Novembre…

… où tout me nuit et m’ennuie et conspire à me nuire. Ah non zut, ça c’est Phèdre. Racine, Novembre, tout ça ne mène nulle part… Bon, il ne reste plus qu’à se rabattre sur les Guns & Roses et November rain en attendant décembre..

Le 1er…

… où je pense à mon père, et cette impression folle que ces dernières paroles n’étaient pas les dernières (Michel sort de ce corps !¨) et aussi à quelques clients que j’aimais bien et qui ont laissé leurs illusions sous un carré de fleurs (Michel, sort de là, j’ai dit !¨).

Le 2…

… où je profite des derniers rayons de soleil sur ma terrasse, avant le brouillard, pour peaufiner un dossier où il est question d’acuponcture, avec le Confrère Paolo Conte en fond sonore pour l’inspiration et un Bruichladdich Laddie Sixteen pour le goût et les impressions automnales…

Le 3…

… où le client qui veut récupérer ses billes pour les travaux qu’il a (vraiment) effectué sur une maison et qui ne lui ont pas été intégralement payés par le sacripant de proprio s’empêtre dans le détail de ses factures et m’explique avoir été payé en partie au noir (fraude fiscale, si si mon brave) et avoir aussi fait une fausse facture pour l’assurance (et hop ! escroquerie, passez muscade). Le sacripant est certes partie prenante dans les deux infractions, mais il est surtout c… et les c…, ça osent tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait, dixit Audiard .

Bref, on marche sur des œufs, avec des souliers de skis…

Le 4…

… où, pour un premier jour de vrai grisaille automnale, le courrier est à l’image de la météo : morose…

Le 5…

… où je découvre qu’un juge a consacré 12 pages dans une décision, pour fixer l’indemnité à laquelle mon client avait droit pour ses frais de défense, puisqu’il a été acquitté, pour me sucrer finalement 133 minutes  sur les 71h36 (!) de facturées dans un dossier dont il admet lui-même qu’il était plutôt complexe. Y pas à dire la magistrature s’attelle aux vrais problèmes juridiques auxquels elle est confrontée et le justiciable peut se sentir rassuré : le principal souci du Juge est de bien surveiller l’avocat. Des fois qu’il gagnerait plus de sesterces que lui….

PS : juste pour rire, la Justice de mon landernau facture la photocopie 1.- l’unité (si si, c’est dans une loi !). Les avocats, 0.50. Le Juge en question consacre 10 lignes pour dire que mes photocopies devraient être facturée au tarif (inapplicable ici, s’il savait lire la jurisprudence) de 0.40. Mais comme il y en a eu tellement dans ce dossier, il renonce à faire le décompte, parce que finalement, il coûterait plus cher que l’économie que l’État réaliserait grâce à lui… Beati pauperes spiritu…

Le 6…

… où le train apparaît comme une alternative relaxante au bureau, surtout pour lire une expertise médicale longue comme un jour sans pain…

Le 7…

… où une conférence sur le thème « Il y a 25 ans, la chute du Mur de Berlin » permet de rencontrer quelques figures emblématiques de cette année 89 qui a changé le monde, dont un Prix Nobel de la Paix.

… et de se rendre compte que, malgré les années, Lech Walesa n’a rien perdu de cette fougue qui lui a permis de renverser une montagne dans les années 70.

Morceaux choisis : Quand j’ai pu parler aux membres du gouvernement et que je leur ai dit que le communisme en Pologne c’était bientôt fini, ils se sont marrés et m’ont répondu qu’il y aurait des arbres centenaires sur nos tombes avant que quoique ce soit ne change….

Au début, nous n’étions pas beaucoup. Quelques centaines, tout au plus plus. Mais nous avions un Pape à Rome. Et il nous a soutenu. Et là, nous sommes tout à coup devenus des millions…

Le 10…

… où il se passe beaucoup de choses.
Moment de solitude où l’on constate que, alors qu’il a fallu déposer fissa un appel contre une décision de mesures provisionnelles en 10 jours (délai légal pour ce type de recours), le greffier du Tribunal cantonal a pris 2 semaines pour communiquer l’acte à la partie adverse et lui donner 10 jours (aussi) pour répondre. Jusque là tout va bien. Ce qu’il faut savoir, c’est que les règles de la profession d’avocat nous obligent à communiquer un exemplaire de toute écriture adressée à une autorité judiciaire à l’avocat de la partie adverse. Donc, mon brave confrère a depuis 15 jours mon recours sur son bureau et 10 jours de bonus pour répondre. C’est sans doute cela que l’on appelle l’égalité des parties en procédure…
Moment comique où une collab’ revient du Tribunal des mineurs. Quand on lui demande comment s’était, elle répond : « J’avais l’impression d’être un Labrador qui regardait un Jack Russell (la Juge) agresser un lévrier (l’avocate du plaignant) et vice versa ».
Moment de tristesse où, au travers de ma lecture de rattrapage de la Feuille d’avis locale, je constate le décès de l’un de mes jeunes clients, apparemment au printemps, et donc une pensée pour son père, un brave vieil homme, plein d’humour et doté d’un regard à la fois amusé et perspicace sur le monde qui nous entoure. Voilà qui va bien avec le temps maussade de cette journée de novembre…

Le 11…

… où il est à déplorer qu’il n’est pas possible de cramer instantanément à l’autre bout du fil le client qui ne fait que râler qu’il est un pauvre incompris et qui se met à râler deux fois plus fort quand on lui rappelle les factures d’honoraires en retard, pour finir par carrément hurler quand on refuse de recevoir sur le compte de l’Étude une somme d’argent provenant d’une personne dont on ne peux communiquer l’identité pour des raisons évidentes (lesquelles ? pas de réponse, sauf des cris) et qui va peut-être avancer les fonds nécessaires au règlement du dossier (« Mais pas aider à payer les autres factures ? »… » Non, cette personne m’aide à bien plaire ! »… » Ah bon… »). Alors, quand les sous ?, mystère, mais c’est pas grave, il faut proposer cet argent….

Zen….

Le 12…

… où l’on constate une fois de plus que les clichés entre romands et alémaniques ne sont pas prêts de disparaître. Meeting au Paul Klee Zentrum de la capitale (magnifique au demeurant) entre les mandataires « externes » d’une assurance. Avocats, experts, médecins-conseils. 95% d’alémaniques, toutes les conférences en Bärner dutsch ! début de la collation 18h00. Buffet XXL…

19h15, quelques alémaniques épars sont encore là. Le 5% de romands est toujours au complet autour d’une table et se dit que l’on va peut-être s’intéresser au dessert, à condition que l’on amène une nouvelle bouteille. Qu’il faudra aller chercher dans la cuisine, vu que le gatering est déjà en train de ranger la salle. Heureusement, une Valaisanne travaille dans le staff du Centre. Pas de problème, je vous amène ça tout de suite ! Et faites-moi signe si vous en voulez une autre, je suis là encore un moment.

Pourvu que la frontière linguistique tienne bon…

Le 13…

… où ils sont assis côte-à-côte dans la salle de conférence, père et fils, à s’engueuler tout en tentant d’expliquer pourquoi on leur réclame CHF 725’000.- de commission pour un projet qui n’a jamais vu le jour. Ils sont d’accord sur l’échec, mais ont chacun une explication aussi personnelle que confuse s’agissant des raisons.

Qui a fait quoi, quand, comment, pourquoi, impossible d’obtenir une réponse cohérente et une vague chronologie. Et en prime, ils ont même reçu des menaces de mort de leurs partenaires.

Bon, comme ça tout va bien…

Le 14…

… où la conversation phare de la journée se tient à midi, autour d’un filet de selle de chevreuil, parfaitement accompagné d’un Faugères du Languedoc.

Et, en prime, le soleil est de la partie pour le retour à la mine…

Le 17…

… où petit dossier deviendra grand, pourvu que le précédent Confrère lui prête vie, en l’apportant au bureau dans une valise à roulettes pleine à craquer, un sourire sardonique sur les lèvres. Trop content de s’en débarrasser…

Bon, yapuka lire. Par quel classeur commencer ? Le vert, le gris, le noir ou le rouge ? Tiens, cette liasse de documents dans la fourre plastique a l’air tentante. Allez hop, je commence par là ! Zut, que des plans, des projets de convention et des notes diverses… Pffff….

Le 18…

… où l’on combat les premiers pétages de câbles de fin d’année de clients à l’aide des @BukowskiQuotez sur Twitter. Pas toujours réjouissants, mais tellement décalés…

Le 19…

… où quand on pense que le client nous a transmis l’essentiel des pièces du dossier en sa possession- et ça fait déjà un sacré paquet – on va au Tribunal chercher le dossier judiciaire, surtout pour avoir l’expertise qui manque, on revient avec une valise et… résultat des courses… 732 photocopies supplémentaires, le chiffre du jour ! Ô joie et bonheur dans les chaumières.

PS : bon, c’est pas tout, ça… maintenant, faut lire !

Le 20…

… où le voisin, Me PiDjii, nous fait bien rire avec son histoire d’audience renvoyée, parce que l’un des Juges qui devait statuer  sur le sort d’une fille de mauvaise vie s’est rendu compte qu’il connaissait « bibliquement » la donzelle brésilienne…

Le 21…

… où l’on a la confirmation que l’avocat doit être « multi tasks » pour défendre ses clients. Droit, psychologie, informatique, mathématique, ok. Mais aussi, quelques compétences en graphologie et linguistiques, quand des billets rédigé au crayon mal aiguisé sur un morceau de papier déchiré atterrissent dans la boîte à lettres :

« Je présente, pour des raisons que je me sépare de mon mari est arrêté, il m’a confirmon que ma sécurité et mon fils tava payés pour faire cette séparation est devenu concient a chen contrat de dette ponpon le montant est divisé en versements facites à travers mes chanées que je peux payer les peopl possibles a 200 F accord de mois, je remercie votre atencoa »

On croit détecter quelques bribes de babylonien ancien, à moins que ça soit du fuégien… ça doit se trouver sur Reverso non ?

Le 24…

… où la cliente résilie le mandat parce que, écrit-elle, elle s’est offusquée des propos négatifs à son égard. Effectivement, ces mots d’une violence inouïe ont franchi mes lèvres : Madame, vous m’avez mandaté pour faire recours contre le blocage de vos immeubles. Malgré mes  (nombreuses) demandes, je n’ai jamais reçues que des documents décousus de votre fiduciaire, des informations contradictoires (ou confuses, cela dépend des jours) de votre part, et quand je vous dis que nos chances de succès sont minces, vous me criez dessus que je ne sais pas faire mon travail. Je n’accepte pas vos reproches.

Elle poursuit donc en déclarant qu’elle a la nette impression que je n’ai pas vraiment envie de la défendre et trouve aussi que mes honoraires ne sont pas justifiés (nous y voilà, maintenant que le recours est déposé !)

Le 25…

… où l’on découvre l’existence du mauvais karma informatique dans une journée.

Cela commence vers 8h15, quand le dossier contenant les fichiers des dossiers ouverts disparaît des écrans (radars, comme un vulgaire Airbus), et est retrouvé (sans boîte noire !) dans un obscur recoin du serveur, en version cryptée. Donc, il faut la journée pour récupérer les données.

Cela continue vers midi, où l’on fait suivre des mails avec fichiers attachés à la collab’, pour constater 3 heures plus tard que les mails sont arrivés, mais pas les fichiers….

Cela se poursuit à l’heure du thé, avec le programme de gestion du cabinet qui se met en rade, en envoyant un message subliminal, du genre « Erreur 3729, merci d’excuser ce désagrément »…

Et maintenant ? Au tour du serveur de crasher ?

Le 26…

… où l’on peut être désigné défenseur d’office d’un triste individu, violent, incontrôlable, malhonnête, teigneux, etc… et se rendre compte que son associé est déjà l’avocat de sa victime d’épouse. Dommaaaaageeeuuuuuuuuu

– Désolé, Madame le Procureur, mais là, ce sera sans moi, conflit d’intérêts !

– Bon, remarquez, vous ne perdez rien, car, celui-ci, il est vraiment gratiné. Va falloir que je trouve une autre victime. Je rigole bien sûr….

Mais moi aussi.

Le 27…

… où l’on découvre que quelques huitres et un filet de bœuf mariné sont un excellent remède contre une certaine forme d’exaspération contre l’étroitesse de vue de certaines personnes qui s’ingénient à nous compliquer l’existence. Et avec un excellent Gigondas, le traitement est radical…

Le 28…

… où une affaire de prud’hommes démarrée il y a 18 mois se conclut par un jugement comme on les aime.

La cliente, licenciée avec effet immédiat réclamait trois salaires, soit 12’000.- à un ex-employeur plutôt hautain. Il proposait 3’500.- avec la menace d’aller trouver le meilleur avocat de la ville pour nous faire regretter d’avoir oser le défier. On lui a répondu : 9’000.- et on arrête là. Réponse : allez au diable.

Ouverture d’action donc, des conclusions à hauteur de 12’000.- pour les salaires, et 2 salaires supplémentaires à titre d’indemnité pour licenciement abusif. Total 20’000.

En face le meilleur avocat de la ville, se révèle (n’)être (que) la collaboratrice d’un Confrère effectivement connu. Elle se révèlera hargneuse et plutôt mal inspirée en diffamant la cliente, en inventant une histoire abracadabrante et demandant 6’000.- à son tour, à titre de dédommagement pour des broutilles.

Résultat des courses, après une séance houleuse au Tribunal, les prétentions farfelues de la partie adverse balayées, 12’000.- pour les arriérés de salaire, un seul salaire à titre de dédommagement, parce que la cliente n’a travaillé que 5 mois au service de son sympathique ex-boss, et, cerise sur le gâteau, l’intégralité des frais à sa charge, soit 9’000, parce qu’ils ont poussé le bouchon un peu loin, quand même…

En résumé, si on compte bien, au lieu d’un score de 9:0 en match amical, 25:0 en championnat. La cliente passera un bon WE…

 

 

 

 

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