Mai…

… où le « Joli mois de Mai » débute par un dimanche à l’atmosphère tout à fait automnale, propice au… cocooning ? Non ! A la revue complète de la jurisprudence sur le coup du lapin ? Non ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Au stress voyons ! Pays catholique de MeFaire et fêtes pascales précoces obligent, les week-ends prolongés vont se succéder à un rythme frénétique en mai. Super. Farniente, terrasse, Ian Pears sur le papier et Miles Davis en fond sonore ? Que nenni ! Outlook déroule sans pitié le programme des prochaines semaines. Les (rares) jours ouvrables regorgent de délais-de-la-mort-qui-tue et les audiences pleuvent (comme la vérole sur le bas clergé espagnol, merci San Antonio). Moralité : on s’y met derechef et la programmation musicale a intérêt à être à la hauteur. Pour commencer, Road to Hell paraît tout à fait acceptable comme entame de prophylaxie.

Le second…

… où l’on fait de la sémantique avec un client voyant dans chaque mot de la demande de mesures protectrices de l’union conjugale déposée par l’avocat de sa future ex-chère et tendre compagne une odieuse provocation.

Et pourtant Dieu sait si le Confrère en question a fait preuve de mesure dans ses propos.

Eh non, cher Monsieur, le Juge ne considérera pas comme une atteinte à votre honneur le fait qu’il écrive « …à ce stade, les causes des tensions du couple n’ont pas à être développées plus avant… »

Le 3…

… où, une fois de plus, on constate le clivage entre ceux qui brandissent l’étendard de leurs droits soi-disant bafoués pour la moindre broutille et ceux qui subissent les premiers en prenant leur discours pour parole d’évangile et vivent dans l’angoisse.

Comme cette jeune maman qui n’en peut plus de subir le diktat de son compagnon. Puisque ce brave garçon l’affirme, elle croit dur comme fer qu’elle n’a pas le droit de le quitter et que, si elle ne fait, il obtiendra la garde de leur fils, parce que c’est une mauvaise mère !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le pouvoir de persuasion de ce genre d’individus nocifs est tel que cette jeune femme a de la peine à croire l’avocat qui lui répète qu’elle a parfaitement le droit de se constituer un domicile séparé et que, vu qu’il s’agit encore d’un nourrisson, il ne fait pas de doute que leur fils ne sera pas confié à son père, qui d’ailleurs travaille à 100 %.

Il a fallu un certain temps pour la convaincre que ce n’est pas son compagnon qui décide de sa vie, mais elle, respectivement le juge pour les questions litigieuses concernant les relations personnelles entre le père et l’enfant.

La question qui me taraude toujours dans ce genre de situation. Le père qui prétend décider et profère de telles inepties pour briser toutes velléités de lui tenir tête, croit-il vraiment à son discours ou profite-t-il de la situation ?

Le 4…

… où notre jeune padawan, Me Dawn, revient toute sourire de sa séance.

– Tu as gagné ?

_ (Hilare) – Non, je me suis faite insultée par la partie adverse !!! Mais, ne vous inquiétez pas, tout est noté au PV…

Ah, l’enthousiasme de la jeunesse, allié au bon sens.

Le 5…

… où la Ville des Lumières fait honneur à son nom.

Non pas à travers ses bouchons, quenelles, et autre flacons de St-Jo’, mais bien parce que, à l’ombre de Louis IV, la solution d’un problème épineux jailli… du smartphone ! Eh oui, XXIème oblige… et qui vient au secours de l’avocat en goguette grâce à la technologie.

Le 6…

… où cette fameuse technologie salvatrice ne nous prive pas de vrais rencontres, aussi fortuites que sympathiques. Comme avec Dany, client devenu ami (ou l’inverse), dont votre serviteur, dans un passé pas si lointain, s’était occupé du divorce, ensuite de la déconfiture de son entreprise. Revenu de (presque) tout (il avait aussi perdu l’un de ses fils dans un accident), il avait tenté de remonter la pente en s’installant comme tailleur spécialisé dans le « sur mesure ». Saville Road dans les murs de Freetown upon Motta. Quelle merveilleuse idée!

Malheureusement, son incontestable talent dans la coupe n’a pas suffi à effacer ses ardoises. Résultat : nouvelle déconfiture…

C’est là qu’il avait eu cette phrase magnifique : « Tu sais, mon cher, comme je n’ai plus rien à perdre, à mon âge, je vais enfin faire ce que j’ai toujours voulu faire : acteur ! »

Et le voilà, des années plus tard, certes à courir le cachet près de la Saône, mais le sourire aux lèvres.

Heureux qui, comme Dany, poursuit son voyage…

Le 9…

… où l’on arrive tout guilleret au bureau, requinqué par ce week-end prolongé.

Et c’est la nouvelle, terrible !

– Comment, vous n’êtes au courant ! Mais l’avocat, avec qui vous êtes allé manger dernièrement après l’audience d’instruction dans l’affaire P… (NdR : voir l’épilogue du 26 avril dernier)… Il est décédé… Crise cardiaque sur son vélo durant le week-end…

57 ans ! 3 enfants, de l’énergie à revendre, une gouaille inimitable et un accent qui faisait qu’on pouvait le reconnaître les yeux fermés parmi une foule de 30 personnes occupées à discuter entre elles. C’est un choc…

La vie continue. Il faut déblayer le courrier, mais le cœur n’y est pas.

Repose en paix, cher Bruno. Tu nous manqueras…

PS : il y a 2 bouteilles d’Amarone dans la cave que je boirai en ayant une pensée pour toi.

Le 10…

… où l’on a la visite surprise de l’un de nos plus fascinants ex-clients.

Ex-avocat, vrai militant, il se consacre à la culture du chanvre indigène dont il défend les bienfaits au travers de ses cultures et des produits dérivés qu’il vend (tisanes, coussins thérapeutiques, etc.)

Ne vous y trompez pas, il s’agit d’un business très florissant et qui n’a rien de folklorique.

Le seul problème, c’est que, lorsque l’on parle de chanvre indigène, les autorités comprennent cannabis, marijuana, et c’est ainsi que l’on se retrouve devant les tribunaux à expliquer que, non Monsieur le Président, je ne suis pas un trafiquant de drogue, mais un honnête commerçant !

La première fois, cela s’était mal passé et mon brave chanvrier avait pris 12 mois avec sursis. La seconde, votre serviteur avait été désigné défenseur d’office, compte tenu de la peine de prison ferme qu’il risquait cette fois. Oh, je n’avais aucun mérite, je n’étais que le 7e à me coller à cette tâche: Il avait récusé tous les autres pour incompétence !

La première fois que nous nous sommes rencontrés, il m’avait accueilli avec cette phrase : « Je me suis renseigné sur vous, je crois que nous pourrions nous entendre… »

Nous nous sommes tellement bien entendus que le second procès, basés  sur des faits rigoureusement similaires au premier, s’est terminée par son acquittement pur et simple, au terme d’un final assez rocambolesque.

En effet, dans tout procès pénal, le prévenu a le droit de s’exprimer une dernière fois, au terme des débats et des palaidoiries, avant que le Tribunal n’entre en délibération.

Il est 11h40 dans la salle d’audience. Je viens de terminer ma plaidoirie, d’environ 1h15, répondant au réquisitoire conventionnel du Procureur, très sûr de sa victoire, puisqu’il avait obtenu une première condamnation.

Le Président s’adresse à mon gaillard pour lui demander s’il souhaite faire usage de son droit au dernier mot.

– Bien sûr, Monsieur le Président, mais, là, je suis fatigué. Je prendrai donc la parole à 14 heures.

– Il n’en est pas question, le tribunal va entrer en délibération. Veuillez vous exprimer maintenant.

Sans se démonter, mon client tient tête et dit qu’il reviendra à 14 heures et que c’est son droit le plus strict, dont on ne peut le priver ! Là, c’était l’ancien avocat qui parlait, mais de manière tout à fait pertinente. De mon côté, j’observais, en souriant intérieurement. Le Tribunal ne savait pas à qui il avait à faire dans la catégorie « têtue ».

Finalement, le Président cède et dit que le tribunal l’entendra, mais à 13h30.

– Hors de question, je suis fatigué, j’ai besoin de faire une sieste. Je serai là à 14 heures !

Là, le président s’énerve pour de bon. Ce sera 13h30, point final.

À 13h30, tout le monde est en place. Les journalistes sont aux aguets. Ils connaissent le bonhomme, eux. Derrière mon pupitre, je n’osais pas trop sourire, car je savais plus ou moins ce qui allait se passer. D’abord qu’on allait attendre 14 heures et c’est ce qu’on a fait.

Mon chanvrier fait alors son entrée dans la salle du Tribunal, porteur d’une immense liasse de papiers. Il se lance dans un long historique du chanvre indigène, de son histoire à travers les âges, de son arrivée en Europe au cours de la 2e guerre mondiale, avec les G.I., et de toute l’injustice qui est faite à cette plante magnifique dont les vertus sont méconnues.

Au bout de 20 minutes, le Président commence à perdre patience. Dans la règle, le dernier mot à l’accusé se résume à quelques phrases. Il lui demande donc quand qu’il entend terminer, parce que le tribunal veut entrer en délibération. Très calme, mon client lui rétorque :

– Vous n’avez pas le droit de m’interrompre, le dernier mot à l’accusé est un droit constitutionnel et celui qui s’exprime ne peut être interrompu ou empêché de poursuivre.

Et il avait raison le bougre !

Au final, mon client a tenu le perchoir pendant plus d’une heure 40. Enfin, il termine en lançant :

– Voilà, j’ai fini, vous voyez bien que ce n’était pas si terrible !

Et il se retourne vers moi et me lance un clin d’œil malicieux.

Vous savez qu’il a été acquitté. La dernière anecdote : en sortant du tribunal pour aller prendre un café en attendant la fin des délibérations, un journaliste me lance hilare :

– Ce serait tout de même dommage que ce long monologue gâche l’effet de la plaidoirie en énervant le Tribunal !

Cela, nous ne le saurons jamais. Énervé, certes, le Président, mais il a appliqué le droit. L’accusé a été acquitté pour des motifs juridiques parfaitement valables en tout cas.

Nous avons fêté cette victoire chez lui, au champagne, qu’il avait mis préalablement au frais, ne doutant pas de la victoire. Et le lendemain, il apportait des fleurs aux secrétaires de l’Étude.

Je le retrouve aujourd’hui dans ma salle de conférence. Il est juste venu dire bonjour et me donner quelques nouvelles de ses dernières aventures. Il a un peu vieilli, mais son regard et son esprit sont toujours aussi acérés…

Le 11…

… où la plus anodine les séances peut conduire à un abîme de perplexité.

Il faut dire que l’on parle de droit des successions et que, dans cette matière, le compréhensible devient incompréhensible. Quant à ce qui est déjà incompréhensible, les avis sont partagés : pour ou contre !

Bref, nous nous retrouvons, avec un notaire et le curateur d’une dame âgée, membre de l’hoirie de feu son époux, avec ses enfants. L’hoirie est propriétaire de plusieurs immeubles. Donc, il y a des sous. L’un des enfants vient de décéder, sans laisser de descendant. Par contre, sa compagne, avec qui il n’était pas marié, mais que le défunt a désigné légataire dans son testament, veut voir la couleur de l’argent.

Le but de la séance est de déterminer, dans la mesure du possible, ce à quoi elle a droit, si tant est qu’elle a effectivement droit à quelque chose.

Durant les 2 heures de nos circonvolutions successorales, la balance penchera tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Son compagnon avait reçu une avance sur héritage. En principe, sa part doit être amputée de ce montant…

À moins que ce ne soit un prêt, ce qui ressort de certains documents, auquel cas, en acceptant la succession, l’ex-copine doit d’abord commencer par rembourser la dette…

À moins que cette fameuse dette ne soit prescrite, ce qui priverait la succession de cette manne. Et la bonne amie ne devrait rien rembourser et pourrait quand même recevoir des sous…

La prescription, c’est le fantôme du placard ! On sait qu’il y en a peut-être un, mais personne ne veut aller voir. Et si on n’y va quand même, pas moyen d’avoir une certitude. Ce fichu fantôme, c’est du pipeau où va-t-il nous pourrir le reste de l’existence?

Nous nous quittons avec cette question existentielle que, en vertu de notre pouvoir discrétionnaire et divin, le notaire est votre serviteur allons soumettre à nos jeunes padawans. Parce que, finalement, les bouquins c’est leur truc !

Le 12…

… où les journées se suivent mais ne se ressemblent pas.

Celle-ci se résume à une longue succession de téléphones en courant sous la pluie.

Comme, tout à coup, on comprend mieux les affres existentielles des serpillères…

Le 13…

… où nous sommes vendredi.

Et il n’y est pas question de superstition, mais plutôt de scories des guerres de religion occidentales. Quoique… ce n’est peut-être pas si différent.

Veille de week-end de Pentecôte, votre serviteur catholique sait que, quoiqu’en pense son homologue londonien, il est inutile de vouloir envoyer à tout prix un courrier à l’Office fédéral de la Justice aujourd’hui, car, dans la Berne fédérale, protestante, il n’y aura personne pour le lire lundi matin, sans compter que la destinataire est une genevoise calviniste pure souche.

Tout cette agitation parce que, pour les avocats d’Albion, aborder un magistrat le dernier jour d’un délai pour en demander la prolongation est un manque de respect, alors que, sous nos latitudes, c’est tout à fait normal.

Le collègue luthérien, qui met la pression, sait qu’il y a un Whit Monday, mais à l’ombre de Big Ben, lundi n’est ni férié ni chômé, donc il découvre, ô stupeur que Britannia ne « rules » pas le calendrier fédéral !

Et s’en va donc expliquer ça au client orthodoxe… pour qui la Pentecôte n’existe tout simplement pas !

Le 16…

… où ce Lundi de Pentecôte (férié,mais pas chômé !) est consacré à la préparation d’un procès où l’on représentera des employés d’une banque, victimes d’un braquage.

Les pauvres auraient vraiment pu y laisser leur peau. Quand au seul gangster qui s’est fait attraper, il nie avoir été l’un des principaux acteurs, prétendant s’être contenté de faire le guet, sans trop savoir ce qui se tramait à l’intérieur de la banque.

Le problème pour lui, c’est que son ADN a été trouvé devant la salle des coffres, sur le revolver qui a servi à frapper et menacer mes clients, et ses traces de semelles jonchaient le sol. Bref, c’est mal barré pour lui.

A l’inverse, une fois n’est pas coutume, étrange sentiment de quiétude. Après toutes ces audiences à défendre des prévenus accusés des pire maux, représenter des victimes dans une affaire aussi nette en devient presqu’inquiétant. On ne craint rien du Procureur, puisqu’on est du même côté. Quant au Tribunal, nous sommes dans un petit chef-lieu, les victimes sont des gens du coin, donc ils auront sa sympathie. Alors, d’où viendra le danger ? Il y a forcément une mine quelque part, mais où ?

Angoissant, cette sérénité…

Le 17…

… où notre jeune padawan, Me Panda, s’étonne de ne plus avoir de nouvelles de l’une de nos clientes, jeune entrepreneur, en bisbille avec sa famille, pour la reprise d’une société.

Une affaire familiale des plus simples, où chacun menace l’autre, se sert dans la caisse, fait des contrats dans le dos des autres. Du moins, c’est ce qu’on nous raconte…

Et, là, effectivement, plus de nouvelles ! Bizarre, bizarre.

Le plus simple, c’est d’aller immédiatement se renseigner auprès de la Stasi locale, nom de code : Facebook.

Oh surprise, un joli petit post sur la page de notre merveilleuse cliente, daté du 11 mai « En couple ! » et plein de photos toutes plus mimis les unes que les autres. Le bonheur soudain et immédiat, communiqué dans l’heure à toute la planète.

La question est réglée, nous n’aurons pas de nouvelles d’elle avant, soyons optimiste, la fin de l’été. Affaire suivante…

Le 18…

… où nous voilà donc que devant un charmant petit Tribunal d’arrondissement, surplombant un lac non moins charmant, pour le procès de ce braqueur qui, avec ses deux complices, pour obtenir les codes de d’ouverture du coffre-fort, n’a pas hésité à pointer une arme chargée, désassurée, avec une cartouche engagée devant le percuteur, chien armé, sur la tempe de mes clients, 2 employés de banque qui se sont fait interceptés un matin de décembre, à l’aube, à leur arrivée au travail.

L’audience se déroule sans particularité notable. L’accusé persiste dans sa version des faits, selon laquelle il est resté à l’extérieur de la banque pour faire le guet.

Non, Madame la Présidente, ce ne sont pas mes traces de semelles que l’on a trouvées dans le bâtiment, l’un de mes comparses avait les mêmes. Mon ADN sur le pistolet ? C’est uniquement parce quje l’ai touché avant en le donnant à mon complice. Quant au fait que mes fringues sont strictement les mêmes que l’individu sur la vidéo qui menace et frappe les deux employés à terre, on était tous habillés la même chose, cela ne veut rien dire.

L’un des moments forts de l’audience reste l’audition de l’un de mes clients, visiblement encore très marqué par ces événements. S’exprimant avec une rare pudeur, il en est presque à minimiser son vécu après les faits, alors que son épouse nous confiait lors d’une pause qu’il faisait encore des cauchemars la nuit et que, il n’y a pas si longtemps, assoupi sur le sofa du salon, il s’était fait réveiller par surprise par son fils qui rentrait à la maison, et avait réagi très fortement.

Un autre point saillant de cette affaire se rapporte aux deux lettre d’excuses adressées par le braqueur à mes clients. Lettres manuscrites, dans lesquelles il reconnaît que l’attaque qu’ils ont subie a été d’une grande violence et qu’il regrette énormément d’y avoir participé.

Éléments totalement périphériques d’un procès pénal, la lettre d’excuses est pourtant toujours un argument récurrent dans les réquisitoires du procureur et les plaidoiries des avocats.

Si l’accusé n’en fait pas, c’est le signe d’une bassesse sans nom et la démonstration d’une absence totale de prise de conscience de ses actes, selon le procureur qui va s’en donner à cœur joie, relayé par les avocats des parties civiles.

Si le « méchant » se fend de quelques mots maladroits, griffonnés sur un bout de papier trouvé dans la cantine de la prison, c’est à coup sûr son avocat qui lui a conseillé d’agir de la sorte, pour éviter de s’attirer les foudres du Tribunal. C’est parfois, même souvent, vrai, il faut le reconnaître. L’avocat de la défense glisse souvent ce conseil à son client, car cela fait justement partie de son rôle de conseil. Et ne perdons pas de vue que, souvent, les accusés regrettent réellement leur geste, mais ne savent pas comment faire passer le message étant donné que les cases « éducation » de leurs codes génétiques ne sont pas toutes correctement remplies.

Ce qui est paradoxal, c’est que, dans ce second cas de figure, tout le monde dira alors que ces excuses ne sont que du flan, par ce que c’est l’avocat qui les a dictées. On l’a vu, c’est souvent exact. Mais que faire, puisque, dans les 2 cas, l’accusé sera critiqué ?

Fermons cette petite parenthèse introductive et revenons à notre cas. Pour le Proc’, ces mots d’excuse ne sont que des larmes de crocodiles. Et c’est assurément vrai, vu l’attitude du bonhomme et son passé (14 condamnations à 28 ans, c’est presque le Guiness !¨). Mais il y a mieux. Dans ses lettres, sincères ou non, peu importe, l’accusé reconnaît implicitement être entré dans la banque et  avoir personnellement molesté les deux employés pris en otage. Alors, ce fameux mot d’excuses, censé n’avoir d’importance que pour l’appréciation de la mesure de la peine, en devient presque un élément de preuve à charge, ce que son auteur n’avait jamais imaginé.

Il s’en est rendu compte en audience. On ne peut pas dire que les bras lui en sont tombés, mais en tout cas, ses épaules se sont affaissées. Surtout, lorsque le procureur a requis 8 ans de réclusion, alors qu’il espérait manifestement s’en tirer avec environ 5.

Le verdict n’est pas encore tombé. Le Tribunal cogite.

Nous serons fixés lundi…

Le 19…

… où, décidément, on trouve que le monde est parfois mal fait.

Cette petite réflexion un brin défaitiste concerne bien évidemment l’univers des avocats. Qui, soit dit en passant, n’est pas pire ni mieux que les autres. Enfin bref, laissons tomber l’ethnologie, Kant, Nietzsche et Brigitte Lahaie !

Donc, parfois, nous avons des clients qui décident de laisser tomber la procédure. Oh, bien sûr, on ne saurait les en blâmer. Ils ont déjà dépensé beaucoup d’argent et le résultat n’a pas été à la hauteur de leurs espérances. Mais, (toujours) parfois, l’avocat tout aussi frustré du résultat,  aimerait aller titiller l’instance de recours.Parce que, là, le juge sera peut-être plus attentif. Peut-être…

Mais, (encore) parfois, l’avocat doit à l’inverse composer avec un client qui veut absolument poursuivre l’aventure et contester une décision… incontestable. Ou, en tous cas, on ne voit pas vraiment comment on pourrait la prendre en défaut.

On en discute avec le client. On lui écrit notre sentiment. On lui répète. Rien à faire, il nous donne pour instruction d’aller de l’avant. On demande une provision complémentaire, pensant que ça va le dissuader (« Travail, même perdu d’avance, mérite salaire » dixit St-Yves; toutefois, il n’y a pas beaucoup d’avocats qui s’enthousiasment à l’idée de faire des recours en sachant pertinemment qu’ils vont se faire massacrer…).

Donc, parfois, il y a un dossier sur le bureau, comme celui d’aujourd’hui. Recours contre une décision d’échec définitif à l’examen professionnel. Même si le Département n’a pas respecté la procédure à la lettre, la candidate n’a pas atteint les notes requises et elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. La question est donc réglée. Sauf que les quittances du payement de la provision complémentaire et de l’avance de frais sont posées sur le dossier…

Ça va être comme sortir d’une péniche sous le feu des bunkers, sur la plage d’Omaha Beach…

Le 20…

… où, toute la journée, on a comme l’impression de courir après des chimères.

Impression confirmée quand, en fin d’après-midi, on ouvre le poste et on entend la voix de Skye nous susurrer à l’oreille Stop chasing shadows, just enjoy the ride

Le 23…

… où nous nous retrouvons dans ce Tribunal d’arrondissement pour entendre le verdict concernant ce braqueur qui avait mis en danger de mort deux employés de banque en les menaçant avec une arme chargée, désassurée, le doigt sur la détente, pour qu’ils ouvrent le coffre (voir le 18 ci-dessus).

La Présidente commence la lecture du verdict d’une voix monocorde. Bref moment d’espoir pour l’accusé qui, sans trop comprendre, entend qu’il est tout d’abord acquitté de divers chefs de prévention (chiffre 1). Technique judiciaire, on commence d’abord par les bonnes nouvelles. Maintenant les mauvaises.

Chiffre 2 : Suivant les réquisitions du Procureur, il est condamné à 8 ans de réclusion. En plus, le Tribunal est allé au-delà de l’analyse juridique du Parquet et a retenu contre lui la mise en danger de mort immédiate, soit une disposition très peu usitée de notre Code pénal, plaidée par votre serviteur (Ce n’était pas tout à fait le rôle de la partie civile, mais pour une fois qu’il y avait une controverse juridique, on n’allait pas se priver…)

Et ce n’est pas fini. Nos conclusions civiles, assez lourdes, ont été intégralement admises. Tort moral de CHF 10’000.- pour chacun des employés qui ont vu leur vie défiler devant leurs yeux le 3 décembre 2013.

En résumé, l’accusation fait un carton plein.

Pendant la lecture des considérants par la Présidente, on croise un regard avec le procureur. Même sourire un peu pincé. Bien sûr, on a gagné. Bien sûr, je suis très content pour mes clients. Ils voient ainsi leur calvaire reconnu par la justice. Mais voilà, c’est presque trop sur un plan juridique. Le Tribunal a tellement voulu bien faire les choses qu’il affirme maintenant sans ambages que le seul gangster arrêté par la police est forcément le leader. Cela ne ressort ni des vidéos de surveillance ni des autres éléments du dossier…

C’est bien de vouloir faire un exemple. Mais, là, on ouvre une voie royale à un appel, dans laquelle l’avocat de la défense ne pourra que s’y engouffrer.

Et, si l’instance de recours admet que le Tribunal est allé trop loin dans son appréciation de la culpabilité, en retenant que l’accusé était le chef de la bande, alors que le doute aurait dû lui profiter sur ce point, la peine sera automatiquement réduite. Certes, pas de beaucoup, mais cette clémence, toute relative, atténuera le soulagement ressenti aujourd’hui par mes clients.

Il aurait été beaucoup plus facile de constater simplement la violence de l’acte, la méthode utilisée et l’absence de considération pour la vie d’autrui, motivée par la perspective de quelques sacs de dollars, et la peine aurait été pratiquement inattaquable.

Le mieux est parfois l’ennemi du bien. Pour l’instant, on se focalisera sur le sentiment des clients. Pour ces deux braves gars qui ne demandaient qu’à faire leur boulot, la Justice a été rendue et bien rendue… Ce qui est tout à fait exact. Mais pour de ténébreuses raisons de technique juridique dont seuls les juristes saisissent la subtilité, le sentiment de victoire est mitigé pour l’avocat, car il anticipe une suite (presque trop) prévisible.

Le 24…

… où les considérations sur le mieux qui est l’ennemi du bien font presqu’oublier un épisode périphérique de ce verdict.

Mercredi 18, à l’arrivée au Tribunal, policiers en uniforme et en civil passent au crible les participants. Il s’agit tout de même d’un procès de grand banditisme et la bande dans laquelle œuvre l’accusé n’est pas précisément constituée d’enfants de chœur.

Lundi 23, arrivée légèrement en retard de votre serviteur pour l’énoncé du verdict. Entrée du Tribunal, personne. Devant la Salle d’audience, toujours personne… Pas un képi à l’horizon, hormis les deux convoyeurs qui ont l’air un brin tendu. Ont-ils aussi remarqué cette absence de dispositif de sécurité ?

Bref, nous sommes dans un petit tribunal d’arrondissement en Suisse où il ne se passe (presque) jamais rien. Jusqu’au jour…

Le 25…

… où l’on assiste à une conférence donnée par un banquier privé sur l’influence économique des élections américaines sur l’économie mondiale.

Intéressant, vraiment. Aussi d’éprouver à la sortie de la salle le même sentiment qu’à l’uni, après les brillants cours de droits des successions ou de droits réels, dispensés par le Professeur Steinauer.

On sait qu’on est plus intelligent au sortir du cours qu’en y entrant. Mais on est incapable d’expliquer précisément pourquoi…

Le 26…

… où, Fête-Dieu en pays catholique oblige, on révise ses dossiers avec en fond sonore la messe, suivie de la procession.

Pendant ce temps, la boîte mails se remplit gentiment. Forcément, ce jour férié-là n’est pas vraiment bien répertorié, que ce soit en Suisse ou à l’étranger.

Étrange tout de même de recevoir des messages de gens du crûs, parfaitement au courant de la vie religieuse locale, et qui exigent une intervention immédiate pour des motifs dont l’urgence est toute relative. Et quand on les appelle, personne ne répond…

Le 27…

… où la journée de transition démarre avec le courrier réduit à sa plus simple expression.

Une seule lettre, mais suffisamment agaçante. Le Procureur fédéral, qui déclarait il y a peu être décidé à clore l’instruction parce que tous les renseignements qu’il a obtenus concordent à confirmer que les 15 Mio qu’il a bloqué ont une origine parfaitement légale, qu’il n’y a pas le moindre indice de blanchiment, s’ingénie tout à coup à vouloir auditionner des « témoins »… De quoi, mystère, mais on auditionne Me, et après on verra….

Une fois que la Suisse a mis le grappin sur des espèces sonnantes et trébuchantes, lui faire lâcher prise et rendre à César ce qui est César, relève de la quadrature du cercle !

Le 30…

… où cette perle d’une partie adverse n’en finit pas d’égayer notre journée : … afin de ne pas alimenter le compte-ancieux….

Le 31…

… où la fin mai laisse augurer un mois de juin intense, as usual…

Pendant ce temps, dans la presse du jour on se plaint du manque d’engouement pour les postes vacants de magistrats de première instance. Le mal est plus profond que ça. On élit de jeunes juristes inexpérimentés à des postes où leurs décisions doivent être pesées et mesurées. Ce ne sont pas de candidats fonctionnaires dont nous avons besoin, mais de vrais magistrats !

§ Une réponse à Mai…

  • Le Tigre dit :

    Le 3…
    Je dirais plutôt que c’est un manipulateur pervers narcissique et que hélas, la seule solution est la fuite, car cela ne se soigne pas.

    Et que pour une femme qui subit cela, il est très difficile de s’en dégager. Lui conseiller de lire Isabelle Nazare-Aga, clair et facile à comprendre

    Le 6…
    J’aime cette histoire 😉

    Le 9…
    J’espère que ce n’est pas le Bruno avocat que je connais… mais j’en doute, vous n’êtes pas de la même région. Ceci dit, boirais bien un verre d’Amazone avec vous, c’est l’un de mes vins préférés.

    Le 10…
    Me semble que j’ai déjà lu ça quelque part

    le 11…
    C’est là qu’on voit qu’il n’y a que les stagiaires qui planchent dans une Etude 🙂

    Bon… à la suite

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