Juin…

… où les cataclysmes seront légions, enfin surtout un, mais il vaut bien un tsunami à lui seul; ça tombe bien, on risquait de s’ennuyer !

 

Le 1er…

… dimanche, où je lis le journal du… dimanche, je lis un dossier, puis un autre, bref, je lis, je lis… et dimanche dans tout ça ?

Le 2…

… où j’attends le facteur, qui doit m’apporter un jugement attendu depuis plusieurs mois et annoncé par le Tribunal pour ce matin. Rien…

Le 3…

… où j’intercepte le facteur. Il a un colis pour moi. Et oui, ce fameux jugement est livré dans un carton. 591 pages… Un record suisse je pense, à moins que le procès Swissair n’ait fait mieux. le Tribunal a eu 11 mois pour l’écrire. 30 jours pour recourir seulement…

… où je copie et je scanne ce Nouvel Évangile, les autres avocats attendent leur exemplaire, les colis postaux ne leur sont délivrés qu’en milieu de journée. Il est 9h00…

Le 4…

… où je cours d’une séance à l’autre, avec un seul objectif en tête, lire ce fichu bout de papier de près de 600 pages. Il reste 30 jours.

Le 5…

… où j’essaie de m’isoler dans ma bulle et le téléphone n’arrête pas de sonner. En France voisine, les barreaux sont en colère contre les coupes dans les budgets de l’aide juridictionnelle. A quand une manif des avocats en Helvétie ? Meuh non cher Confrère, que faites-vous de la dignité de la robe ?

… où il reste 29 jours.

Le 6…

… où le  monde commémore le D Day, moi je me suis enfermé pour continuer ma lecture. Étrangement, les autres avocats concernés sont muets, pas de téléphone, pas de mails. Ils doivent être au taquet, normal.

… où je tweete pour me changer les idées.

… où il reste 28 jours.

Le 7…

… où nous sommes samedi. Et un WE de canicule et de Pentecôte s’annonce… Voilà qui tombe bien, vu ce qui m’attend, plus que 27 jours et, aujourd’hui, juste ce matin pour avancer. J’ai fini la 1ère lecture, maintenant, il faut réfléchir, un peu…

Le 8…

… où il fait très chaud dès le matin. Il n’y a pas une semaine, il faisait à peine 10° le matin… Vive le climat aléatoire du centre de l’Europe. Je m’habille à peu près décemment pour une video conférence. Bien joué, mon interlocuteur a sa caméra en panne et ne me voit pas…

… où je rappelle à mon interlocuteur Skype et néanmoins client, qui ne me voit pas, mais que j’ai en point de mire avec son aquarium géant en fond d’écran (animé) qu’il ne reste que 26 jours et qu’il va falloir être efficace…

Le 9…

… où Lundi de Pentecôte rime avec analyse des pages 243 à 398, par 33° à l’ombre…

S’il fait aussi chaud les 25 prochains jours, je vais travailler dans un frigo.

Le 10…

… où je reçois une lettre d’un client, persuadé d’être victime d’un complot de l’ordre judiciaire local, épaulé par les clubs services de la Ville, dont son effectivement membre bon nombre de magistrats. Comment donner confiance aux justiciables ?

Je prends tout de même de lui adresser une longue lettre pour remettre l’Eglise au milieu du Village, en pensant aux 24 jours restants.

Le 11…

… où je poursuis ma lecture, la tête dans le guidon, encore 23 jours…

Le 12…

… où je poursuis mon effort, plus que 22 jours et j’ai l’impression de faire du sur-place. Et le Mundial qui commence…

Le 13…

… un vendredi en plus…

… où je me retrouve en province lacustre, avec un Confrère pompeux, gominé et donneur de leçons. En jeu, une histoire de bail agricole où je représente 2 bailleurs sur 3 (c’est une hoirie) contre le locataire qui n’exploite pas le domaine, l’a sous-loué à son ex-épouse qui ne l’exploite pas plus et qui a sous-sous-loué à un 3ème fermier … Un vrai sac de nœuds !

Le principal problème est que tout ce petit monde se déteste cordialement et ne se prive d’en faire état devant une pauvre Présidente complètement dépassée devant la tournure des événements. Ma cliente (80 ans) et sa fille ne parlent plus au 3ème membre de l’hoirie, la seconde fille. Elle est pourtant là avec son mari, qui manque d’en venir aux mains avec son beau-frère ! De l’autre côté de la barre, le pseudo-locataire principal sème la zizanie en produisant des photos, histoire de prouver qu’il exploite quand même un peu la terre en faisant pousser des jolies fleurs. Et pour couronner le tout mon agaçant Confrère susurre à la Présidente que, venant de la campagne, il est un spécialiste du bail agricole, à la différence du pauvre demeuré (qui écrit ces lignes et) qui vient de la ville… Je réponds que, effectivement plutôt que d’aller aux champs, j’étais à l’école où j’ai appris à lire et qu’il devrait en faire de même et bien étudier le contrat de bail, avant de proférer des âneries.

Au milieu de tout ça, ma brave octogénaire de cliente, qui a un peu de peine à suivre, traite tout le monde de menteur, et me demande en apartés, si elle a le droit de mettre sa (seconde) fille à la porte ! Manquait plus que ça… N’en jetez plus, c’est assez.

Bref, la séance s’achève en queue de poisson, dans un véritable capharnaüm, après une dernière tentative de conciliation, rapidement avortée, chacun ayant plus envie de dire ses quatre vérités à l’autre que d’éviter un procès qui s’annonce long et… mouvementé. La Présidente me regarde désespérée. Le gominé nous sourit niaisement. Les parties se menacent parmi…

Oh p… 21 jours…

Le 14…

… où je me perds en conjectures diverses sur les arguments à garder sous le coude et ceux qui ne seront d’aucune utilité, à 20 jours du terme…

Le 15…

… où le vent m’emportera, avant 19 jours…

Le 16…

… où je reçois la copie d’une « plante penale » déposée par une cliente, contre un drôle de coco. J’ai cependant quelques doutes sur l’aboutissement de la procédure, parce que je doute que le Proc’ de service réussisse à déchiffrer les récriminations de la brave dame. Morceaux choisis « Par monte apsance en vollage en etrange » … « Il a mati tout de monde« … *… et 4 semance il nous lese quare come largo il est déjà konto envolle par SMS… »

Plus que 18 jours avant de pouvoir renaître de mes cendres…

Le 17…

… où,  où ? Où quoi en fait ? Où rien du tout… et je tourne en rond, le 17 où il ne reste que 17 jours justement. Me voilà bien avancé. En réalité, j’ai plutôt l’impression de reculer..

Le 18…

… où l’on me demande où j’en suis avec mon projet de recours… Je n’ai pas encore fini de comprendre le jugement. Tout y est mélangé. Des faits que l’on ne retrouve pas dans la discussion en droit, ou des faits qui sont placés dans des recoins de ce pavé de 591 pages et qu’il faut dénicher. Heureusement qu’on dispose maintenant une fonction « Recherche dans le texte » en pdf comme en Word, sinon ce serait Mission Impossible.

Même avec ça, 16 jours ce sera trop court.

Le 19…

… où c’est un jour férié religieux dans ma petite bourgade. L’occasion de me consacrer à fond à mon recours.

Il est 11h00, je consulte le jugement, dissèque le dossier, rédige des notes, des rappels, des renvois, avec en fond sonore la cérémonie religieuse, la voix de l’évêque auxiliaire, fanfare et cloches. Si ce recours n’est pas frappé par la grâce, c’est à ne plus rien comprendre…

Allez, 15 jours…

Le 20…

… je poursuis l’effort de la veille, en choisissant de me pointer au bureau le plus tard possible.

Le soir, là Suisse joue contre la France, je m’accorde une petite pause, j’aurais mieux fait de rester la tête dans mon dossier.

Il reste 2 semaines, pile poil

Le 21…

… où la Fête de la musique bat son plein dans les alentours, ça change des klaxons du Mundial.

… 13 jours

Le 22…

… où j’avance un peu en commençant (enfin) à rédiger des versions plus ou moins définitives des parties importantes du recours.

A 12 jours du terme, ce serait le moment.

Le 23…

… où c’est la valse des derniers jours. Normal, c’est l’été. Les Juges veulent partir en vacances avec le sentiment d’avoir liquider plein de dossiers. Bon pour les statistiques.

Je dois donc m’occuper d’autres choses que la rédaction du Nouveau Testament aujourd’hui.

Cela ne m’empêche pas de penser qu’il reste 11 jours…

Le 24…

… où je reçois plein d’infos de gens qui me veulent du bien en essayant de m’aider.

Intention louable, mais on m’explique ce que j’ai déjà compris, sans me donner les clés de ce que j’essaye de comprendre. Au moins comme cela, je suis sur de ne rien oublier. Et c’est déjà un sacré challenge, quand le Final Countdown se met en route !

10…

Le 25…

…où une conférence téléphonique se tient, en fin de journée, avec mes camarades de chaîne (trad. = les autres avocats œuvrant aussi au recours). L’occasion de se sentir moins seul au monde…

9…

Le 26…

… mon élan est stoppé net par un premier obstacle à midi. Repas avec des amis qui émarge sur l’après-midi. Aucune volonté, je reste scotché sur ma chaise. Second obstacle, en fin de journée, une dégustation de Bordeaux exceptionnels…

Exceptionnel aussi l’état dans lequel je regagne mes pénates.

L’ordi me nargue sur le coin de la table de nuit, je m’endors en lui faisant un clin d’œil, aviné…

8… mais je n’entends déjà plus rien

Le 27…

… la matinée s’avère difficile, mais je peux difficilement me plaindre.

L’après-midi, je reçois des journalistes français qui font un reportage sur une affaire qui avait défrayé la chronique il y a 10 ans, l’affaire des tonneaux, j’y intervenais en qualité d’avocat des parties civiles, 1 épouse, 5 sœurs, pour leur frère flingué par un canardeur de seconde zone. Tiens, je vous la raconterai sous peu celle-là, elle vaut son pesant de cacahuètes.

7… ah ouais, faudrait peut-être pas oublier l’horloge…

Le 28…

… où l’ambiance se fait plus feutrée, thé vert, Peaceful Piano on Spotify et me revoilà en selle.

6…

Le 29…

… où je n’aurai parlé qu’à la dame du kiosque où j’achète mon canard du dimanche. J’ai promis un draft de la partie la plus importante pour ce soir, ce sera juste.

5…

Le 30…

… où s’amorce la dernière ligne droite.

Nouvelle conférence téléphoniques en avocats tendus.

4… et rendez-vous en juillet

 

§ 2 réponses à Juin…

  • maitrefaire dit :

    Ce serait trop facile. Remarquez, le TPF est bien conscient de sa popularité auprès de la Haute Cour. Cette semaine, le Juge Bacher (du TPF donc) donnait une conférence dans le cadre des manifestations liées aux 125 ans de l’Université de Fribourg. Il a cité 2 arrêts de sa Cour (des affaires pénales) en prenant bien soin de préciser que ces deux arrêts-là n’avaient pas été cassés par le TF. Ouf….

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  • Non non, il ne fait pas trop chaud pour travailler dit :

    En même temps…si c’est un jugement du Tribunal pénal fédéral, il suffit de mettre la bonne adresse du TF pour avoir gain de cause, non ? 🙂

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