quoi ? On se le demande, la construction du bâtiment est terminé. Il a reçu le feu vert des autorités, le certificat de conformité, aucun utilisateur ne se plaint, etc..

En fait, de passage un jour d’automne 2015, notre taliban a repéré un des collaborateurs de l’architecte qui passait par là. Il s’est alors invité, l’air de ne pas y toucher, à une visite de l’espace public (et des parties privées, ben oui da, pourquoi se priver ?) et a transformé sa visite surprise en « séance officielle » impliquant à son corps défendant le malheureux collaborateur. Puis, il a émis un rapport qu’il considère comme tout aussi « officiel », pointant toute une série de défauts de conformité du bâtiment par rapport aux normes légales réglementant l’accessibilité des bâtiments publics aux handicapées (Norme SIA 500).

Le problème, c’est que les prescriptions auxquelles il se réfère en soi-disant connaisseur s’applique presqu’exclusivement aux « bâtiments publics ». Ici, le 95 % de la surface construite n’est pas… publique. A part la cafétéria, il y a des bureaux (pas publics), et surtout les fameux appartement (privés), ce qui est d’ailleurs évident au premier abord.

Malgré cette évidence connue des services étatiques (supposés compétents en la matière), nos technocrates ont réagi conformément à leur pratique bien établie : on convoque une séance, en ameutant au passage toute la république, dont mon client : l’architecte. Comme ça, on ne pourra pas dire qu’on a rien fait.

Nous y voilà donc.

Très rapidement, en cours d’inspection, les participants se rendent compte que l’honnête dénonciateur qui martèle être là « pour aider » mélange les notions de bâtiments publics, avec les immeubles destinés à abriter des appartements privés et les surfaces vouées à des bureaux. 3 catégories très clairement distinguées dans la loi et soumises à des régimes différents.

Lui aussi semblerait-il prend conscience petit à petit que sa démarche a du plomb dans l’aile, puisqu’il met peu à peu de côté bon nombre de ses griefs. Il sauvera l’honneur sur le dernier point  : il n’y a pas de signalétique adaptée aux malvoyants sur les portes des deux toilettes de la cafétéria (dans le seul espace public).

Au moment de se retrouver autour d’une table, obligeamment mise à disposition par l’un des locataires du bâtiment, pour faire le point, la gêne était palpable du côté de ceux qui avaient organisé tout ce barouf matinal. A-t-on quelque chose à ajouter ? Si peu. Seulement qu’il n’y a pas de base légale à une telle manière de procéder, ainsi qu’à la remise en cause d’un bâtiment respectant en tous points le permis de construire, que l’architecte ne peut être substitué au propriétaire du bâtiment seul ayant-droit selon la loi (ce que les techno-juristes étatiques semblent ignorer), qu’un simple examen de la « dénonciation » aurait permis d’éviter toute cette agitation, bref, qu’on se demandait ce qu’on faisait là, surtout que les visites de conformité se font avant que le permis d’habiter ne soit délivré pas des mois après.

Et puis surtout, si l’on cautionne ce genre de démarche, n’importe quelle personne, estimant en son fort intérieur qu’un bâtiment ne répond pas à son interprétation des exigences légales, pourra déposer une dénonciation et provoquera des séances des mois, voire des années, après que le bâtiment soit exploité par ses utilisateurs croyant naïvement que tout est en ordre.

Moralité : qui va payer tout ce déploiement inutile ? Réponse (sans rire) de l’architecte de la Commission d’accessibilité : Vous n’avez qu’à envoyer votre facture à l’Etat…

Conclusion ? Loin de moi l’idée de ne pas faire preuve d’empathie à l’égard des personnes souffrant d’un handicap. Bien au contraire ! Mais, derrière ce genre de démarche, ce n’est pas  le bien-être des personnes limitées dans la jouissance d’un espace public qui est en première ligne. Non, c’est le malin plaisir de se donner de l’importance, sachant que, comme on touche à un sujet sensible, on ne pourra pas tout simplement vous dire : Circulez, y a rien à voir ! (sans jeux de mots).  Cette lubie de prendre en otage les institutions et les particuliers, sous le couvert de « vouloir aider » n’est pas admissible, car elle permettrait une remise en cause constante de tout et de n’importe quoi, plaçant ainsi sur la sellette toutes les personnes touchées de près ou de loin.

Du côté des technocrates, il y a cette irrépressible culture d’entreprise à multiplier les séances et faire des rapports, au lieu de réfléchir d’abord et de faire preuve de bon sens.

Nous disposons d’un arsenal législatif impressionnant, comme dans d’autres domaines, pour assurer l’accessibilité des bâtiments publics aux personnes handicapées. La vraie question est de l’appliquer correctement, dans le respect des droits de tous. Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, le mieux sera toujours l’ennemi du bien.
PS : désolé #Le Tigre, c’est un sujet qui vous est sensible, mais les talibans sont nuisibles pour toutes causes, si nobles ou nécessaires soient-elles…

Le 9 …

… où l’on ne peut manquer de s’interroger à la lecture des comptes-rendus du procès de Claude D.

Après 3 jours d’audience, l’état des lieux est assez clair. Cette affaire dramatique se résume à l’affrontement privé de 2 personnes à l’ego surdimensionné.

D’un côté, l’avocat des parents de la pauvre jeune fille. Ceux-ci ont décidé, et c’est tout à leur honneur, de faire profil bas. Mais pas lui. Il tient sa tribune et il ne va pas la lâcher.  Jacques Barillon multiplie donc de son côté les interventions muscléeset communique à tort et à travers avec les médias. Exit le procureur et le tribunal qu’il relègue complètement au second plan.

De l’autre, Claude D a lui aussi complètement occulté son entourage. Là, il s’agit de ses avocats dont, pour l’instant, le seul titre de gloire du premier est d’avoir failli passer à la trappe le premier jour du procès, car son client s’estimait trahi, parce qu’il lui aurait caché des informations. Difficile de prendre position sans connaître les dessous de cette contestation. A priori, cela ressemble plutôt à une tactique dilatoire de l’accusé, comme cela a été décrit dans la presse. On voit mal en effet l’avocat lâché l’affaire au moment où elle atteint son apogée. Quant à l’autre avocate, si l’on en croit toujours le comptes-rendus des médias, elle se borne à un échange d’invectives avec Me Barillon. Espérons pour elle qu’elle a un revers puissant, parce que mon brave Confrère est non seulement un ténor du Barreau, mais également un redoutable joueur de tennis.

Quoiqu’il en soit, la pauvre victime est complètement reléguée au second, voire au 3e plan, par ces passe d’armes qui font les choux gras des journalistes, dont la plupart ne se rendent même pas compte (ou préfèrent ignorer) qu’ils sont instrumentalisés par ces 2 coqs.

Aujourd’hui, les feux des projecteurs se sont dirigés vers les experts. Encore une fois, sans avoir assisté aux débats, difficile de savoir ce qui a été vraiment dit. Et avec les experts, ce n’est jamais simple de décrypter leur langage, surtout en matière de psychiatrie. En tout cas, en décodant les comptes-rendus, on constate que, invariablement, les journalistes retiennent les bribes de phrases qui vont dans le sens voulu, à savoir que Claude D est incurable, ce qui est certainement vrai, et qu’il doit être enfermé à vie.

Toutefois, ce qui est dérangeant dans ce genre d’affaires, c’est que l’on veut à tout prix que l’assassin soit une bête, un être dénué de toute humanité, car c’est la seule réalité qui est acceptable pour le peuple qui veut être bien sûr qu’un tel monstre ne puisse faire partie de son monde, être le voisin avec qui il a pris l’apéro la semaine dernière, ce brave monsieur poli qui lui a donné un coup de main pour porter ses courses, etc…

Or l’histoire nous enseigne le contraire, l’histoire judiciaire en tous cas, ce que n’importe quel psychiatre confirmera d’ailleurs…

Le 10…

… où l’on reçoit une critique sévère de la Justice, alors qu’aucun procès n’est en cours, et l’on se fait vertement tancer pour les lenteurs de cette affaire, alors que cela fait au bas mot une année que l’on relance le client pour qu’il nous amène enfin les pièces manquantes à son dossier d’indemnisation.

Le client est là, assis en face de votre serviteur, il râle, mais il n’a toujours pas les pièces en question…

Il promet de faire le nécessaire au plus vite. Mais, après ça, il faudra liquider cette affaire avant l’été, n’est-ce pas ?

Soupir…

Heureusement, le traditionnel repas de soutien de mon club préféré, dans une auberge affichant 18 au Gault & Millau permettra de se réconcilier avec l’Humanité…

Le 11…

… où pour se remettre des émotions de la journée, on croit se faire du bien en visionnant une nouvelle série judiciaire française : Lebowitz contre Lebowitz.

Et c’est là que, au travers des aléas d’un scénario faisant passer les avocats pour des alcolos psycho-rigides (ah oui, tien c’est vrai ça), on entend des répliques fabuleuses comme celle-ci :

« Le code de procédure pénale, c’est quand on a le temps. Moi, là,  je suis pressée. Alors, on frôle l’illégalité… »

Voilà, on passe ses jours à expliquer le droit aux clients et la télé les éduque mieux que nous. A quoi, bon se faire du souci ?

Le 14…

… où l’on se demande pourquoi on pose parfois des questions stupides ?

Cela se passe dans le cadre d’une affaire de garantie des défauts d’un véhicule d’occasion vendu de particulier à particulier comme on dit :

– Pourquoi avez-vous acheté cette Mercèdes si vous aviez déjà une Porsche Cayenne ?

– Je voulais faire un cadeau à ma femme.

– Mais, alors, pourquoi l’avez-vous revendu tout de suite après ?

– Parce que la couleur ne lui plaisait pas !

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Ce que je peux être naïf parfois…

Le 15…

… où c’est le début de notre feuilleton

coalwarsdark

 

Le 16…

… où Me Pidji, mon merveilleux voisin, est dans tous ces états !

Une audience est prévue aujourd’hui et son client souhaite qu’elle soit renvoyée, car il n’est pas en état de comparaître.

Un certificat médical a été envoyé hier à l’appui de la demande de renvoi à une date ultérieure.

Ce serait simple, si le renvoi n’impliquait pas presqu’automatiquement la prescription de l’action contre Pidji’s client, parce que celle-ci sera atteinte début avril…

Le Président, vieux briscard à la retraite, mais dépannant l’un de ses anciens collègues lui aussi malade, a bien vu le puck et a fait savoir hier qu’il s’opposait au renvoi et que, au pire, l’avocat n’avait qu’à venir tout seul.

Me Pidji qui ne s’en laisse pas compter lui a alors fait savoir que, non seulement son client ne serait pas là aujourd’hui vu le certificat, et lui non plus. Donc, ce sera un jugement par défaut, dont le condamné peut dans tous les cas demander le relief, c’est-à-dire d’être à nouveau jugé en sa présence (Note : ça ne marche qu’une fois, sinon ce serait trop facile). Comme on ne pourra lui refuser sa première demande, on se retrouvera au même point, Me Pidji dixit.

Ce matin, la secrétaire du Président appelle. Ok, Monsieur le Président accepte votre demande de renvoi et me demande de fixer avec vous une nouvelle date, tout début avril…

Me Pidji fait alors remarquer à la brave dame que, tout début avril, le client sera à l’hôpital. C’est marqué sur le certificat envoyé hier. Pas de problème, dit la secrétaire, je regarde avec le Président et je vous redis…

15′ plus tard, appel du Greffe : Le renvoi est annulé, la séance a bien lieu aujourd’hui !

Me Pidji est au trente-sixième dessous.

– Mais pourquoi, mon ami. Le Président fait sa séance. C’est ce qu’il voulait de toute façon et il est content. Toi, tu n’y vas pas et tu demandes le relief. C’est ce que tu voulais de toute façon et tu es content.

Moralité : il y a deux juristes heureux dans la République…

Le 17…

… Où, entre deux aéroports, on découvre avec stupéfaction que ces moldus de touristes chinois portent un masque, non pas parce qu’ils ont peur d’attraper la fièvre euro-porcine, mais bien pour ne pas nous contaminer avec leurs microbes.

Heureusement, parce que le natif de Beijin sur le siège derrière moi n’a pas arrêté de tousser et d’éternuer. Ou pas…

Parce que, quand il voulait parler à sa voisine, affublée du même masque, il ôtait le sien, vu qu’elle ne comprenait rien !

Le 18…

… Où, malgré les miles qui nous séparent pour quelques jours, Me Pidji ne résiste pas au plaisir de nous faire parvenir par pigeon voyageur les échos de sa séance plus du tout avortée du 16 (voir ci-dessus).

Donc, séance il y a eu, sans accusé et ni défenseur de l’accusé.

Le Présidentissime tiré de sa retraite était semblerait-il bien décidé à montrer qu’il n’était pas né de la dernière couvée du mois d’août et que, à lui, on ne la fait pas. Son seul auditoire (malheureusement pour eux) furent les témoins. Parce que, eux, ils étaient bien là.

C’est ainsi qu’une septuagénaire a subi les foudres présidentielles. Selon notre brave magistrat, elle était de mèche avec le prévenu, pour que leurs déclarations concordent. Et donc, quand ça ne concordait pas, la concorde ne régnait plus dans la salle d’audience.

Tout ça pour dire que mon pauvre Pidji était bien emprunté pour cette pauvre témoin.

Bon, on reproche souvent aux avocats d’être un brin psycho-rigide (ce qui est parfaitement vrai, au demeurant, votre serviteur en est parfait un cas clinique !). Mais cette tare, pardon vertu, est aussi largement répandue parmi  la magistrature. Quand certains Juges ont une idée derrière la tête, c’est presque Mission Impossible que de leur faire admettre que la Vérité est ailleurs…

Le 21…

… Où l’on revient avec la suite (et fin) des aventures de Me Pidji (cf. Le 16 et le 18 mars).

Après avoir successivement été agacé, amusé, interloqué, puis décontenancé, le voilà maintenant désabusé.

Il brandit la décision fraîchement notifié de son cher Président qui ne voulait pas s’en laisser compter.

Tout d’abord, il a commencé par révoquer la dispense de comparaître de l’accusé  à l’audience de jeudi dernier (qui ne l’apprend donc que ce lundi… C’est utile).

Ensuite, il l’acquitte sur les chefs de prévention qui lui étaient reprochés. Super ! Ah, mais non, il le condamne pour une autre infraction qui ne lui était pas reprochée (c’est en principe interdit, l’accusé doit savoir avant la séance ce qu’on lui reproche…)

Et, enfin, ce qui fait toujours plaisir, il refuse toute indemnité à l’accusé. Celui-ci ayant été acquitté sur l’essentiel des accusations, il a en principe droit à une indemnité pour ses frais. Mais, là, niet. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça, na !

La Justice, c’est bien. Quand ça fonctionne. Et, en principe, il y a des tas de gens qui sont formés pour ça. Mais l’élément humain reste prépondérant. Et, là, on sent une pointe de rancune de la part du Juge dans ce verdict…

Et qui se soucie de l’avocat qui va devoir aller expliquer à son client que oui, il a eu raison, mais enfin non, pas tout à fait. Parce que le droit est une chose. Et les vapeurs du Juge une autre…

Le 22…

… Où l’on prépare la séance de tout à l’heure au Ministère Public de la Confédération dans le Lounge Bar du Bellevue Palace avec un Confrère venu d’Allemagne…

C’est plus calme qu’au Café Fédéral.

Mais ce n’était pas une bonne idée de prendre trois cafés d’affilée. Après les deux de midi. Maintenant, sur le clavier, la frappe est un peu plus saccadée. Et avec la correction automatique, ça n’aide pas…

Le 23…

… Où le matin on essaie de comprendre les chiffres d’une expertise évaluant le taux d’une rente foncière, à midi, ceux du calcul d’une liquidation de régime matrimonial, l’après-midi, ceux du dommage consécutif à un accident.

Et après, on s’étonne d’avoir mal à la tête le soir venu…

Le 24…

… où l’on continue dans les chiffres du calcul du dommage de l’accident évoqué hier, avec l’aide de mon excellent ami Me Dam’s, grand spécialiste des mystères informatiques permettant de jongler avec les chiffres et les calculs actuariels.

Là où plus personne ne comprend rien, il comprend l’incompréhensible et le traduit en chiffres. C’est magique !

Et surtout rassurant. Parce que, après s’être livré de son côté à un petit calcul, comme ça, à l’arrache, sur un bout de papier, eh bien, on constate qu’on n’était pas si loin de la vérité. Enfin, une petite centaine de milliers de francs quand même. Mais quand on parle de millions, on ne va pas chipoter sur les détails…

Le 25…

… où, entre 2 éditos œcuméniques et autres apologies Pascales, Vendredi Saint oblige, les médias nous apprennent que Claude D. A donc écopé de la peine que tout le monde attendait, à savoir la réclusion à perpétuité et l’internement à vie.

Bravo ! Tout le monde est content, surtout le peuple. Et c’est bien là ce qui fait souci : si c’est la pression populaire qui impose désormais sa volonté dans les affaires dites « extraordinaires ».

Que ce double meurtrier passe le restant de ses jours derrière les barreaux, aucun problème avec ça. Que ce verdict serve de référence dans le futur, voilà qui est plus inquiétant pour la bonne administration de la justice. La vraie question est celle de savoir si, en définitive, parce que c’est elle qui tranchera, la Haute Cour validera l’internement à vie, ce qu’elle a refusé de faire dans d’autres cas aussi terrible, comme celui de la malheureuse Lucie.

Ci-dessous, l’excellent commentaire de Marc-André Zoellig, chroniqueur judiciaire du non moins excellent quotidien La Liberté sur les dangers du bon sens populaire en matière judiciaire

Gare au «bon sens»

MARC-ROLAND ZOELLIG

Pour beaucoup, la décision d’interner Claude D. pour le restant de ses jours est une victoire du bon sens. Comment saurait-on laisser le moindre espoir de libération à un homme décrit comme incurable et ayant déjà tué deux fois, dans des circonstances dont la similitude fait froid dans le dos? Prenons toutefois un peu de recul et rappelons nous que c’est ce même «bon sens» qui commandait, autrefois, de raccourcir des têtes ou de pendre haut et court. La Justice ne doit pas, ne doit plus être, au XXI e siècle, un exutoire aux passions revanchardes. Dans l’affaire Claude D., on ne peut s’empêcher de penser que la pression populaire a influencé la décision d’un tribunal composé d’êtres humains. D’autres magistrats vont sans doute se pencher prochainement sur le cas de cet assassin hors normes. On ne saurait exclure qu’ils annulent le verdict d’internement à vie. Le Tribunal fédéral a mis, trois fois déjà, son veto à cette mesure implacable approuvée par le peuple en 2004. Reste qu’un internement simple, n’oblitérant pas irrémédiablement le destin de celui qui reste malgré tout un homme, suffirait à protéger la société contre l’assassin de Marie et de Pascale. Condamné «seulement» à la prison à perpétuité, le tueur en série Michel Peiry entamera l’an prochain sa trentième année derrière les barreaux. Selon toute vraisemblance, et quelle que soit l’issue des procédures d’appel, Claude D. ne retrouvera jamais la liberté. Et c’est sans doute ce qu’il convient de retenir, au-delà des querelles de juristes et d’éthiciens, du jugement rendu jeudi à Renens.

Le 28…

… où l’on tue le temps le Lundi de Pâques à lire des recueils de jurisprudence oscillante entre le calcul de la contribution d’entretien et la garantie de l’anonymat dans la procédure pénale.

Normal, qu’est-ce que l’on peut bien faire d’autre quand on a 38° de fièvre…

Petite note à l’attention des pharmaciens : la jurisprudence du tribunal fédéral n’est d’aucun secours pour faire baisser la fièvre.

Le 29…

… où, la grippe étant tenace, on s’évertue à parler dans le dictaphone depuis son lit avec un thermomètre entre les dents.

C’est la secrétaire qui va apprécier…

Le 30…

… où la fièvre semble avoir pris le parti d’aller voir ailleurs s’il n’y avait pas quelqu’un d’autre à tourmenter.

Le 31…

… où la pause pascale permet à ce mois de mars de se terminer en douceur.

 

§ Une réponse à Mars…

  • Le Tigre dit :

    Votre 16 mars est aussi ubuesque que la vie d’un Tigre de métal bondissant sur des normes non respectées dans un immeuble seniors et mobilité réduite dans un quartier où il y en a 3, dans une ville où rien n’est accessible et un pays qui ne l’est pas plus 🙂

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