Novembre…

… où ayant survécu à Halloween, on persiste à chercher un message subliminal dans le crachin du petit matin, sur un air de Guns’n’Roses

Le 1er…

… où, malgré le soleil qui illumine ce lendemain de Halloween, au lieu de se promener, avec ou sans Gaby, au milieu des algues et des coraux, on se livre à une occupation bien moins rock’n’roll pour un dimanche.

On n’imagine pas, en effet, les méandres qu’un dossier d’entraide judiciaire international peut receler, lorsque la Suisse se retrouve entre le marteau (et la faucille) et l’enclume de nos voisins français et que notre Ministère public Confédéral ne veut surtout pas vexer les hôtes du Kremlin. Mais les méandres conduisent parfois à de petits chemins de traverse où l’on fait de délicieuse découverte. Comme par exemple cette petite note émanant d’un procureur cosaque à son homologue helvétique : Merci de faire comme on a dit lors de la conférence d’Irkoutsk ! Entre une louche de caviar beluga et deux shots de vodka, on imagine bien le représentant helvétique la mine réjouie faire « Nasdrovje! », sans trouver dérangeant de frayer avec les suppôts d’un ordre judiciaire où 98% des personnes politiquement exposées et poursuivies par l’Etat sont condamnées. Et on trouve que les avocats sont parfois peu regardants sur la moralité de leurs clients…

Le 2…

… où le début de la marche forcée vers Noël démarre en fanfare avec un lot de courriers tous plus consternants les uns que les autres.

Mention spéciale à cette avocate qui répond au Juge qu’elle est d’accord pour une prolongation de délai, à condition que notre client entame sérieusement la négociation, alors que cela fait depuis juin que je la relance régulièrement pour organiser une rencontre en vue de liquider l’affaire et qu’elle n’a jamais daigné ne serait-ce qu’accuser réception !

Le 3…

… où le courrier se fait plus amical ce matin…

Les Confrères aussi. Comme ce brave garçon que j’aborde pour la première fois et qui me quitte en me conseillant de prendre soin de moi. Inhabituel, mais plus sympathique qu’un « On se reverra devant le Juge ! »

Brave homme… Mais bon, est-ce que j’aurais l’air si mal en point que ça ?

Vite, un petit tour du cabinet, comme ça, l’air de ne pas y toucher. Personne ne me regarde bizarrement ni avec un air apitoyé. Ouf , on l’a échappé belle…

Le 4…

… où un petit toxico se fait juger pour un florilège d’infractions, classiques serait-on tenté de dire pour ce genre de client.

L’enjeu est clair. Il est récidiviste, donc il risque de voir le sursis de 22 mois qui lui a été accordé à son premier passage en Justice s’envoler. Plus une seconde peine ferme pour les nouvelles infractions, ça risque de faire lourd. D’autant qu’il s’est trouvé un job et qu’il sera mieux derrière un établi que des barreaux.

Moralité : éviter la levée du sursis et obtenir une peine compatible avec la semi-détention, pour qu’il puisse continuer de travailler, mais dorme en prison quelques temps et les week-ends, ça lui fera quand même les pieds (et ne rendra pas le monde plus malheureux).

Message de fin d’après-midi de Me Dawn, qui s’est (comme d’habitude) fait plus de souci que le client, qui se demandait s’il allait vraiment venir… Mission accomplie ! Le sursis des 22 mois n’est pas révoqué. 9 mois fermes en semi-détention, 9 mois supplémentaires avec le sursis.

Seul bémol (pour nous), réduction de la liste de frais de plus de 30%. C’est une défense d’office, donc c’est nos impôts qui paient l’addition. Mais, on ne peut s’empêcher de penser que cette réduction arbitraire de la rémunération de l’avocat pour le travail effectivement accompli obéit à une logique plus basique que la défense des deniers de l’État. Me, vous avez obtenu ce que vous voulez. Vous ne voulez pas EN PLUS recevoir une indemnité correspondante à votre travail dans ce dossier. Faut pas exagérer quand même…

Le 5…

… où l’on se marre encore une fois en relisant la prose agressive de ce Confrère mal embouché, auteur d’une coquille merveilleuse : Il n’y avait ni intention ni dôle éventuelle de la part de mon client… (le dol et non la Dôle est le terme technique pour qualifier l’agissement fautif)

C’est cela, mais oui, mon cher Confrère, in vino veritas !!!!

Le 6…

… où l’on ne sait pas si on doit en rire ou en pleurer ? Un peu les 2 sans doute.

On se rappelle que le mercredi 4 (voir ci-dessus), Me Dawn avait fini par arracher un sursis partiel, avec une semi détention, compatible avec la poursuite d’un emploi, pour un toxicomane impénitent.

L’audience avait eu lieu le matin et le verdict avait été rendu à 17 heures, avec sermon du juge au jeune godelureau et tout le toutim, pour s’assurer que, cette fois, il avait bien comprit la leçon et que, s’il devait y avoir récidive, le ciel allait lui tomber sur la tête.

Donc, tout le monde est content ! Ça, c’était jusqu’à cet après-midi 15h30. De retour d’un rendez-vous, notre chemin croise celui du principal limier de la police des stups notre belle cité, flânant, l’air de ne pas y toucher, devant l’entrée d’un centre commercial. C’est un vrai chien de chasse ce gars. Une fois qu’il a flairé sa proie, il ne la lâche plus. Une vraie terreur parmi les adeptes de la fumette illégale.

Cela fait bientôt 20 ans que l’on se croise dans la rue et dans les prétoires. Alors, forcément, on se connaît. On ne peut pas dire qu’on soit amis, mais un certain respect et une forme de complicité se sont établis entre nous.

Passé les banalités d’usage, j’évoque l’affaire de mercredi, en concluant justement que, tout le monde était content. Les quantités de drogue qu’il avait déterminée au terme de son enquête avaient été retenues par le tribunal. De notre côté, le gugusse dormira en prison, mais pourra continuer à travailler.

– Ah, c’était donc ça !
– Comment « ça » ?
– Votre client, je l’ai eu dans mon bureau, justement mercredi soir, vers 22 heures…
– Pardon ?
– Ben oui, on l’a chopé en début de soirée en train de consommer. Il m’a d’ailleurs engueulé en me disant que, à cause de moi, son sursis allait sauter. Alors, maintenant, je comprends pourquoi… Allez, faut pas faire une tête pareille. Ne me dites pas que ça vous surprend ?

– Facile à dire, il va falloir maintenant annoncer ça à Me Dawn. C’est une grande fille maintenant, elle encaissera le choc. Mais, les jeunes sont comme ça, au début. Ils croient qu’ils vont changer le monde.

Les derniers mètres vers le bureau sont agrémentés de pensées contradictoires sur le sens de la vie, du droit et de l’avocat face à la toxico-dépendance. Quasiment impossible de leur faire confiance. Ils vous promettent la lune, jurent qu’on ne les y reprendra plus et, dès que vous avez le dos tourné, Hé mec, t’as de la bonne, c’est combien ?

Le 9…

… où la reprise d’un dossier de responsabilité médicale met en exergue le clivage entre nos 2 professions, s’agissant du regard critique porté par nos pairs sur nos actesprofessionnels.

Dans cette affaire dramatique, l’accouchement de jumeaux a mal tourné, le second ayant subi une asphyxie périnatale sévère et étant décédé quelques jours plus tard.

Votre serviteur représente les parents qui, face à l’attitude ambiguë du gynécologue, ont porté plainte pour savoir si leur enfant a été victime de la fatalité ou d’une mauvaise appréciation de la situation. La première éventualité ne peut bien évidemment pas être reprochée au médecin. La seconde est qualifiée en droit pénal de « violation du devoir de diligence » et, si elle est avérée, elle entraîne la condamnation, le plus souvent symbolique, du médecin. En effet, en droit pénal, on punit moins le résultat que ce que l’auteur a réellement voulu ou pris le risque de faire.

Cette épée de Damoclès pèse sur la tête de tous les médecins et ils ne le savent que trop . C’est pourquoi, lorsqu’ils sont amenés à fonctionner comme expert, à moins d’un acte médical complètement inconsidéré, ils conservent toujours une sorte de distance, se gardant bien de vouer aux gémonies leurs collègues, dont le geste, peut-être pas le plus inspiré, a conduit à une issue fatale.

Cette prudence (ou faudrait-il plutôt parler de bienveillance à peine consciente ?) se retrouve dans l’expertise de notre dossier. Expertise inévitable, demandée par les 2 parties, et qui a mis des mois à atterrir sur nos bureaux respectifs, ce qui est déjà un signe de l’embarras de l’expert.

Celui-ci conclut en effet que le gynécologue a commis une erreur d’appréciation dans son incapacité à changer de stratégie face à l’accouchement par voie basse du second jumeau mais conclut que, finalement, aucun reproche ne peut lui être fait, parce que l’issue fatale n’aurait peut-être pas pu être évitée.

Cette contradiction de l’expert, qui s’écartent en plus de sa mission, en qualifiant juridiquement sa conclusion, a engendré discussions, contestations, et, finalement, un complément d’expertise demandé par le Procureur. Malheureusement, nous ne sommes toujours pas plus avancés, l’expert maintenant que, effectivement, de précieuses minutes ont été perdues, mais que cela ne démontre pas encore que le destin du second jumeau a été scellé dans cette perte de temps.

Le résultat est donc toujours aussi insatisfaisant, mais, au-delà de la frustration des parents (et de leur avocat), on ne peut s’empêcher de penser que l’expert gynécologue garde dans un coin de sa tête que ce genre de mésaventure pourrait tout à fait lui arriver un jour et que, même s’il perdait l’enfant, cela ne ferait pas de lui un individu méprisable qui devrait être soumis à l’opprobre.

Ce parti pris est assez absent dans l’esprit critique de bon nombre d’avocats, il faut bien le dire. Ils sont nombreux, toujours prompts à critiquer la manière dont le précédent confrère a traité l’affaire et vouloir se muer en justiciers, dans l’intérêt bien compris du client. Après toutes ces années de pratique, on voit même l’émergence d’avocats qui se spécialisent (volontairement) dans les actions en responsabilité contre leur confrère, à qui l’on reproche de n’avoir pas suffisamment obtenu. Faut-il voir les conséquences perverses de la concurrence féroce qui règne au sein du Barreau ? Peut-être ? Selon les statistiques, les jeunes médecins refusent du monde, les jeunes avocats qui viennent de s’installer espèrent une clientèle plus nombreuse et avec un meilleur porte-monnaie. Au-delà de l’aspect mercantile, il y a peut-être aussi justement cette absence de risques autres que financiers dans l’exercice de notre profession. Quand l’avocat se plante, rate un délai, perd un procès que d’autres voyaient gagné d’avance, il est fort heureusement rare que le client meurt. Par contre, les médecins, souvent soumis à des horaires démentiels, savent que, avec la meilleure volonté du monde, ils ne sont pas à l’abri d’une erreur qui, souvent, n’apparaît que plus tard.

Voici le genre de pensée qui taraude, en préparant l’audience d’instruction de demain, ou après 3 ans et demi d’atermoiements de l’expert, le Procureur va entendre à nouveau tous les protagonistes de cette affaire pour décider la direction que prendra cette procédure.

Les parents sont dans la salle d’attente. Demain matin, la mère devra répondre aux questions du tireur et revivre des instants douloureux où, comme elle l’explique, à partir d’un certain moment, elle s’est rendue compte que quelque chose n’allait pas…

Le 10…

… où l’on assiste à une démonstration éclatante du clivage entre les médecins et les juristes, dont on parlait la veille.

Nous voilà donc réunis dans la salle d’audience du Procureur pour entendre les différents acteurs de cet accouchement de jumeaux qui a mal tourné.

Tout le monde avance prudemment et le débat oscille entre des atermoiements coupables et une stratégie qui s’avérera en définitive désastreuse.

C’est alors que fait son entrée le médecin qui a assisté le prévenu lors de la césarienne, dont on sait aujourd’hui qu’elle a été pratiquée trop tard. Il n’y est strictement pour rien et, surtout, ne peut guère nous aider, puisque, ce qui est déterminant, est ce qui est arrivé avant la salle d’opérations, lors de l’accouchement.

Un détail frappe immédiatement. L’obstétricien est habillé de façon relativement banale, mis à part une paire de mocassins immaculés et impeccables qui tranchent avec sa mise un peu bohème.

D’emblée, il esquive toutes les questions du Procureur.

– À quelle situation avez-vous été confronté lors de votre arrivée à la salle d’opération ?
– J’habite à 3 minutes de l’hôpital. On m’appelle et j’arrive immédiatement…
– D’accord. Mais, quand vous arrivez dans la salle, qu’est-ce que l’on vous dit, que la situation est normale ou qu’il s’agit d’un accouchement problématique de jumeaux ?
– J’arrive, je m’habille et je vais dans la salle d’opération, je ne me rappelle plus de ce qui s’est dit.

Ce petit jeu dure environ 5 minutes, le médecin répétant invariablement qu’on l’appelle et qu’il arrive dans la salle d’opération point barre.

Prenant le relais du Procureur un peu décontenancé, on tente un ultime baroud d’honneur.

– Docteur, pour scrupule vous honore. Personne n’est dupe. Alors dites-nous. Quand vous arrivez dans la salle d’opération, vous n’allez pas nous faire croire que personne ne vous a dit quoi que ce soit et que personne ne vous a parlé et que vous êtes habillés et mis devant la table d’opération, en attendant le patient ?
– Je ne comprends pas votre question. On m’appelle. J’arrive. Je ne me rappelle pas les mots exacts qu’on m’a dits.

Impossible de lui tirer autre chose. En guise de tirade finale, il déclare que pour lui, absolument sans aucun doute, le médecin n’a pu commettre la moindre erreur.

On tente tout pour le tout. Si vous êtes sùr qu’il n’a pu commettre la moindre erreur, c’est que vous vous rappelez de ce qui se passait. Donc, de ce qu’on vous a dit à votre arrivée en salle d’opération. Soyons sérieux !

Rien n’y fait.

Vient alors la phase rituelle ou le procureur demande aux témoins s’il réclame une indemnité pour sa comparution.

Étonnamment, le témoin-médecin comprend et demande en quoi consiste exactement l’indemnité. Le procureur lui répond qu’elle est destinée à compenser les frais qu’il ne peut récupérer et la perte de gain.

– Qui la paye demande le médecin.
– L’Etat si le prévenu est acquitté. S’il est condamné, c’est lui qui paye.
– Alors je vais demander une indemnité, car je suis sûr qu’il sera acquitté.

Soupir du procureur, bon d’accord, combien demandez-vous ?

– 1000 Fr., c’est un minimum ! (Note : en principe, un témoin reçoit une vingtaine de francs pour ses frais de déplacement et guère plus pour sa perte salariale…)

Ah, ça non, je ne peux pas vous donner autant tout de même… Le Procureur griffonne une brève note est latent aux témoins : Tenez, présenter sa au guichet à l’accueil et vous recevrez 400 Fr., c’est le maximum que je peux faire pour vous.

Et ce brave témoin, considérant du haut de sa splendeur ces pauvres juristes qui n’ont rien d’autre à faire que d’embêter les gens comme lui, lorsqu’ils sont  dans l’exercice de leur profession sort, un petit sourire satisfait au coin des lèvres…

L’instruction continue. Bien malin qui peut dire aujourd’hui sur quoi elle va déboucher. Par contre, ce qui est sûr, c’est que les juristes, nombreux dans cette salle d’audience, sont animés de sentiments partagés, mesurant la distance qui sépare leur monde de celui des médecins. L’impression qui persiste est qu’il ne s’agit pas forcément d’un protectionnisme à outrance guidée par une petite voix interne qui dirait au médecin que ce qu’il pourrait être amené à reprocher à son collègue pourrait bien lui arriver un jour. Non, ce n’est pas ça. Ce médecin a clairement voulu faire comprendre que, en aucun cas, nous n’étions aptes à comprendre le monde dans lequel il vit et qu’il était donc inutile de répondre à nos questions.

C’est un point de vue, certes. Mais, cette forme d’arrogance compassée qu’on rencontre encore chez bon nombre de médecins a conduit à certains changements dans l’approche de leur relation avec le patient. Autrefois, le médecin, c’était Dieu. Dieu parlait et il n’était pas question de le déranger avec des interrogations hors de propos. Et bien, maintenant il est marqué dans la plupart des lois cantonales sur la santé que le patient a des droits, qu’il peut demander à son médecin traitant certaines informations et, surtout, que celui-ci est obligé de lui répondre, de lui indiquer par exemple la durée du traitement, son coût, la prise en charge par les assurances, les effets secondaires, etc. L’une des conséquences perverses (il y en a toujours) de cette morgue, s’est plutôt faite sentir, du mins pour l’instant, aux États-Unis avec les actions en responsabilité qui pleuve sur les hôpitaux. Et nos braves as du bistouri européen devrait être prudents. Le tsunami se rapproche. Ce sont les avocats qui vont être contents…

Le 11…

… où l’on se sent vraiment peu de choses, lorsqu’il suffit d’un simple oubli d’un Confrère, pourtant bien attentionné, pour disparaître de la liste de distribution d’une série de courriels et découvrir ainsi, une semaine plus tard, au moment où l’on s’étonne vertement de votre silence, que l’on a raté plein de choses et qu’il faut maintenant rattraper ce retard supplémentaire, dont on n’avait vraiment pas besoin pour être pleinement heureux.

Par ce que, faut pas rêver, le fait de n’être pour rien dans cet « oubli » n’est pas du toute une excuse pour ne pas faire tout de suite ce que l’on attend de vous depuis une semaine.

Yipikaï comme dirait John MacClane….

Le 12…

… où tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire (Phèdre, Racine)

Le (vendredi) 13…

… où, loin de toutes considérations sur le mauvais œil et autres superstitions oiseuses, on se demande de quoi sera fait la journée.

D’un courrier d’un Confrère mal embouché…

D’une annonce de mauvaise nouvelle à un client (la partie adverse a fait recours devant la Haute Cour)…

D’un pétage de plomb d’un autre client, suivi d’excuses, au téléphone…

D’une selle de chevreuil façon grand-mère, accompagnée d’un St-Joseph, à damner (justement) un saint…

D’une conférence téléphonique où tout le monde est en retard et il faut recommencer trois fois…

D’une horreur absolue en début de soirée, Paris attaqué, et on se dit que tout ce qui a précédé dans la journée est bien vain…

Le 16…

… où une assurance de protection juridique ne veut pas prendre en charge le cas de l’une de ses assurées, sérieusement blessée par un caddie qui a dévalé  le tapis roulant d’un centre commercial, rampe destinée justement à empêcher le caddie de rouler sur les autres usagers.

Il n’y a pas de preuves de défectuosité de l’installation.
– Nous n’avons pas besoin de preuves, l’accident est attesté par témoins. Ce genre d’installation fonctionne à 100 % ou doit être déclarée dangereuse. Si vous savez que vous courez le risque de vous faire écraser par le caddie de la personne qui se tient derrière vous sur le tapis roulant, vous faites quoi ?
– Là n’est pas la question !
– Ah oui, elle est où alors ?
– Bon, je vais voir avec notre service juridique.
– Mais, vous êtes une assurance de protection juridique. Vous avez donc besoin de vrais juristes pour vous conseiller ?

(Soupir)

Le 17…

… où s’il continue de faire un temps pareil et si la terrasse en dessous du bureau ne désemplit pas, il faudra acheter des anti-dépresseurs pour pouvoir continuer à se délabrer devant l’écran du PC.

Le 18…

… où l’on commence  la journée en apprenant avec beaucoup de tristesse qu’une légende du rugby s’en est allée, de manière soudaine.

Jonah Tali Lomu, le légendaire ex-ailier des All Blacks est décédé soudainement chez lui.

Si vous ne connaissiez pas ce géant aussi intraitable sur le terrain qu’affable en dehors, lisez les hommages que lui rendent Le Monde et Le Temps.

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RIP Jonah, mais les légendes ne meurent jamais…

Le 19…

… où l’on est confronté à quelques difficultés sémantiques.

Le gentil garçon qui a un tout petit peu tabassé un brave notable de notre bonne ville, considère que trois mois de détention préventive c’est assez et qu’il a bien envie de sortir. Merci de faire le nécessaire…

L’enquête est effectivement virtuellement terminée et, donc, si le Procureur veut le garder au frais, il doit invoquer un autre risque que la collusion, comme la dangerosité par exemple.

Dans notre affaire, le Proc’ a d’ores et déjà dit (et écrit) qu’il s’opposera à toute libération avant jugement, compte tenu du crescendo « inquiétant » des infractions du client; que, pour toute justification de son acte, l’intéressé s’est contenté de qualifié de « connerie » son geste, ce qui dénote un esprit particulièrement pervers à ses yeux…

Le passage en jugement, ce n’est pas pour demain, ni après-demain, compte tenu de la lenteur des tribunaux locaux. On ne peut donc pas le garder ad eternam en attendant un jugement dont on n’est pas sur qu’il ait lieu en 2016. Reste la dangerosité hypothétique du lascar. Vaste question…

C’est donc là que commence un exercice d’équilibrisme linguistique pour suggérer au Juge de la détention, sans toutefois pouvoir l’affirmer (on ne peut décemment pas le faire) que les 3 mois de préventive ont – sans doute, enfin on l’espère – mis du plomb dans cette tête de lard. Et que, pour lui, quand il parle de « connerie », il utilise l’un des rares mots qu’il comprend et maîtrise pour qualifier son acte. Parce que, lui, l’école il l’a faite à la mode buissonnière. La pauvreté du langage n’est pas (encore) un motif de détention. C’est là qu’intervient l’avocat. On lui reproche souvent de vouloir cacher la gravité des actes derrière de belles phrases. C’est mal comprendre son rôle, qui est justement de mettre des mots sur ce que la personne que l’on défend n’arrive pas elle-même à qualifier. Parce qu’elle a honte, parce qu’elle ne comprend pas ce qui lui a pris, parce qu’elle n’a pas tous les chapitres ni même la préface de l’encyclopédie, etc… Parfois, cet exercice est assez ardu. Et il ne s’agit pas d’essayer de travestir la réalité, mais de porter la vérité du client, pour que le Juge puisse faire son travail en connaissance de cause.

Pour revenir à nos moutons, reste la dangerosité. D’accord, mais le Proc’ n’a pas demandé d’expertise sur cette question. C’est ainsi que l’on se retrouve à jouer les funambules sur l’improbable frontière entre la réalité crue de l’accusation et le positivisme de la défense.

La Juge de la détention va donc devoir se livrer à une analyse de texte…

Le 20…

… où, ça y est, l’hiver est là.

La grisaille, la pluie, la neige, la bise… Ceci n’est pas un blog sur la météo, mais les aléas climatiques hivernaux, associés à la proximité de la fin de l’année, ont toujours une incidence sur l’humeur de certains clients et donc, par voie de conséquence, sur la santé nerveuse de l’avocat.

Ne cédons pas au désespoir, il y a là un petit Laddie Sixteen de Bruichladdich, à utiliser en marge de l’homéopathie.

Pourvu qu’on tienne jusqu’au printemps…

Le 21…

… où l’on discute délit de faciès.

Eh oui-da, nos braves pandores exécutent leurs taches avec rigueur et sérieux, mais sont parfois conditionnés par quelques a priori ethniques. Souvent, cela conduit à quelques erreurs, parfois quelques bavures, mais il existe aussi quelques sursauts de perspicacité.

Par exemple, ce 31 décembre où 2 braqueurs amateurs s’en sont allés à pieds cambrioler la Banque Raiffeisen du village presque voisin. Il y avait tout de même 5 bon kilomètres  et il faisait un froid de canard !

Banque dont le guichet était défendu par une vitre blindée. Manque de pot, la porte voisine de la vitre n’était pas fermée à clé.

Une fois que l’employé de banque a réussi à défaire ses liens, après que nos 2 lascars aient vidé le coffre, assez bien remplie, que fait-il ? Appelle-t-il la police ? Non ! Il appelle son patron et lui demande ce qu’il doit faire…

C’est donc ce dernier, après avoir remercié vertement son employé pour son sens de la hiérarchie, qui avise la maréchaussée, laquelle envoie automatiquement une patrouille toutes sirènes hurlantes en direction du village. Et c’est là que l’on peut lire dans le rapport :

« Avisé par la centrale d’un cambriolage en cours, nous nous dirigeâmes en vitesse d’intervention vers le village de X. Chemin faisant, nous constatâmes la présence sur le bord de la route de 2 individus louches (NDLR : traduction très légèrement basanés) qui marchaient. Nous décidâmes de faire demi-tour et de les contrôler (NDLR : donc pendant que le braquage pouvait se poursuivre un peu plus loin, puisque, à ce moment, il ne savait pas qui ils contrôlaient, mais bon, ils étaient louches).

C’est alors que nous découvrîmes dans leur sac à dos de nombreuses liasses de billets de banque. Nous comprîmes alors que nous avions mis la main sur les auteurs du hold-up. »

Voilà comment un léger délit de faciès a conduit à l’arrestation inopinée de nos 2 braqueurs.

Le 24…

… où l’on se demande ce qu’on va faire avec une cliente qui nous raconte craques sur craques, n’apporte jamais les pièces indispensables à la défense de son cas, nous a inventé 12 excuses différentes pour justifier qu’elle n’a pas encore payé la provision, mais elle versera sans faute un acompte demain, parce que, aujourd’hui, elle ne peut pas…

Question  : franchement mytho ? (64% d’avis favorables), totalement malhonnêtes ? (34%) ou vrai fléau (100%) ?

Et le pire, c’est que les avocats ont une règle : on ne peut pas résilier le mandat, donc envoyer paître le client, en temps inopportun (p. ex. : juste avant l’échéance d’un délai que l’on ne peut pas prolonger). Et c’est le cas…

Monde cruel….

Le 25…

… où le seul moment de répit de la journée fut un plat de moules au curry vert, accompagné d’un petit Bordeaux politiquement tout à fait correct, en compagnie de mon excellent camarade de jeu Me Pon, perdu de vue depuis trop longtemps…

Le 26…

…où, à la surprise générale, et surtout à son propre étonnement, on arrive à rétablir tout seul, comme un grand, tous les réglages de l’ancien smartphone, dans le nouveau, même le 2ème compte mail et les 2 calendriers dans Outlook !

Le 27…

… où l’on se retrouve, au détour d’un entretien à évoquer la fragile frontière entre le paradis et l’enfer et nos prédispositions pour chacune d’elle.

On se rappelle alors Baudelaire, dans Le Cœur mis à nu, où il analyse les tréfonds de l’âme humaine: « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. »

Tout un programme, mais au combien réel quand on pénètre dans les recoins de l’âme de certains clients, pour les comprendre et savoir comment les défendre. C’est là souvent que le public nous perd, assimilant cette introspection (nécessaire) à une forme d’adhésion au crime qui a été commis. Comme il se trompe. Nous faisons le travail nécessaire de la défense, parce que personne d’autre ne le fera. Et ce sera aux Juges de se faire leur religion (si l’on peut dire).

On devrait relire aussi Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, comme ce passage où la frontière que l’on voudrait si bien démarquée entre le bien et le mal, apparaît si ténue :  » L’âme et le corps, le corps et l’âme – quel mystère en eux ! Il y a de l’animalité dans l’âme, et le corps a ses moments de spiritualité. Les sens sont capables de raffiner, et l’intellect est capable de dégrader. Qui peut dire où s’arrête l^élan charnel, où commence l’élan psychique ?« .

Intéressant de voir que certains Juges ne sont pas enclins dans ce débat. Non pas parce qu’ils leur échappe. Au contraire, il les interpelle, mais pas par rapport à l’accusé. Se poser des questions sur ses motivations, c’est souvent s’en poser sur les siennes. Et encore faut-il en accepter les réponses…

Le 30…

… où, en parcourant la liste des contacts Outlook, à la recherche de ce brave Pierre, on constate que Pif le Clown précède d’une courte foulée Pompes funèbres.

Tout un symbole…

 

 

§ 3 réponses à Novembre…

  • Le Tigre dit :

    Vous avez raison de vous méfier des amalgames. Disons que je n’ai pas connu les bons dans ceux dont j’ai eu besoin, tout comme vous parfois ne connaissez pas les bons clients.

    Et j’espère être aussi habile que vous avec mon prochain smartphone, car le mien donne des signes inquiétants de faiblesse 🙂

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  • maitrefaire dit :

    … ou peut-être pas.
    Je connais plusieurs avocats genevois et je ne peux que constater que leur compétence n’a d’égale que leur conscience professionnelle. Je ne puis bien sûr assurer que tous les membres d’un barreau sont irréprochables, mais je me méfie des amalgames.

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  • Le Tigre dit :

    « on ne peut pas résilier le mandat, en temps inopportun » En ai pourtant connu deux qui m’ont fait le coup 15 jours avant un recours dans un dossier de 10 kg et vous assure qu’ils étaient payés rubis sur l’ongle, ce qui me mettait clairement sur la paille 🙂 Mais c’était à Genève, ceci explique peut-être cela.

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