Robin Williams et Lauren Bacall

L’édito de Jean-Marc Lalanne : Hook et Look

Les Inrocks, 19/082014edito-tt-width-604-height-404

“J’ai aussi mes instincts de cinéma. Mes vraies influences : Titanic ; La Leçon de piano ; Magnolia ; Batman, le défi ; Jumanji… Ils m’accompagnent sur chaque projet, à chaque instant.” C’est le jeune héros de notre rentrée cinéma qui parle. Ces quelques films, vus enfant, ont donc constitué un terreau suffisamment fertile pour qu’y germe une œuvre aussi luxuriante, vive et éclatante que celle de Xavier Dolan.

Jumanji, vraiment ? Ce film où Robin Williams, ahuri, court partout pourchassé par des bêtes de la jungle numérique ? Si l’on en croit la très grande émotion exprimée à la suite de la mort de son interprète, Xavier Dolan n’est pas le seul a avoir kiffé Jumanji (ou Madame Doubtfire, ou Le Cercle des poètes disparus). Robin Williams, c’est l’acteur doudou par excellence. Rond, rassurant, candide, il a été aimé comme une peluche et sa filmo, pourtant anodine, est la madeleine d’au moins une génération.

L’essentiel de l’œuvre tourne d’ailleurs autour de l’enfance. Il l’encadre (en prof – Le Cercle…, en gouvernante – Madame Doubtfire), la sonde (le bon papa analyste de Will Hunting), ou alors l’incarne hors délai. C’est Jack de Coppola, où il est un enfant dont le corps a prématurément vieilli, ou bien sûr Peter Pan dans Hook de Steven Spielberg, un Peter paradoxalement devenu adulte, sommé de renfiler sa défroque d’éternel enfant. Il y a un imaginaire Michael Jackson à l’œuvre chez Robin Williams, dont trop peu de films ont exploré la dimension monstrueuse et inquiétante.

Dans Will Hunting, l’éponyme surdoué caractériel (Matt Damon) inspecte le bureau du psy bienveillant et tombe sur une aquarelle peinte par lui. On y voit un pêcheur dans une barque agitée par la tempête. “Cet homme, c’est vous. Paumé dans votre vie comme dans cet océan, incapable de contrôler le cours des événements, seul et sans espoir”, lui lance le teigneux patient. Le psy Robin étrangle alors le morveux en le plaquant contre un mur. C’est finalement lui-même que Robin Williams aura étranglé (par pendaison), pour s’extraire d’orages intimes sûrement aussi impétueux que ceux que peignait son psy “gus van santien”.

Variante à l’enfant incarcéré dans un corps d’adulte (le syndrome Robin Williams donc) : l’adulte prétendument réincarné dans un corps d’enfant. C’est un peu inquiète que Lauren Bacall, dans Birth de Jonathan Glazer, un de ses derniers rôles, voit sa fille (Nicole Kidman) aimantée par un gamin de 10 ans qui prétend être son mari réincarné. Pourtant, en quatre-vingt-dix ans d’existence dont presque soixante-dix à faire du cinéma, l’actrice était familière des deuils et des fantômes. Celle qu’on surnommait “The Look” a succédé à Robin Williams à la une des quotidiens sur toute la planète et on ne peut imaginer carrières plus dissemblables.

Superstar très jeune (Robin a déjà 36 ans lorsque Good Morning, Vietnam en fait une vedette), elle ne s’est jamais vraiment éloignée du cinéma (jusqu’à tourner avec Lars von Trier et Jonathan Glazer dans les années 2000) et, surtout grâce à Howard Hawks (Le Port de l’angoisse, Le Grand Sommeil), est devenue instantanément un mythe de la cinéphilie classique et des cinémathèques. C’est pourtant dix ans plus tard, dans la seconde moitié des années 50, sans Bogart, qu’elle trouve ses rôles les plus passionnants : la complexe Toile de l’araignée de Minnelli (1955), le grandiose Ecrit sur du vent de Douglas Sirk (1956) et l’éblouissante Femme modèle (Minnelli encore, 1957) où, en icône ultime de la mode, elle se surpasse dans la fantaisie et l’autodérision. Comme nulle autre, elle pouvait siroter un verre de scotch tout en regardant ironiquement par en dessous, tout en faisant passer d’un coup sec de la main ses cheveux derrière son épaule droite. Oui, vraiment une femme, et une artiste, modèles

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