Mai…

… où on entre dans la quatrième dimension pré-estivale des week-ends prolongés et dommages collatéraux sous forme de retard endémique…

Le 1er…

… où, pour se préparer psychologiquement à toutes ces semaines écourtées (et surtout pour éviter le sempiternel rassemblement d’ottomans désœuvrés venus scander des slogans syndicaux vaguement euphorisants arrosés de bière frelatée sous les fenêtres de l’Etude), on s’évade sur le Pont Charles en bénissant la chance d’avoir des collègues basés à l’étranger que l’on se doit de visiter de temps à autre, politesse oblige…

Le 4…

… où les échanges de vues avec les collègues tchèques ont laissé quelques traces et l’efficacité n’est pas au rendez-vous.

Le 5…

…. où tempus fugit

Le 6…

… où la cliente à qui on réclame depuis 3 mois les documents justifiant le bien-fondé de sa plainte pour abus confiance contre l’architecte  qui l’aurait grugé a annoncé sa venue. Jusqu’ici tout va bien…

Mais ça ne va pas durer. Elle téléphone à 9h moins 5 pour déplacer le rdv de 9h en fin de matinée. C’est trop tôt elle n’a pas le temps de venir maintenant, mais elle indique qu’elle aura peut-être du retard à 10h30 si elle ne trouve pas de place de parc…

Elle arrive finalement à 11h20…

Où sont les documents ?

Je vous ai fait un petit résumé par écrit…

3 pages où elle décrit tous les problèmes qu’elle a eu avec les autres corps de métier. Quant aux fameuses preuves des malversations de l’architecte : que pouic !

Mais vous savez Me, j’ai toutes les preuves à la maison !

Pourquoi diable ne les avez-vous pas prises avec ?

Je pensais que ce n’était pas nécessaire…

Soupir… et qu’est-ce que je vous demande depuis près de 3 mois ?

Ah, j’ai dû mal comprendre. Bon, je vous apporte ça ce week-end. Je les mets dans votre boîte à lettres ?

C’est préférable…

Et si c’est fermé ?

La porte de l’immeuble est toujours ouverte la journée…

Oui, mais si c’est fermé quand même ? Donnez-moi votre numéro de téléphone portable comme ça je vous appelle si j’ai un problème !

……

Il y a un problème Me ?

Oui je ne suis pas là ce week-end, mais la porte d’accès aux boîte à lettres sera ouverte, je vous assure.

Bon. Et pour le notaire on fait quoi ?

Quel notaire ?

Celui qui a versé une commission de CHF 50’000 à l’architecte à mon insu.

Et c’est maintenant que vous m’en parlez ?

 

Le 7…

… où l’on hésite à refuser une nouvelle affaire de prud’hommes, l’employé licencié ne disant manifestement pas toute la vérité et l’employeur tenant un bien sympathique restaurant où l’on apprécie une cuisine de première qualité. Monde cruel…

 

Le 8…

… où l’on tente d’expliquer à un client que son affaire est un cas d’école, car on a le choix entre plusieurs défendeurs et fondements juridiques à l’action et qu’il vaudrait mieux ne pas se planter.

Ah bon, on peut pas envoyer ça tous azimuts et voir ce qui revient ?

Si seulement….

 

Le 11…

… où la cliente qui devait déposer toutes les preuves dans la boîte à lettres durant le week-end ne l’a pas fait et débarque avec une enveloppe toute mince qu’elle laisse à la secrétaire.

L’enveloppe ne contient toujours pas les éléments promis, mais une note de la cliente qui dit qu’elle les a.

Téléphone à la Dame : Oû elles sont ces fameuses factures nondidj…..

Me, calmez-vous… Je devais vous apporter ces documents. Désolé, j’ai mal compris…

Où est-ce que j’ai foutu cette boîte de Lexotamil confisquée à un client ?

 

Le 12…

…où la cliente apporte à 11h45 3 classeurs de pièces et dit qu’elle va faire les copies avec ma secrétaire.

Bon, maintenant nous sommes deux avec des envies de meurtres…

Le 13…

… veille de week-end prolongé oblige, tout les clients qui ont ont oublié de reprendre contact avec leur merveilleux défenseur, sont soudain frappés de remords et décident d’un commun accord d’assiéger le standard téléphonique de l’Etude…

– Mais c’est urgent, j’vous dis, il faut que je lui parle !!!

Mais puisque je vous dis qu’il est occupé sur une autre lignes et il y a déjà 3 appels en attente !!!!

Le 14…

… où, Ascension oblige, on vise l’élévation morale de ses dossiers et, surtout le décollage à l’heure de l’Airbus, sauf si on a mal orthographié le nom sur la réservation !!! Ti’dju!

Petit message au client qui attend à l’autre bout de l’autre tarmac : Due to tropical rain on Zurich airport, the flight is delayed.

Bon, ce n’est pas l’excuse la plus crédible, mais comment ne pas l’inquiéter si on lui dit que son avocat n’est pas fichu de remplir correctement une carte d’embarquement !

Le 15…

… où, pendant que l’équipe suisse de hockey rame en quart de finale des championnats du monde, dans la même ville, un sympathique avocat se donne de l’importance en répondant par téléphone aux questions d’une journaliste soucieuse de démontrer la duplicité du Ministère public de la Confédération (MPC), tout en prenant son petit déj’ à 11h30 !

Forcément quand on se plante dans les réservations, on prend l’avion suivant et on arrive en retard à souper et la soirée se prolonge…

Et voilà comment quand il n’est même pas question de jet lag on se retrouve complètement décalé…

Le 16…

… où l’on relit avec effroi l’article que la journaliste a transmis pour approbation conformément à notre accord.

Certains  propos ont été totalement exagérés, d’autres mal compris ou interprétés dans un sens impropre !

Et voilà, comment pour la seconde journée, on prend son petit déj’ à 11h30, après avoir remis l’Église au milieu du village et de la mesure dans les propos de l’interview.

Le 17…

… où l’on reçoit d’abord par mails/SMS des messages d’amis et de Confrères réagissant plutôt positivement à l’article, alors que l’on ne l’a pas encore lu, le quotidien dominical romand où il est paru n’étant pas distribué à l’ombre de la Cathédrale St-Gui.

11h30, décidément !, un mail arrive avec la feuille.

Filet de sueur dans le dos, si les corrections du texte ont été respectées, les titres et surtout la légende de la photo vont au-delà de la pensée philosophique consistant à vilipender la tendance mono-maniaque de certains procureurs fédéraux à n’instruire systématiquement qu’à charge. Le MPC souffre de graves dysfonctionnements c’est un peu trop fort…

Comme le relève très bien l’un des SMS reçus : Voilà qui ne va pas améliorer tes relations avec le Parquet !

Milieu de l’après-midi, nouvelle vibration, mail du bâtonnier d’un canton de voisin qui salue l’article. Ouf, on se sent un peu mieux.

Le 18…

… où l’on décide finalement d’appeler le MPC demain, histoire qu’ils oublient mon nom…

Le 19…

… où, à la demande d’une cliente (à qui l’on ne peut rien refuser vu le CA qu’elle rapporte à l’Etude, eh oui, nous sommes vénal…), on s’en va jouer les Canadairs en province, dans une histoire compliquée de dégâts sur un immeuble en voulant assécher une nappe phréatique.

5 parties qui se crêpent le chignon et bibi au milieu, sauf que tout le monde vit cette histoire depuis 2 ans, alors que votre serviteur ne connaît du dossier que quelques pièces et sourit niaisement, parce qu’il ne sait pas quoi dire….

Le 20…

… où, ô miracle, dans 2 dossiers que nous appellerons Dupont et Dupond, pas une lettre d’un Juge ou d’un Confrère adverse au courrier du matin.

Miracle, parce que depuis 15 jours, quasiment tous les jours nous étions bombardés de requêtes, de commentaires assassins, de décisions hasardeuses, de déterminations agaçantes, etc…

Et là, rien !

Avec Me Clochette, nous décidons donc illico d’appeler cette trève inattendue : Journée mondiale sans Dupont et Dupond.

C’est con, mais ça fait du bien…

Le 21…

… où Me Clochette est toute retournée ce matin. Elle espérait une Journée mondiale bis.

Hélas, si l’avocat de Dupont reste aux abonnés absents, celui de Dupond s’est déchaîné.

Elle écrit alors au client pour le tranquilliser et lui dire qu’un appel serait quasiment dénudé de chance de succès !

Oups ! Lapsus,,,mais révélateur, si recours il y avait, notre lascar se retrouverait virtuellement à poil question finance…

Le 22…

… où l’on se demande comment fonctionne la Justice chez nos voisins germaniques…

Conférence téléphonique avec des collègues et néanmoins confrères de Francfort, à propos d’un client emprisonné en Ouzbékistan et dont quelques comptes abritant de la menue monnaie sont bloqués en terres helvètes.

Dans nos frontières, un simple soupçon d’une éventuelle possible fraude suffit à contraindre la banque dépositaire des fonds à faire une annonce à l’organisme de contrôle qui transmet au Ministère public de la Confédération (MPC) dans 90% des cas, lequel MPC prononce en règle générale le blocage des comptes jusqu’à ce que la situation soit éclaircie.

Et cela peut prendre des mois, voire des années…

Dans notre cas, le client est en prison dans son pays, donc pas besoin d’en dire plus. Le MPC ne s’est pas fait prier.

Le débat vient alors sur le terrain politique. L’Ouzbékistan n’a pas très bonne réputation sur la fiabilité de son système judiciaire (177ème sur 180 pays classés au ranking Amnesty International des mauvais élèves pour le respect des droits fondamentaux, on peut faire mieux sans trop se forcer…)

Pour les avocats de Germanie, cette simple constatation suffit à démontrer le caractère inique du procès et de l’emprisonnement du client, donc à demander au MPC de libérer tout ou partie des fonds. Un éminent politologue participant à la conférence me propose de me faire parvenir son étude spéciale sur la corruption dans cette idyllique  république bananière.

Est-ce qu’on y parle spécifiquement du client, avec des éléments tendant à démontrer qu’il est une victime du système ?

Réponse en traduction post-synchro  : Pas vraiment, mais il y a beaucoup d’autres exemples de personnes emprisonnées à tort. Comme il s’agit d’un des neveux de la femme du Président, son cas est presque confidentiel…

Difficile de leur faire comprendre que, confidentiel ou pas,sans démonstration ciblée sur le cas du client, nos braves Procureurs, prompts à admettre que la Bordurie est la négation des droits de l’Homme, joueront la montre tant qu’on ne leur mettra pas sous le nez la preuve que les fonds bloqués en Suisse ne peuvent être le produit d’un crime. Et cher maître, procédure inique ou pas, votre lascar moisi quand même en taule, c’est donc un indice pour le Parquet qu’un soupçon existe.

En Allemagne, il suffit de dire : les méchants, ce sont les autres pour que, Shazam !, la procédure de blocage s’évanouisse? Ou croit-on dur comme fer à l’étranger qu’au pays des coucous et du secret bancaire devenu maintenant secret de polichinelle, la Justice se contente de faux-semblants ?

Le 25…

… où comme d’hab’, la morosité météorologique du Lundi de Pentecôte favorise le rattrapage des dossiers en retard, la lecture de quelques blogs et l’écoute de découvertes comme Lapsley...

Le 26…

… où l’on entame une semaine de 4 jours, avec une énergie à peine altérée par la perspective d’avoir 2 repas dans la même journée, dans le même restaurant, mais, heureusement, pas avec les mêmes convives. Faut pas exagérer tout de même !

Le 27…

… où l’on se réveille l’estomac encore lourd de la veille, juste avant de s’envoyer le dossier plutôt indigeste d’une succession en pleine tourmente.

Le 28…

… où nous sommes 6 avocats en ligne pour discuter du sujet du jour à savoir : faut-il que l’un de nous se fasse porter pale dans quelques jours pour faire reporter une séance devant le Procureur fédéral qui nous a convoqué pour faire le point dans un dossier de blanchiment d’argent.

Explications : nous sommes plusieurs représentants de différentes personnes et sociétés concernées par la même procédure ; à qui le Procureur souhaitait nous présenter le résultat de son enquête préliminaire. Stratégiquement, nous préférions que le confrère qui s’occupe plus spécialement des sociétés rencontre en premier le magistrat, afin que nous puissions préparer au mieux pour une seconde entrevue concernant plus particulièrement le client et qui pourrait s’avérer déterminante pour la suite de l’affaire. L’affaire semblait dans le sac mais Le Parquet n’a pas été dupe de la manœuvre informe notre collègue en charge des sociétés que sa séance est repoussée au même jour que la nôtre. Donc, il veut jouer au plus fin.

C’est ainsi que nous nous retrouvons à discourir sur la question de savoir si nous voulons jouer la trignolette en invoquant un subit malaise justifiant aussi un report, manœuvre grossière certes, mais imparable, au risque de provoquer tout de même un clash, ces magistrats étant d’une susceptibilité exacerbée, c’est bien connu. Finalement, nous sommes tous d’accord pour nous plier au bon vouloir du Procureur, ce qui finalement arrange tout le monde.

Pourquoi ? Peur du Proc’. Que nenni. Comment croyez-vous que l’on aurait fait dans une conférence téléphonique pour désigner à la courte paille un volontaire pour tomber subitement malade!

Le 29…

… où l’on découvre les ramifications infinies d’un dossier de construction.

C’est un véritable jeu de l’oie.

On part des autorités communales, on passe par le propriétaire d’un terrain, puis son voisin, un détour par les promoteurs, on fait un crochet par l’architecte, un arrêt par un ingénieur, et on finit par s’arrêter chez le géologue.

Tout cela pour l’assèchement raté d’une nappe phréatique…

Étonnant non, comme dirait Desproges !

§ 2 réponses à Mai…

  • maitrefaire dit :

    Pourquoi ?

    Je pense l’ignorer moi-même. Peut-être ne suis-je pas aussi gentil que vous me faites l’honneur de penser.

    inutile de chercher plus loin, je me remets au Tigre !

    J'aime

  • jmemeledetout dit :

    Le journal d’un Tigre du 20 avril où un gentil avocat s’abonna sur sa page Twitter et se désista quelques secondes plus tard. Pourtant ce tigre lui n’apporte que des preuves sur son blog, en videos, photos sonnantes et trébuchantes pour ce qui est de nos petits vieux et personnes à mobilité réduite.

    POURQUOI

    J'aime

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