Janvier…

… où le retour à la mine s’effectue pratiquement sans transition comme dirait PPDA!

Le 1er…

… où par pudeur (et surtout par incapacité ), nous resterons coïts, dignement… ou presque…

Le 2 et le 3…

… où quoi de plus beau que de faire table rase du passé ? A vrai dire quoi de plus désespérant (et salissant) que de faire place nette dans la salle des archives ?

Le 4…

… où ça recommence pour de bon !

Enfin pas tout à fait comme prévu, parce que – qui l’eut crû – c’est pour la police… enfin, la police, surtout la Gendarmerie de St-Tropez, que l’on a une pensée émue. L’Adjudant-Chef Gerber s’en est allé coller des PV au Paradis avec le Maréchal des Logis Cruchot.

C’est un voile noir qui recouvre désormais toute une partie de mon enfance cathodique en famille…

Le 5…

… où la rubrique faits divers des journaux du matin rappelle une anecdote lointaine.

En des temps reculés, où votre serviteur n’avait pas encore endossé le costume de Me Faire, il lui arrivait de faire son shopping dans les boutiques surplombant la Baie de Lausanne. Dans une échoppe de la rue de Bourg, il hésitait entre une chemise et un polo bénéficiant des conseils affectés d’un clone d’une shampouineuse-conseil. Difficile de faire son choix en raison des commentaires extatiques de la donzelle dès que l’on touchait le moindre article. C’est alors qu’un bellâtre flanqué d’une vieille gloire fait une entrée majestueuse dans le magasin…

Hop, ni une ni deux, la shampouineuse, qui semble avoir vu le Christ, se précipite vers le nouveau venu  plus mielleuse que jamais. D’habitude, il n’y a pas moins physionomiste que bibi, mais, là, cette tête me dit quelque chose.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il s’agit d’un avocat, star du Barreau du bout du Lac (le BdBdL pour les intimes !), devenu également présentateur vedette sur le petit écran.

Après un tour poli du magasin et quelques bons mots à l’attention de ses suivantes, il s’éclipse. Retrouvant lentement sa contenance, la vendeuse s’intéresse à nouveau à ce client toujours indécis entre la chemise et le polo. Peut-être une cravate après tout. Comme l’élégant Monsieur qui vient de sortir ?

– Ah oui, vous l’avez reconnuuuuu ?

– Euh non.

– Mais si, c’est un avocat célèbre. Mais quelqu’un de très simple, de très abordable, vous savez. La cousine de ma tante a travaillé pour lui. Il est si gentiiiiiiillll. Et puis, tellement classe aussiiiiiii…. Bon, cette cravate vous la prenez ?

Ce matin, on apprend que ce Confrère de renom, retiré des voitures depuis un AVC, a tenté de flinguer son infirmière et se trouve en détention provisoire pour tentative de meurtre.

Le voilà de l’autre côté des projecteurs maintenant. Qui l’eut cru ? Pas votre serviteur, ni lui, certainement, quand il arpentait la rue de Bourg, un manteau de vison accroché à son bras…

Splendeur et misères des courtisans… (ou des avocats, comme on vient de me le faire remarquer…)

Le 6…

… où il est indubitable que certains dossiers ont la scoumoune !

Par exemple, cette détermination sur un litige commercial qui me nargue depuis des semaines et où le Confrère adverse menace le client des pires avanies si elle n’est pas déposée illico (c’était le 28 septembre 2015…)

Nous y voilà enfin à cette fichue détermination.

A peine le dictaphone est-il branché que le téléphone sonne sans discontinuer. Résultat de toutes ces interruptions: pour à peine 3 pages de Niet! aux prétentions adverses, la dictée s’étale sur plus de 2 heures. A la relecture, c’est un galimatias incompréhensible digne d’un traité de droit successoral de l’Ancien Régime.

Quelque part, une âme peu charitable doit enfoncer des épingles dans un faux dossier en ricanant. Ce n’est pas possible autrement…

Le 7…

… où l’on croise cette phrase d’Oscar Wilde « Seul un fou ne jugerait pas que sur les apparences« .

D’autres prétendent qu’elles sont trompeuses. Les avocats savent que, souvent, c’est bel et bien le contraire ! Et c’est justement où le bât blesse…

Oscar Wilde… Défendre un tel homme, dans un procès qui aurait (forcément) un goût de scandale. La réalité aurait-elle démenti le mythe ? La question restera sans réponse. Dommage…

Le 8…

… où une excellente amie nous ‘explique, avec sa faconde si délicieuse, pourquoi elle a abandonné la Faculté de droit pour vendre des antiquités hindous et des parfums, sous l’œil placide de Goliath son cerbère.

Au milieu d’anciens bouddhas, de châles en cachemire et autres cartes et affiches rappelant le temps des colonies, son discours offre une alternative on ne peut plus agréable  au dossier de construction qui m’attend, morose, là-haut, au sommet de la rue.

Le 11…

… où l’on termine la journée en effectuant quelques réglages sur un avis de droit concernant la responsabilité du propriétaire pour les conséquences de l’assèchement d’une nappe phréatique (vibrations>fissures dans la villa du voisin) en écoutant en boucle Space Oddity, Heroes, Ashes to ashes, Lazarus et quelques autres…

Bowie et ses différentes facettes ont jalonné ma perception du rock, changeante forcément au fil des années. Superbe mini-clip de l’illustratrice Helen Green, nous rappelant ses visages.

Et pour terminer, l’hommage prémonitoire de Dexter, alias Michael C. Hall, avec Lazarus

On nous rabat les oreilles avec le réchauffement climatique, mais que dire de la chute des étoiles depuis peu, Lemmy, Michel & Michel, David, encore Beau oui comme Bowie

Le 12…

… où il est l’heure d’aller à la Permanence juridique de l’Ordre des Avocats de notre belle région.

Surprise, au sortir de l’ascenseur, la porte est fermée et, entassées dans l’escalier, une dizaine de personnes font le pied de grue. Un rapide coup d’œil à la montre, il est 17h01. Donc, la Permanence devrait être ouverte, mais le cerbère de service est aux abonnés absents. Plus curieux, aucun confrère n’est présent, alors que nous sommes régulièrement 3 ou 4 pour assurer ce service.

Petite parenthèse pour expliquer ce qu’est la Permanence juridique, comme nous l’appelons. Une fois par semaine, chaque mardi, à partir de 17 heures, les avocats de nôtre Ordre, à tour de rôle, viennent dispenser gratuitement des conseils aux gens qui se présentent et qui s’acquittent d’une modeste obole de CHF 20.–, destinée à couvrir les charges, soit la location des locaux et le défraiement de la secrétaire.

Il s’agit toujours d’un exercice amusant et, parfois, un peu acrobatique, puisque l’on ne sait jamais de quoi nous allons parler avant que la personne n’entre dans la salle . Et puis, il y a aussi la galerie de personnages qui défilent, venant chercher la lumière, ou plutôt un bref éclairage de la part du juriste de service. Certains spécimens sont récurrents. Les plus dangereux sont ceux qui viennent vérifier si le conseil que leur a donné leur avocat, dont ils essayent tant bien que mal de taire le nom, bien que celui-ci apparaisse sur les papiers qui tiennent devant eux et qu’ils essayent maladroitement de cacher, est fondé. Bien sûr, ils taisent la moitié des informations, si bien que les avis convergents rarement. Il faut alors les dissuader de changer de mandataire, non seulement parce que cela n’est pas justifié dans la plupart des cas, mais aussi par ce que l’on ne veut pas être accusé de concurrence déloyale.

Il y a aussi la Dame ou le Monsieur, dont le conjoint a constitué un mandataire dans sa procédure matrimoniale, et qui veut qu’on lui rédige une convention matrimoniale complète, en 20 minutes chrono, alors que cela fait 8 mois qu’ils s’écharpent en procédure.

Il y a celui qui veut un conseil successoral, agissant soi-disant dans l’intérêt de son parent (encore vivant !), mais dont les questions démontrent bien qu’il entend le dépouiller.

Il y a aussi ceux qui n’aiment pas les avocats – parce que ce sont tous des menteurs et qu’ils sont trop chers – et qui débarquent avec 3 classeurs de documents et  « juste 2 ou 3 questions », parce qu’ils entendent bien continuer tous seuls.

Voilà le décor planté.

Mais, pour l’instant, il y a juste un petit souci, parce que la porte est toujours fermée. Et toujours pas de confrère. Un bref téléphone permet de découvrir que la Permanence a changé d’adresse, ce dont les augures se sont bien gardés de m’informer, et qu’elle se trouve désormais 3 pâtés de maisons plus loin.

C’est ainsi que, sous une pluie battante, votre serviteur emmène un groupe d’une dizaine de personnes mi-amusées mi-énervées.

L’une d’elle se dit que, tant qu’à faire, autant en profiter et tenter de me soutirer 1 ou 2 renseignements en cours de route. Une autre veut me soudoyer pour que, une fois arrivée, je la fasse passer avant tout le monde, parce qu’elle était là 10 minutes en avance. Bref, nous arrivons enfin, trempés et essoufflés, pour constater qu’il y a déjà bien 20 personnes qui attendent. La secrétaire jette un regard de soulagement. Par ici votre bureau…

Le temps de poser la veste, de s’asseoir et déjà le premier candidat fait son apparition.

Il entre dans la catégorie des pilleurs d’héritage qui veulent faire tout tout seul ! Allez, c’est parti..

P.-S. 1 : il est 19h20, c’est le dernier « patient », ou plutôt la dernière « patiente ». Une gazelle de 120 kg, promenant fièrement son boubou et sortant de son sac à main, d’une taille inimaginable, une énorme liasse de documents… Et là, miracle ! Sur la première page du jugement (dont elle attend ni plus ni moins que je lui rédige un recours séance tenante) apparaît le nom de mon associé qui défend la partie adverse. Désolé, chère Madame, mais je ne puis vous donner de conseils dans cette affaire, car je suis face à un conflit d’intérêts. Votre conjoint est représenté par mon associé.

Et c’est ainsi que mon brave confrère du bureau d’à côté a hérité d’un problème.

P.-S. 2 : avec les 2 autres confrères, nous avons bu un verre à sa santé au bistrot du coin, en ayant une pensée émue pour celui qui s’est sacrifié au nom de la cause…

Le 13…

… où l’on se rappelle Floriot, l’un de nos plus éminents pairs de l’après-guerre, quand il écrivait avec tant d’humour les différents types de clients qui viennent consulter un avocat, dont celui qui lui cache des informations essentielles, non pas parce qu’il veut délibérément lui mentir, mais parce qu’il sait qu’il va se faire taper sur les doigts !

Dans la salle de conférence, la brave dame en face de moi explique qu’elle a déposé une demande de naturalisation pour elle et ses enfants en 2010. Elle fouille dans les documents contenus dans sa volumineuse mappe et sort l’accusé de réception du Service de l’État civil.

Que s’est-il passé ensuite ? Rien du tout assure-t-elle !

Pressée de questions, elle finit par sortir un autre document daté de 2013, dont il ressort que les pièces d’identité fournies audit service étaient des faux. Nous y voilà…

Et depuis lors ? Plus rien du tout, me jure-t-elle, alors que l’on distingue dans la liasse de feuilles qu’elle tient dans la main, plusieurs documents avec l’en-tête du Service en question…

– Bon, chère Madame, je vais donc leur écrire, pour m’enquérir de ce qu’il en est exactement de l’avancée de votre dossier.

Brève lueur d’inquiétude dans son regard : Vous croyez que c’est vraiment nécessaire ?

– Ah ça, vous voyez quelque chose d’autre à faire ?

– Non.

– Moi non plus…

Le 14…

… où l’on doit se prononcer sur un projet de questionnaire destiné à un expert-psychiatre. Il s’agit d’une affaire de criminalité économique. En substance, le Procureur souhaite savoir si l’accusé est un mythomane de première ou le plus roué des escrocs. Encore qu’escroc ne soit pas forcément le terme qui s’applique en l’occurrence.

L’escroquerie suppose en effet que l’auteur ait fait preuve d’astuce à l’égard de sa victime.Or, en l’occurrence, nous avons une trentaine de pigeons qui ont investi plus de 15 Mios dans des sociétés diverses, censées leur rapporter des intérêts mirobolants. Trop beau pour être vrai. C’est pourquoi le Procureur en charge de l’instruction se demande si les victimes n’auraient pas pu faire preuve d’un peu plus de prudence avant de confier leurs sous à un parfait inconnu, présentant certes bien, mais tout de même, on peut faire quelques vérifications… Encore que, comme l’a si bien écrit Audiard pour Le Pacha, « Quand on parle de pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute… » Et il n’y a rien de plus vrai !

Entendons-nous bien si l’escroquerie ne pouvait en définitive être retenue, il reste encore l’abus de confiance, la gestion déloyale, etc. Largement de quoi l’envoyer à l’ombre pour quelques temps.

Bref, pour en revenir à notre questionnaire, soumis à la ribambelle d’avocats défendant le prévenu, mais aussi ses acolytes – complices ou victimes de ses belles paroles ? ce qu’il reste à déterminer – et la cohorte de victimes (une trentaine), il n’a pas la même importance.

Pour l’avocat du prévenu, c’est une planche de salut. Car, en fonction des conclusions de l’expert qui pourrait considérer une altération de certaines facultés mentales, il pourrait voir la responsabilité de son client atténuée. Pour les confrères assistant les acolytes, c’est un moyen d’enfoncer l’accusé en se dédouanant, à condition que l’expert parvienne à la conclusion inverse. En effet, si le prévenu est pleinement responsable des ses actes et a agi avec beaucoup de subtilités, ils pourront affirmer n’avoir rien vu venir et, donc, ils ne sont pas complices…

Enfin, pour l’essentiel des autres destinataires de ce projet, soit les victimes, cela ne changera pas grand chose. Ce n’est pas la question de savoir si celui à qui elles ont confié leurs bas-de-laine était ou non atteint dans sa santé mentale qui ramènera les sous au bercail…

Le 15…

… où l’on est confronté à l’une de ces journées bizarres, aux idées brouillonnes.

Le cerveau est tout de même un allié étrange. Parfois, il vous balance la solution sans crier gare et rouler carrosse. Parfois, il se fait désirer. Ou encore, il bat la campagne, comme aujourd’hui.

Pas moyen de coucher sur le papier une synthèse qui tienne la route. Bon, arrêtons de nous faire du mal. La météo prévoit un temps pourri ce week-end. Rien de tel pour remettre de l’ordre dans la matière grise…

Le 18…

… où, alors que le froid saisi la nuit, on s’achemine vers l’épilogue de  La pyramide de glace, dernier opus des aventures de Nicolas le Floch, et l’on apprécie toujours autant la plume de Jean-François Parot que les citations dont il orne chacun de ses chapitres, comme ces quelques mots de Sénac de Meilhan qui semble avoir été écrit pour cette journée « Il n’est point de vérité absolue, et les hommes se trompent bien moins, faute d’entrevoir la vérité, que faute d’en apercevoir les limites…

C’est dit !

Le 19…

… où,une fois de plus, l’appât du gain nous laisse de marbre, car nous travaillons pour la gloire

I am Francois Gangas, the legal representative of my Russian client who is a political figure. Due to the fall of the Russian Ruble and the sanctions against Russia he is looking to move the sum of $36 million out of Russia. He has asked that I secure the assistance of an individual or firm willing to take up ownership of the funds once it is moved out of Russia.

The individual or firm is required to utilize the funds at his own discretion as he sees fit for the purpose of making profit for the benefit of both my client and himself.

Please contact me asap if you are willing to assist.

Eh bien, niet, je n’ai pas répondu…

Le 20…

… où la journée commence avec les poules et ce message subliminal de l’informaticien de l’Etude, affectueusement surnommé Bill Gates : « Système de gestion du serveur HS, téléphone itou. Je gère… »

Le 21…

… où, pendant toute la journée, il est question de temps et où l’on se rend compte combien il serait vain de vouloir concilier les attentes de tout un chacun.

Il y a le temps depuis lequel on poireaute dans cette procédure civile, en attendant que l’expert daigne enfin déposer son rapport sur l’origine des fissures apparus dans la villa de la partie adverse…
… le temps probable pendant lequel notre petit casseur récidiviste devra attendre la tenue de son procès, pour savoir combien de temps il croupira en prison…
… le temps – forcément trop long – pour l’employeur qui doit réfréner son envie irrépressible de résilier le contrat de travail de son employé sans cesse en arrêt maladie…
… le temps perdu à scruter l’écran du PC pendant sa mise à jour…
… le temps restant avant l’échéance du délai pour faire recours contre un jugement particulièrement bien ficelé (pour une fois !)…
… le temps d’avant, où c’était forcément mieux, parce que l’on pouvait faire confiance à la parole donnée, dixit ce gestionnaire de patrimoines aux tempes plus que grisonnantes…
… le temps que ce créancier a laissé filer, sans aucun souci, si bien qu’il se retrouve aujourd’hui rageusement avec une superbe créance, prescrite…

… et pour finir la journée en beauté, le dernier appel téléphonique, celui dont on sent inconsciemment qu’il ne faudrait pas décrocher, mais bon :
– Me, avez-vous lu mon dossier ?
– Oups, euh non, je n’ai pas eu le temps…

Le 22…

où, après avoir glosé sur le temps, c’est de silence dont il est question.

Chez certains, il est d’or. Pour d’autres, il peut signifier qu’ils consentent, mais, bon, ce n’est pas une règle cardinale. En droit, les civilistes le savent, qui ne dit mot, ne consent pas forcément.

Et pour un Procureur fédéral, que signifie-t-il ?

Bonne question, car cette journée nous apprend que, au Ministère public de la Confédération (MPC), le silence des autorités d’un pays réputé pour son mépris des droits de l’Homme signifie, ni plus ni moins, qu’il faut poursuivre la procédure et les relancer, encore et encore.

Explication : votre serviteur est le conseil en Suisse d’un citoyen ouzbek, bien silencieux d’ailleurs. Et pour cause ! Il est détenu dans son pays et personne ne sait s’il est toujours en vie. Son tort ? Être un vague cousin de l’épouse du Présidentissime de l’Ouzbékistan, dont certains médias locaux ont un beau jour suggérés, peu avant les dernières élections, qu’il pourrait faire un successeur valable à ce brave Karimov, dont certains de ses concitoyens sont paraît-il fatigués. Et hop ! Ni une ni deux, le voilà accusé de corruption, de détournement de fonds et emprisonné au secret au terme d’un procès tenu à huis clos, vraisemblablement, sans l’assistance d’un avocat. On comprend ainsi aisément pourquoi l’Ouzbékistan figure à l’antépénultième place du classement d’Amnesty International s’agissant des pays respectant les droits de l’Homme…

En Suisse, le client disposait d’un compte bancaire sur lequel il avait placé ses économies, conscient que le régime politique de son pays n’offrait pas toutes les garanties de sécurité. Conformément au système légal helvétique, la banque, ayant appris par la bande l’arrestation et l’emprisonnement de ce pauvre garçon, a informé l’autorité de surveillance de l’existence du compte bancaire, laquelle a transmis le cas au MPC, afin qu’il bloque les fonds, le temps de savoir s’il s’agit d’argent propre ou non.

Dans ce genre de situation, pour donner au blocage du compte un semblant de justification, soit un prétendu lésé, soit l’État de résidence du pseudo malfrat lui-même, émet des prétentions sur l’argent bloqué. Si ce n’est pas le cas, le MPC s’adresse à l’État en question pour demander des informations.

C’est précisément ce qui s’est passé dans cette affaire. Comme on pouvait s’y attendre, les Ouzbeks sont restés muets comme des carpes. Et pour cause ! Ils n’ont pas le moindre grief tangible à faire valoir. Situation qui a été décrite, exposée, démontrée, par votre serviteur, avec le concours de collègues allemands, pièces à l’appui, au Procureur en charge du dossier.

La veille de Noël, celui-ci nous demande si nous souhaitons qu’un rappel soit adressé à l’État ouzbek, à propos de cette demande d’entraide judiciaire internationale demeurée lettre morte. Réponse de notre part : nous ne voyons pas pour quelle raison on relancerait des gens qui n’ont même pas daigné accuser réception de vos demandes, dont on vous a prouvé qu’ils n’étaient pas digne de confiance, qu’ils s’asseyaient sur les droits de l’Homme et que leur silence valait refus de collaborer, ce qui devrait conduire à la libération des fonds séquestrés, que personne d’autre ne revendique d’ailleurs.

Après 3 semaines de « silence », le Procureur nous apprend que le « silence » de ses homologues Ouzbeks lui pose tout de même problème, parce qu' »on » ne sait pas très bien ce que cela peut signifier… Il a donc décidé de les relancer quand même et, déclare-t-il, « cette fois, s’ils ne répondent pas, leur silence pourrait vraiment vous servir ».

– Ah bon, donc, s’ils ne réagissent pas une fois encore, vous libérez les fonds ?

– Je n’ai pas dit ça.

– Je me disais aussi…

Moralité : pour un Procureur, s’il n’a aucun grief à formuler contre un accusé (de quoi d’ailleurs ? On évoque un possible cas de blanchiment d’argent, sans qu’il y ait le moindre élément permettant d’avoir une once de soupçon à ce sujet ), le silence des personnes censées fournir de l’eau à son moulin est une raison parfaitement valable de poursuivre la procédure. En attendant quoi ? Que ce fameux silence devienne vraiment assourdissant ? Ou plutôt qu’une bonne fée lui apporte un vrai grief sur un plateau. Peu importe si le grief en question vient d’un pays où l’on fabrique les accusations, comme d’autres fabriquent des fromages.

Bossuet l’a écrit : « Il y a trois sortes de silence : le silence de zèle, le silence de prudence dans les conversations, et le silence de patience dans les contradictions ». Et comme chacun sait, un Procureur, fut-il fédéral n’est jamais à une contradiction près…

Le 25…

… où l’on se marre bien en lisant les nouvelles de Me Ghostrider retrouvant ses esprits après son examen écrit pour le Barreau, consacré au droit civil.

8 heures top chrono dans les limbes du Code civil et de sa jurisprudence, on n’en sort jamais totalement indemne. La preuve, cette brave fille déraille. Elle écrit dans son mail que l’examinateur – un magistrat du siège – est visiblement fan de Game of Thrones et de Star Wars, au vu des questions posées…

Oups ! Quoique ! On peut bien imaginer une action en garantie des défauts de la chose louée entre les familles Bolton et Starck. Ou encore un cas de droit de la filiation entre l’héritière des Targaryen et un membre dévoyé de la famille Lannister. Quant à Tyrion, personne ne lui en voudrait d’agir en protection de ses droits de la personnalité…

Et que dire des prétentions de R2D2 et de C-3PO pour se plaindre du non-paiement de leurs heures supplémentaires ?
Bref, il y a de quoi faire…

Cela dit, on ne peut s’empêcher de noter un glissement du côté obscur de la Force de la culture de nos magistrats. Ce ne sont plus les Classiques qui les inspirent ni leurs auteurs qui, entre autres méfaits, ont façonné l’esprit des rédacteurs de nos Lois, mais bien la culture cathodique, dont on n’est pas sûr qu’elle survivra à ses créateurs…

PS : on annonce en guest star de l’examen de droit pénal Dark Vador en Procureur !

Le 26…

… où l’on entend, par hasard, jaillir du haut-parleur cradingue d’un parking souterrain, ce texte sublime, écrit par Aznavour que Youtube nous restitue en version déclamée par François Morel sur une intro de Grand Corps malade :

Rêver, chercher, apprendre
N’avoir que l’écriture et pour Maitre et pour Dieu
Tendre à la perfection à s’en crever les yeux
Choquer l’ordre établi pour imposer ses vues
Pourfendre
Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge et pour mieux la souiller

Faire hurler sans pudeur tous ces espaces nus

Déguiser le réel de lambeaux d’abstraction
Désenchainer le trait par mille variations
Tuons les habitudes
Changer, créer, détruire
Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contrepieds de tout ce qu’on a lu
S’investir dans son œuvre à cœur et corps vaincus

Écrire ta peur de sueur, d’angoisse
Souffrant d’une étrange langueur
Qui s’estompe parfois mais qui refait bientôt surface
Usé de sa morale en jouant sur les mœurs

Et les idées du temps
Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit
Aller jusqu’au scandale
Capter de son sujet la moindre variation
Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l’œuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d’inquiétude

Souffrir, maudire
Réduire l’art à sa volonté brulante d’énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie
Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et on crie
Il nous restera ça
Il nous restera ça

À l’heure du tout numérique, les jeunes juristes oublient qu’écrire c’est d’abord et avant tout le métier de l’avocat. Écrire, avant de parler, souvent est indispensable. Pour mieux dire les mots, après.

Aujourd’hui, où l’on envoie des SMS comme on jette des mouchoirs, on en oublie la force un adjectif, la puissance d’une virgule, placée au bon endroit, le serment de l’avocat : pour défendre, il ne faut pas se soucier de complaire à quiconque, sans pour autant franchir les limites que la loi nous impose.

Et c’est aussi remettre le métier sans fois sur l’ouvrage, la nuit surtout, quand le doute nous taraude, quand on remet en question ce que d’autres appellent évidences.

Écrire permet d’atteindre ces territoires vierges, de tutoyer le scandale, sans jamais en violer les limites, de Défendre l’Homme en regardant Dame Justice dans les yeux. Sans morgue ni mépris, sans fausse pudeur, juste parce que cela doit être fait.

Oh oui, il nous restera ça…

Le 27…

… où l’on a une fois de plus la confirmation qu’il n’y a pas de petites affaires, que le moindre dossier peut receler en son sein tout un cortège d’émotions et de surprises.

C’était une après-midi comme un autre au Tribunal. Dans une toute petite salle, un Président tentait la conciliation entre les 2 parties, sous l’œil attentif d’un public très, très clairsemé. En fait, de public, dans ce genre d’affaires, il n’y en a quasiment jamais. C’était plutôt une surprise d’avoir 3 pékins qui se serraient sur des chaises inconfortables. Est-ce leur présence qui a inspiré les acteurs de cette mini tragédie de la confiance trahie d’en faire un peu plus que la routine ? Allez savoir. Pas de public, pas de spectacle, comme disait ma grand-mère.

Bref, l’affaire à juger était dans les starting-blocks. D’un côté, une brave cliente (forcément, c’est la mienne) qui utilisait depuis plusieurs années les services d’un individu (forcément, c’est la partie adverse) un peu trouble qui se targue du titre de brocanteur. S’il existe un comité d’éthique de cette profession, sûr qu’il aurait quelque chose à dire à propos de ce lampiste.

Engagé pour débarrasser les meubles de la maison du père décédé de ma cliente et les transporter à différents endroits, il s’est, selon lui, consciencieusement acquitté de sa tâche, sauf que certains meubles ne sont jamais arrivés à destination et il a vendu une superbe table, avec marqueterie, ainsi que les chaises qui allaient avec pour un montant dérisoire à un acheteur dont il tait obstinément le nom. Pourquoi ? Tel est l’enjeu de l’audience. D’un côté, on veut un nom, afin de s’assurer que la vente a bien été conclue pour ce prix et que, d’entourloupe, il n’y en a pas. De l’autre, on brandit l’honneur bafoué d’une profession et on veut protéger une réputation qui n’existe que dans les mémoires de son avocat.

Mon confrère, d’habitude très posé, est particulièrement remonté sur ce coup-là. Il invective ma cliente en suggérant à mots à peine couvert que le terme « harpie » a été inventé pour elle.

Se sentant insultée, à juste titre il faut bien le dire, elle éclate en sanglots. Fidèle à son rôle de défenseur de la veuve, de l’orphelin et de la galeriste blessée dans sa dignité, votre serviteur hausse le ton, se fait à son tour invectiver et menacer d’amende disciplinaire par un Président qui ne maîtrise plus rien, sous l’œil goguenard du maigre public qui n’en demandait pas tant.

Suspension d’audience, discussions bilatérales du président avec les 2 parties, va-et-vient, le public entre, le public sort et, finalement, le Président, tout fiérot, revient avec une proposition de notre Louis la Brocante du pauvre. Bien sûr, pas de nom. Parce que, là, il serait mort. On est peut-être margoulin, mais stupide, ça non ! Alors, il propose des sous. Oh, pas énorme, mais pour le geste et surtout pour le porte-monnaie du quidam, ce n’est pas rien. Alors, bon prince, ou plutôt bonne princesse, notre amie accepte.

Cela pourrait s’arrêter là, mais il reste encore un dernier moment d’anthologie, passé presque inaperçu, lors du dernier acte.
Nous le devons toujours à ce cher Louis. Soucieux de défendre la fierté blessée des brocanteurs d’Helvétie, de France et de Navarre, il propose superbement d’aller chercher l’argent immédiatement à la poste et de le donner à son ancienne amie, ce qui est bien sûr prestement accepté, les bons comptes font les bons procès.

La poste est à minimum 10 bonnes minutes à pied. Donc, 20 minutes aller et retour, pour quelqu’un en pleine forme. En ce qui concerne notre lascar, on ne peut pas dire que l’exercice de sa profession le maintienne dans une forme olympique. La pratique assidue du comptoir laisse par contre les traces assez visibles sur son organisme. Il lui faudra donc une demi-heure au bas mot.

Et bien non ! Ne voilà-t-il pas qu’il débarque à peine 10 minutes plus tard, même pas essoufflé, brandissant fièrement une liasse de billets, qu’il transmet aussitôt à mon brave Confrère qui me la tend avec un air que César lui-même n’aurait pas renié dans l’amphithéâtre en prononçant Vae Victis ! J’ai failli demander à Louis si le café qu’il avait sûrement pris au bistrot qui jouxte le Tribunal avait été bon. Le bougre, il avait tout prévu, même de ne pas s’en sortir indemne et l’argent était déjà dans sa poche…

Nous sortons du Tribunal, avec quand même la satisfaction du devoir accompli et cet épilogue de ma cliente : « Finalement, mes cours de comédie auront quand même servi à quelque chose ! Mais, tout de même, il ne l’emportera pas au paradis… »

Sic transit gloria mundi !

Le 28…

… où l’on s’interroge, une fois encore, sur cette question cruciale de savoir si l’informatique a été inventée pour nous simplifier la vie ou pour nous susciter plus de questionnements qu’une version latine de Tacite ou l’analyse d’un texte de Kafka.

Quand on est obligé de renommer tous des dizaines fichiers contenus sur un stick USB de 4 Gb, envoyé par le Ministère public de la Confédération, parce que notre système informatique n’accepte pas certains signes utilisés par le Parquet, qui ne peut décidément rien faire comme tout le monde, on découvre à Tacite ou Kafka des vertus ludiques insoupçonnées.

Le 29…

… où l’on découvre avec consternation que l’un de ses anciens copains d’école, a piqué dans la caisse de sa paroisse.

Pire encore, même si le canard local nous apprend qu’il a tout remboursé, ce personnage en vue du monde ecclésiastique et académique, se voit contraint de démissionner de tous ces postes honorifiques dont il était si fier . De surcroît, sa vie de famille subit des dommages collatéraux.

Ce métier nous apprend à voir l’envers (ou l’enfer) du décor et nous enseigne que le reflet dans le miroir est souvent trompeur. Mais là, bon dieu (oups, pardon !) qu’est-ce qui lui a pris ? Ce type promenait depuis plus de 30 ans l’étendard de la parfaite rectitude, certes, coincée comme une porte de confessionnal, mais, même atteint de delirium tremens, personne n’aurait jamais imaginé qu’il puisse se permettre le moindre écart dont il aurait à rougir devant son Créateur.

Tout peut arriver, à tout le monde, il faut en être conscient. Personne n’est à l’abri d’un dérapage et les conséquences peuvent en être 10 fois pires que l’acte lui-même. C’est cette foutue fragilité de l’âme humaine, cette impossibilité à pouvoir garder la ligne en toute circonstance, que certains juges pénaux devraient intégrer dans leur réflexion, au moment de prononcer leur sentence. Trop souvent, ils oublient qu’ils ne sont que des Hommes dont la tâche est de dire le Droit en garantissant l’ordre social et non des Moralisateurs grinçants s’acharnant sur le justiciable en lui assénant une volée de bois vert, reprise par la plume réjouie des journalistes présents, sachant que, demain, ils verront leur nom dans la chronique judiciaire.

Peut-être ces Juges ont-ils eu la chance de ne jamais déraper. Jusqu’ici. Encore que, on ne sait pas tout…

 

§ 3 réponses à Janvier…

  • Le Tigre dit :

    le 22 : Et aussi le silence des pantoufles

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  • rienàsignaler dit :

    Le 7… Oscar Wilde a été défendu et ce fut en effet un procès militaire sulfureux….

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  • Le Tigre dit :

    Le 7…
    Oscar Wilde doit être défendu, quoi qu’il en soit 🙂

    le 8…
    Etre mineur avocat avec joie, ou vendre des châles en cachemire, c’est un choix. Moi j’ai besoin des deux, j’ai toujours froid dans mes droits et dans mon corps.

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