Octobre…

… où les mélodies nocturnes de Leonard Cohen et Marianne Faithfull tempèrent le blues matinal et supportent les cogitations nocturnes.

PS : fond sonore remplacé par Octobre de l’ami Francis, dès le 20, plus de circonstance et toujours aussi sublime

Le 1er…

… où je découvre une particularité de la procédure anglo-saxonne. De l’autre côté du Channel attendre le dernier jour du délai imparti pour déposer une écriture et demander une prolongation de 30 jours supplémentaires, en invoquant le manque de temps ou un dossier encore incomplet, est considéré comme un manque de politesse à l’égard du magistrat. Dans notre landerneau, c’est une pratique tellement courante que l’on n’y prend plus garde. Il n’y a que les clients pour râler, souvent à juste titre, que leurs avocats traînent les pieds.

Le 2…

… où je rencontre une cliente qui souhaite divorcer de l’homme avec qui elle vit encore. L’histoire est tristement banale, mais la cliente remarquablement organisée, comme va le montrer l’épilogue de notre entretien.
– Alors, chère Madame, comment envisagez-vous maintenant d’annoncer votre décision à votre époux ?
-Ah, Me., vous n’allez rien faire pour l’instant, parce que je ne vais rien lui dire pour le moment.
– Pardon ?
– Vous ne comprenez pas. Lui et moins, nous jouons dans la pièce de théâtre que la troupe du village monte pour les fêtes. Nous sommes en pleine répétition et je ne veux pas tous ficher par terre. Et puis ça me donnera le temps de trouver un nouvel appartement pour moi et les enfants.
– Madame, décidément, vous pensez à tout…

Le 3…

… où il est démontré que les histoires à 3 sont également compliquées dans le monde juridique. X (mon client) propose à Y et Z qu’ils règlent l’histoire dans laquelle il a été embarqué et dans la procédure civile s’éternise au tribunal. X est d’accord de payer un montant forfaitaire pour n’avoir plus à entendre parler de cette histoire. Y et Z ont chacun un avocat. Y ne veut pas que je parle à son avocat, pour économiser des frais, mais il est d’accord de signer sans condition la convention proposée. Z dit à X qu’il est d’accord de signer, mais son avocat m’écrit pour me dire qu’il ne peut pas, à cause de Y.
Aux dernières nouvelles, les 3 compères se sont vus sans mandataire. X me dit que tout va bien, Y me demande qu’est-ce qu’il se passe et Z ne dit plus rien du tout, comme son avocat…
Quelqu’un a-t-il de l’aspirine ?

Le 6…

… ou certains pensent qu’il suffit de m’envoyer 3 des comptes bancaires, une quittance rédigée à la main avec une écriture cunéiforme qui aurait fait le bonheur de n’importe quelle archéologue, pour que je ponde une mise en demeure de 4 pages avec menace de plainte pénale et tout ce qui va avec.
Peut-être que quelques explications ne seraient pas superflues…

Le 7…

… où je découvre les effets pervers d’une rage de dents chez une secrétaire !

Le 8…

… où je constate qu’un représentant de l’Église, une archiviste, une chargée de communication et un économe, même à l’esprit facétieux, arrivent à communiquer avec un avocat fatigué et dopé à la caféine.
Ils méritent une médaille…

Le 9…

… où la permanence se termine sans que téléphone n’ait sonné.
Moi, vu le manque de sommeil de ces dernières nuits, ça va. Par contre, les collab’ sont déçus.

Le 10…

… où, à la lecture de la décision que je trouve dans mon courrier du matin, je me dis que le Juge a vraiment ma cliente dans le nez. Certes, elle est un petit peu agaçante, et je suis poli. Mais, de là à donner à l’autre partie plus que ce qu’elle ne réclame, je vous trouve un poil mesquin, Monsieur le Président.
Bon, va falloir lui annoncer la bonne nouvelle maintenant (soupir)…

Le 13…

… où le client ne veut pas que j’envoie aujourd’hui le courrier que j’aurais dû faire partir vendredi, pour que son destinataire ne le reçoive pas demain…
C’est vous qui voyez…

Le 14…

… où les conférences téléphoniques s’enchaînent, mais je me demande si je parle la même langue que ma cliente. Un tableau Excel récapitulant vos charges est certes intéressant, mais si je n’ai pas les pièces justificatives, cela ne me donne aucun support pour l’argumentation du recours…

Ok, je vous envoie ça !

Parfait… 2 heures plus tard, bing dans la boîte mail ! Un nouveau tableau Excel, de nouvelles charges… et pas de pièces, mais ce message

Voilà, c’est bien ce que vous m’avez demandé ?

On n’est pas sorti de l’auberge, le recours doit être déposé lundi, c’est pas gagné….

Le 15…

… où la même cliente m’annonce un « oubli » et m’envoie un fichier pdf de 52 pages contenant des scans de différentes factures, toutes gribouillées, pardon annotées de signes cabalistiques.

Appel désespéré de bibi à la fiduciaire de la cliente : Keskecè ke ce fichier ?

Je n’en sais rien, j’ai reçu le même sans explication et je n’y ai rien compris.

Moralité : la valse des mails continues…

Le 16…

… où le gars à qui on réclame CHF 10’000.- pour des travaux impayés sur sa maison, me répond qu’il vivait à l’époque avec ma cliente, directrice de l’entreprise de constructions, qui l’a quittée et que, pour cette raison, il ne lui doit plus rien, parce que sinon il lui réclamera une indemnité pour les mois durant lesquels ils ont vécu ensemble dans sa maison !

Grande classe le gars et surtout merci pour la reconnaissance des travaux et de leur montant, car je n’avais aucune pièce justificative dans les mains !

Le 17…

… où l’on découvre que, si vous disposez d’une source ou d’un droit d’eau sur une source et que vous avez des locataires dans votre immeuble, l’eau doit avoir une qualité irréprochable, notamment une faible teneur en nitrate. Par contre, si vous vivez dans votre maison sans locataire, vous êtes libres de boire l’eau de la source qu’elle que soit sa teneur en différentes substances plus ou moins déconseillées à long terme pour la santé.

Choquant ? Non… on nous vend bien du Coca light ou zero et autres produits bourrés d’aspartam, substance qui, comme chaque médecin vous le dira, figure sur la liste des poisons.

Bon c’est décidé, je ne bois plus que du whisky…

Le 20…

… où ça commence par :

Me, il se contrarie !!!

Non chère Madame, il se contredit, mais je vous l’accorde, c’est contrariant…

Puis, arrive l’alerte rouge, Defcon 5, soit la finalisation du fameux recours évoqué les 14 et 15, après quoi n’importe quel film catastrophe semblera à peine trépidant. La cliente est en forme, complètement hystérique au téléphone, le gars de la fiduciaire au bord du suicide et, à 18h12 (soit très exactement à 18 minutes de la fermeture du guichet postal situé à 5 minutes chrono du bureau à condition d’adopter la foulée d’un Usain Bolt en grande forme) ma collab’ chargée de boulonner les derniers arguments pète une durite ! Mais, de toute façon, j’y comprend rien à ces documents, les chiffres ne sont pas les mêmes que sur les documents déposés au fisc…

Pouf, pouf, restons calme, inspirez, expirez…

Recours déposé à 18h29’32 »48 »’…

Done !

 

Le 21…

… où l’on apprend qu’Oscar Pistorius est finalement condamné à 5 ans de réclusion et on se dit que le Roi Salomon doit avoir de lointains cousins en Afrique du Sud…

Le 22…

… où on peut lire dans la presse francophone qu’un médecin est actuellement en jugement sur la Côte d’Azur pour avoir fait croire à des patientes qu’il pourrait soigner leurs sciatiques avec des cunnilingus ! Y a pas à dire, grâce à l’imagination fertile des clients, fussent-ils médecins, les avocats ne sont pas prêts de s’ennuyer !

À moins que ce ne soit l’air méditerranéen …

… où le soir en regardant Vaugand à la télé on peut entendre ce dialogue merveilleux entre Me Vaugand, ersatz de Dupont-Moretti et Vergès, et son collaborateur Finkel, dans les couloirs du Palais de Justice :

Finkel : Mais vous vous rendez compte que vous n’avez aucune preuve de ce que vous avancez ?!?

Vaugand : Je sais…

Finkel : Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Vaugand : Ben, on plaide !

Le 23…

… où en cherchant un mot de substitution à « pollution » pour faire politiquement correct dans une affaire où une source a été souillée par des nitrates, ma chère « stagiaire-étudiante » (venue pour un temps découvrir les splendeurs et misères des avocats) me propose « contamination » (bof), « inoculation » (joli, mais un brin trop tendance virus), « pénétration » (non, là je vois déjà le Confrère adverse se marrer) ou « imprégnation » (voilààààààààààà, ça le fait…)

Le 24…

… où l’on constate qu’il est utile de bien lire jusqu’au bout les décisions de Justice, même si elles ont l’ait toutes pourries a priori. Parfois, il y a de la lumière dans la toute dernière phrase du tout dernier considérant et, du coup, l’affaire peut être sortie de l’ornière.

Mais bon, quand même les Juges, jouer comme ça avec nos nerfs, ce n’est pas très fair play…

Le 27…

… où, lundi matin, on fait le point sur les dossiers en cours :

– (Me Lonesome Rider) Bon, j’ai cette histoire de factures en souffrance entre l’entreprise de construction de notre cliente et les immeubles de son ex-amant, ce truc, ou semblerait-il, ils se sont un peu échangés les partenaires avec leurs conjoints officiels et maintenant c’est la guerre ; il faut que je règle aussi cette procédure de divorce ou Madame a fait son coming out après avoir fait 3 enfants avec son mari et elle est maintenant défendue par une avocate du même bord ; et puis il y a aussi cette affaire où je défends ce jeune con de 14 ans qui fait des vidéos pornos avec ses petits camarades et les parents crient maintenant au complot anti-sioniste, pfff…

– (Me Faire, as himself) Dis donc, on ne s’ennuie pas question gaudriole dans tes dossiers.

– M’en parle ps, à côté de droit pénal, droit des affaires, droit matrimonial, est-ce qu’il y a une spécialisation « Déviances sexuelles » dans le Barreau ? Si c’est le cas, je crois que je vais m’inscrire, je dois avoir des prédispositions, c’est pas possible autrement…

Le 28…

… où l’on découvre, lors d’un repas associatif qu’un Confrère explique l’une de tes affaires à une convive, alors qu’il n’y est pas impliqué et qu’il ne la connaît pas, mais donne force détails et appréciations, toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Tout à coup, il se sent observé et lâche : « Ah Confrère, justement, vous êtes là, où en êtes-vous avec ce dossier ?« …

Le 29…

… où la cliente à qui l’ordonnance fixant le montant de l’avance de frais à effectuer pour que le Tribunal cantonal entre en matière sur son recours a été transmise, avec un BV pour effectuer le paiement jusqu’au 6 novembre, appelle :

– Me, qu’est-ce que je dois faire ?

– Ce qui est marqué sur le courrier que je vous ai écris et sur l’ordonnance qui l’accompagne : verser CHF 1’500.-, avant le 6 novembre, sur le compte indiqué sur le BV, sinon le TC n’entrera pas en matière sur votre recours.

– Ah, alors je dois verser CHF 1’500.- ?

– Oui.

– Avec le BV ?

– Oui.

– Avant le 6 novembre ?

– Oui.

– Merci pour vos précisions.

– De rien…

Le 30…

… où en réponse à une demande de 17 pages, accompagné d’un bordereau d’une dizaine de pièces, dans une affaire de bail, c’est un mémoire de 56 pages, complété par un classeur complet de pièces justificatives qui revient !

Soit le Confrère adverse s’ennuyait à mourir depuis un mois, soit le client nous a caché un ou deux trucs…

Le 31…

… où le client débarque de manière impromptue, ce vendredi à 15h40 (premier signe de danger !)

– On me dit que l’on vous a volé un téléphone portable ?

Pas tout à fait, présentement… (oui, je sais, c’est cliché, mais sans connotation négative, juste pour se mettre dans l’ambiance, avec l’accent des colonies, et signaler le second signe de danger pour un avocat un vendredi après-midi)

– Alors expliquez-moi…

– En fait, peut-être que l’on m’a volé ce téléphone, qui ne marchait peut-être plus, mais je ne suis pas sur. Et la Police m’a interrogé, parce qu’elle a peut-être trouvé le téléphone dans un studio, où il y a peut-être eu un cambriolage, mais je ne sais pas. C’était une Brésilienne qui logeait là, mais elle a peut-être déménagé… Enfin, je ne sais pas. Ils ne m’ont rien dit d’autre, pas donné de papiers, et on m’a dit qu’on allait peut-être me convoquer. Qu’est-ce que je dois faire ?

– Attendre lundi, peut-être….

 

 

 

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